Les orthoptères au service de la dynamique sédimentaire de Garonne

Le protocole orthoptère et dynamique sédimentaire est un indicateur issu de la boite à outil RhoMeO- Bassin Rhône-Méditerranée. L’objectif de ce protocole est de définir la dynamique hydrologique de la zone humide à partir des peuplements d’orthoptères et de cicindèles (coléoptères) auxquels s’ajoute un perce-oreille. L’indicateur est un pourcentage correspondant au ratio des valeurs indicatrices de dynamique du milieu entre les espèces observées et les espèces attendues potentielles dans le bassin versant concerné.

Les orthoptères constituent un groupe particulièrement intéressant du fait de leur rapidité de réaction (une nouvelle génération voire deux chaque année) face à des modifications de fonctionnement du milieu (abaissement de la nappe par exemple). Cette réactivité leur confère un rôle pertinent pour qualifier en temps réel les milieux humides terrestres ouverts. Le suivi des orthoptères, du fait de leur sensibilité à la température moyenne, pourrait par ailleurs donner des indications précieuses sur les conséquences des changements climatiques. De même, ils traduisent l’état du milieu en lien avec plusieurs paramètres abiotiques : humidité, structure de la végétation, couverture du sol par la végétation (Boitier et al., 2003 ).

Méthodologie

2019-2020 sont des années d’expérimentation sur un site : les alluvions de la Save qui possède un très bel atterrissement sur la Garonne (voir carte). Il est situé à l’aval de Toulouse, sur la commune de Grenade. Au moins deux autres sites de Garonne en AOT par l’association s’ajouteront dans le futur.

Ce protocole nécessite de faire 3 passages sur site (juillet, août et septembre), sur 2 ans successifs tous les six ans.

4 types d’habitats ont été identifié sur l’atterrissement du site, pour avoir une diversité de milieu propice à une diversité d’espèce.

  • 1- Vasières en pointe nord-ouest (sur les parties latérales à l’intérieur, coté bras mort) : zones de vases encore humides colonisées par Cyperus fuscus, Lindernia dubia et des graminées exotiques tardi-estivales (Panicum).
  • 2- Hautes herbes graminoïdes et nitrophiles, sur vases et sables humides (appelées mégaphorbiaies dans les repérages initiaux) : le long de l’îlot, au-dessus de jussie, herbier de paspalum et de graminée, Ces zones de hautes herbes sont qualifiées de mégaphorbiaies mais en réalité sont surtout occupées par des espèces comme Convolvulus sepium, Urtica dioica, Paspalum distichum, Phalaris arundinacea, Echinochloa crus-galli, un peu de Lythrum salicaria et de Lysimachia vulgaris.
  • 3- Bancs de galets nus quasi sans végétation : en bout de l’atterrissement
  • 4- Partie haute banc de galets et sables xérophiles, en cours de colonisation par Populus nigra.

Une phase de réflexion et de recherche bibliographique a précédé la mise en place du protocole. Avec l’aide du CEN-MP, l’AFB et l’Agence de l’Eau Adour-Garonne, nous avons pu déterminer le maximum d’espèces qui pourrait être observé sur ces sites et qui pourrait rendre compte de la dynamique fluviale. Nous avons à la fois repris les classes de valeur des espèces RhoMeO et nous avons réfléchis à un nouveau classement de valeurs des espèces adaptés à notre bassin nommé ici Test Garonne.

Ces classes leur confèrent une valeur d’espèces indicatrices de la dynamique fluviale. Quatre classes de valeurs sont possibles :
- Classe 0 (valeur = 0) : espèces non indicatrices de la dynamique fluviale
- Classe 1 (valeur = 1) : espèces liées à la dynamique fluviale, mais également associées à d’autres habitats pionniers (surface arasée artificiellement, milieu sec et dégagé… (euryèces)
- Classe 2 (valeur = 3) : espèce strictement ou le plus souvent liées à la dynamique fluviale (mésoèces)
- Classe 3 (valeur = 10) : espèces écologiquement exigeantes et strictement liées à la dynamique fluviale (sténoèces).

Résultat et discussion

Suite aux inventaires de 2019 et 2020, nous avons procédé aux différents calculs et établi ce tableau récapitulatif ci-dessous.

Selon les classes d’espèces RhoMeO ou Test Garonne, l’indicateur et son interprétation sont très différents. En effet, l’interprétation du pourcentage, obtenue avec les classes RhoMeO, 28% soit entre 15 et 35 %, nous laisse suggérer que la Garonne sur ce secteur a une dynamique, non nulle, et qu’elle abrite un cortège d’espèces indicatrices, cependant incomplet. Pour ce qui est de l’interprétation des classes Test Garonne, l’indicateur est de 69% soit supérieur à 35 %, ceci pourrait alors illustrer une dynamique du cours d’eau suffisamment bonne pour abriter un cortège varié d’espèces indicatrices, dont plusieurs espèces sténoèces.

Au vue de nos connaissances sur le fonctionnement de la Garonne sur ce secteur, et du pessimisme ambiant, la concernant, ce constat est à la fois intéressant et plein d’espoir et à la fois à prendre avec beaucoup de précaution. Ils nous semblent donc judicieux d’augmenter le nombre de sites prospectés pour faire un comparatif et peut être réévaluer les classes de valeurs des espèces. Enfin, nous ne pouvons pas encore valider l’un ou l’autre type de classe RhoMeO ou Test Garonne avant d’avoir fait plusieurs secteurs, notamment ceux proches de nombreux barrages où la dynamique est très artificialisée.

Conclusion

Cette étude aura permis dans un premier temps, de faire des inventaires exhaustifs des orthoptères sur les atterrissements, améliorant les connaissances sur la répartition de ces espèces et leurs écologies sur Garonne. Dans un second temps, les résultats, type RhoMeO, nous permettent de peut-être resituer la dynamique sédimentaire de la Garonne par rapport à d’autres cours d’eau dont le Rhône où le protocole a été élaboré. Affaire à suivre !