Milieux secs de Midi-Pyrénées

Mieux les connaître pour mieux les protéger

Moins connus que les zones humides, les milieux secs sont tout aussi riches en faune et en flore spécifique. Ils sont cependant en danger, en particulier du fait de l’évolution des pratiques agricoles dans nos campagnes. C’est pourquoi Nature Midi-Pyrénées et ses partenaires ont lancé un programme visant à rassembler toutes les connaissances disponibles sur ces milieux, dans le but de créer un atlas.

  1. Que sont les milieux secs
  2. Les différents types de milieux secs en Midi-Pyrénées
  3. Une biodiversité remarquable
  4. Des milieux aux multiples usages…
  5. … aujourd’hui menacés
  6. Des mesures de protection mises en œuvre
  7. Le projet d’atlas de Nature Midi-Pyrénées
  8. Les chiffres-clés des milieux secs
  9. Pour aller plus loin

Que sont les milieux secs ?

Les milieux secs sont caractérisés par des sols pauvres, calcaires ou acides. Ils ne retiennent pas l’eau et sont donc en déficit hydrique au moins une partie de l’année. Ces espaces sont observés habituellement sous des climats chauds et secs, d’influence méditerranéenne. Répartis de façon hétérogène dans notre région, ils se présentent sous différentes formes telles que les pelouses sèches, les landes sèches, les chênaies sèches, les falaises ou encore les éboulis.

Les différents types de milieux secs en Midi-Pyrénées

  • Les pelouses sèches se forment grâce à une combinaison de différents facteurs comme le type de sol, le climat et les activités humaines. Elles sont composées d’une végétation rase, avec une majorité de plantes herbacées vivaces et très peu d’arbres ou d’arbustes. Elles se situent la plupart du temps sur des pentes de coteaux ayant un éclairement intense. Certaines pelouses sèches se situent dans des zones très pentues où les arbres ne peuvent pas pousser. D’autres sont issues d’une déforestation parfois très ancienne, et certaines enfin se forment suite à l’abandon des activités agricoles. Petit à petit, ces pelouses peuvent être amenées à évoluer vers d’autres types de milieux secs : les landes et les forêts.
Pelouses sèches, Gers {JPEG} Pelouses sèches, Cahors, crédit Mathieu Menand {JPEG}
Gers, ©L.Barthe Cahors, ©M.Menand
  • Les landes sèches poussent sur des milieux très pauvres, acides ou calcaires, et les espèces ne dépassent donc pas le stade d’arbuste. Des plantes typiques sont la bruyère, les ajoncs ou encore le genévrier.
Landes sèches, Tarn, crédit : Laurent Barthe {JPEG} Landes sèches, Cahors, crédit : Mathieu Menand {JPEG}
Tarn, ©L.Barthe Cahors, ©M.Menand
  • Les forêts sèches, composées surtout de Chênes pubescents voire Chênes verts, poussent dans des milieux chauds et très pauvres en eau. De ce fait, les arbres sont généralement de petite taille.

Une biodiversité remarquable

Les milieux secs hébergent de nombreuses espèces animales et végétales. La flore est souvent d’affinité méridionale, ce qui est rare dans notre région. La présence de ces espèces témoigne d’une migration qui date de la fin de la dernière glaciation. Cette période se caractérisait par des températures relativement douces et favorables à leur présence. Le climat s’est refroidi depuis lors, mais ces espèces se sont maintenues dans des zones favorables comme les pelouses sèches. On y retrouve notamment beaucoup d’orchidées. Parmi les espèces animales, de nombreux rapaces et passereaux de milieux ouverts nichent ou chassent dans ces régions. Plus discrets, les insectes typiques sont tout aussi représentés : papillons, criquets ou encore sauterelles comme la Magicienne dentelée. On rencontre également d’autres espèces comme le Seps strié, un drôle de lézard aux allures de serpent, ou encore des rongeurs comme la Pachyure étrusque, le mammifère le plus léger au monde. Toutes ces espèces sont souvent rares et menacées. Un quart des plantes protégées à l’échelle nationale est typique des pelouses sèches.La Magicienne denteléebénéficie de programmes de conservation à l’échelle régionale, française, européenne et mondiale. L’Engoulevent d’Europe, caractéristique de milieux à la végétation basse, est un exemple d’oiseau protégé sur tout le territoire français.

Seps strié, Chalcides striatus, crédit : Laurent Barthe {JPEG} Pachyure étrusque, Suncus estruscus, crédit : Angelo Gross {JPEG} Magicienne dentelée, Saga pedo, crédit : Mathieu Menand {JPEG} Engoulevent, crédit : Laurent Barthe {JPEG}
Seps strié, Chalcides striatus, ©L.Barthe Pachyure étrusque, Suncus estruscus, ©A. Gross Magicienne dentelée, Saga pedo, ©M.Menand Engoulevent ©L.Barthe

La biodiversité est d’ailleurs suffisamment spécifique pour que l’identification de milieux secs soit possible grâce au repérage de certaines de ces espèces remarquables : la présence de Chêne vert permet d’identifier ces milieux de façon certaine, tandis que le Chêne pubescent permet de déduire leur présence probable. D’autres espèces sont également utilisées pour cibler les milieux secs : par exemple, le Lézard ocellé, ou encore l’Ophrys jaune pour la flore.

Lézard ocellé, Rougier de Camarès, crédit : Romain Datcharry {JPEG} Ophrys jaune, Ophrys lutea, crédit : Mathieu Menand {JPEG}
Lézard ocellé, Timon lepidus ©R.Datcharry Ophrys jaune Ophrys lutea ©M.Menand

De façon générale, les milieux secs sont des espaces refuges précieux pour la faune et la flore, parfois les seuls parmi les cultures. Leur rôle dans le maintien de la biodiversité est essentiel. Ils ont notamment une grande importance pour la continuité des corridors écologiques : ce sont des espaces offrant nourriture et lieux de reproduction grâce auxquels les espèces peuvent se déplacer d’un milieu à un autre. Ils permettent ainsi de garder le contact entre différentes populations qui, autrement, seraient isolées. Ils peuvent également favoriser la recolonisation de zones où des espèces avaient jusqu’ici disparu.

Des milieux aux multiples usages…

L’homme a joué un rôle déterminant dans l’apparition et l’évolution des milieux secs. Au fil des siècles, le défrichement et son intensification ont abouti à la formation d’espaces ouverts propices aux activités agricoles. Le pastoralisme, mode d’élevage extensif basé sur le pâturage, était dominé par l’élevage ovin. Cette activité s’explique par le fait que les landes, les broussailles et les pelouses sèches qui caractérisent ces milieux sont des terrains pauvres, à faible valeur agronomique et parfois situés sur un relief escarpé. Ainsi, le pastoralisme est l’une des rares activités qui assure la préservation de ces races ainsi que la conservation et l’entretien des milieux secs. La présence de l’homme sur ces terrains se traduit également par de nombreuses constructions en pierres sèches. Cabanes, murs et murets témoignent d’un savoir ancestral et font désormais partie du patrimoine culturel de la région. Souvent à l’abandon aujourd’hui, ces constructions profitent à certaines espèces et sont régulièrement fréquentées par la faune. Les milieux secs remplissent également un rôle récréatif important. En effet, ils présentent des paysages variés et originaux dont chacun appréciera la vue. Certains milieux secs sont ainsi très fréquentés par les touristes. L’organisation de sorties découvertes est l’occasion pour les participants de les observer, de découvrir leur richesse faunistique et floristique, et d’être sensibilisés sur l’importance de ces espaces.

… aujourd’hui menacés

Au cours des dernières décennies, les milieux secs ont fortement régressé. L’exode rural a abouti à une certaine déprise agricole et au délaissement des pâtures les plus escarpées. Sans activité pastorale pour les entretenir, les milieux secs s’enfrichent et se referment progressivement. D’abord colonisés par des buissons, ils évoluent généralement vers le stade forêt. De même, l’intensification de l’agriculture et la mécanisation de l’activité agricole d’après-guerre ont conduit à la diminution des surfaces de milieux secs. De même, certains espaces sont convertis en prairies artificielles ou en cultures. Le risque est d’aboutir sur le long terme à une homogénéisation des paysages au profit des espaces boisés ou artificialisés. Les espèces spécifiques et dépendantes de ces milieux sont ainsi menacées de disparaître. Des carrières sont parfois mises en place sur certaines zones de pelouses sèches facilement accessibles, où la roche-mère est affleurante. Cette pratique détruit irrémédiablement les milieux secs. Enfin, la fréquentation touristique peut également s’avérer destructrice. Afin de protéger ces milieux en déclin, il est nécessaire d’encadrer au mieux les activités touristiques et d’informer les visiteurs des pratiques à éviter.

De même, l’intensification de l’agriculture et la mécanisation de l’activité agricole d’après-guerre ont conduit à la diminution des surfaces de milieux secs. Le labour et le piétinement animal lié au surpâturage se révèlent destructeurs. De même, certains espaces sont convertis en prairies artificielles ou en cultures. Le risque est d’aboutir sur le long terme à une homogénéisation des paysages au profit des espaces boisés ou artificialisés. Les espèces spécifiques et dépendantes de ces milieux sont ainsi menacées de disparaître. Des carrières sont parfois mises en place sur certaines zones de pelouses sèches facilement accessibles, où la roche-mère est affleurante. Cette pratique détruit irrémédiablement les milieux secs. Enfin, la fréquentation touristique peut également s’avérer destructrice. Bien que restant rare, la cueillette d’orchidées est très dommageable, surtout si le bulbe est prélevé, éliminant alors toute chance de repousse. Afin de protéger ces milieux en déclin, il est nécessaire d’encadrer au mieux les activités touristiques et d’informer les visiteurs des pratiques à éviter.

Pelouse sèche en cours d'enfrichement {JPEG}

Des mesures de protection mises en œuvre

Face aux menaces qui pèsent sur les milieux secs, des mesures de protection et de conservation ont été mises en place à l’échelle nationale et régionale. La région Midi-Pyrénées comprend six Réserves naturelles, dont quatre incluent des milieux secs. Elles se situent dans les Hautes-Pyrénées et l’Aveyron. Les habitats et les espèces y bénéficient d’une protection conséquente, mais sur des surfaces réduites. De même, le Parc national des Pyrénées conserve la faune et la flore dans un espace de 50 000 hectares grâce à une réglementation stricte.

Quatre Parcs naturels régionaux ont également été créés en Midi-Pyrénées : ils couvrent une partie des départements de l’Ariège, de l’Aveyron, du Lot et du Tarn. Contrairement aux précédents, ces territoires n’ont pas de règles de conservation définies. Ils tendent toutefois à un développement harmonieux, en respect avec les équilibres naturels et les activités traditionnelles. Toujours à l’échelle locale, des organismes agricoles et des associations de protection de l’environnement s’engagent pour la conservation des milieux secs.

Les Zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) sont des territoires riches en biodiversité ou comportant des habitats spécifiques ou menacés. Ces zones ont un intérêt strictement scientifique et ne bénéficient pas de mesures de protection. Cependant, elles forment un outil d’aide à la décision pour les élus et gestionnaires d’espaces. Les ZNIEFF ne sont pas uniquement des milieux secs, mais elles peuvent en contenir.

La Trame verte et bleue est un réseau de corridors écologiques et de réservoirs de biodiversité. Elle a pour objectif de conserver et de réhabiliter des milieux naturels, afin de reconstituer un réseau écologique cohérent et fonctionnel à l’échelle nationale mais aussi à des échelles plus locales. Les milieux secs entrent pleinement dans le cadre de la TVB. Toutefois, dans notre région, l’état des connaissances et les travaux réalisés n’ont pas encore été pris en compte lors de l’élaboration du Schéma Régional de Cohérence Ecologique (SRCE). Enfin, sur un plan européen, les zones Natura 2000 forment un réseau de milieux remarquables et fragiles, où des mesures de valorisation sont mises en œuvre. Par exemple, les gorges du Tarn en Aveyron, composées au tiers de pelouses sèches, constituent une zone Natura 2000. D’autre part, les Mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC), qui visent à la protection de la biodiversité et des paysages dans le cadre de l’agriculture, peuvent recouper ces zones.

Le projet d’atlas de Nature Midi-Pyrénées

Afin de disposer d’une vision globale à l’échelle de la région, Nature Midi-Pyrénées s’est engagée dans une démarche partenariale qui conduira à la publication d’un atlas des connaissances des milieux secs. Ce projet est mené conjointement avec le Conservatoire des espaces naturels de Midi-Pyrénées et leConservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées. Durant le programme, une large phase de prise de contact avec les autres partenaires locaux est également prévue.

Ce projet d’atlas a pour ambition de réaliser un état des lieux le plus complet possible des milieux secs de Midi-Pyrénées : où sont-ils situés, quelles espèces y trouve-t-on, quelles mesures de conservation y sont déjà mises en œuvre, comment évaluer leur « état de conservation » ? Cela permettra d’affiner les connaissances sur les milieux ouverts et semi-ouverts dans le cadre de la Trame verte et bleue. De plus, Nature Midi-Pyrénées espère à terme pouvoir mettre à disposition des décideurs régionaux un outil de référence pour orienter leur approche de la conservation de ces milieux.

Les chiffres-clés des milieux secs

26 % des plantes protégées au niveau national 30 % des espèces végétales recensés en France 50 à 70 % des pelouses sèches ont disparu en France depuis le début du XXème siècle.

Des milieux secs compris dans :

  • 1 Parc naturel national
  • 4 Parcs naturels régionaux
  • 1 Réserve naturelle nationale
  • 3 Réserves naturelles régionales

Pour aller plus loin

Définition et usages des milieux secs :

Programmes de protection :

Article réalisé par Christelle Bastide, Marianne Garcia, Mohamad Mcheik, Lucie Ortais, Adélaïde Péneau, Mégane Zawada, étudiants en deuxième année à l’École Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse (E.N.S.A.T.)

Pour plus de renseignements n’hésitez pas à contacter l’équipe de salariés qui coordonne ce travail : Laurent Barthe, Aurélie Nars (coordination), Pierre Olivier Cochard, Mathieu Menand, et Gilles Pottier.