Haro sur le Blaireau

Des milliers de blaireaux sont éradiqués tous les ans en France, parce qu ’ils sont accusés de propager la tuberculose bovine ou de commettre des dégâts dans les cultures. Qu’en est-il-vraiment ?

Publié le 03/02/2015

Comme l’indique son nom, ce sont les bovins qui sont les premiers porteurs de la bactérie Mycobacterium bovis. Les vaches atteintes de tuberculose contaminent ensuite leur entourage via leurs muqueuses (excrément, salive…). La faune sauvage et domestique en contact avec les animaux infectés ou se nourrissant sur les mêmes sites, peut à son tour être contaminée et héberger la bactérie. Les animaux deviennent alors des vecteurs secondaires, comme c’est le cas pour le Blaireau, le Cerf ou le Sanglier… (1) Une recrudescence de foyers infectieux a été relevé en Côte d’Or dès 2002, motivant l’arrêté préfectoral de 2010 ordonnant la capture de blaireaux à des fins de dépistage (2). C’est ainsi que plus de 3000 blaireaux ont été tués, mais un faible pourcentage d’entre eux ont réellement été analysés (3). N’étant pas classé nuisible, le blaireau ne peut normalement pas être piégé… Mais pour répondre à la situation jugée alarmante, l’administration a permis la mise en place de toutes les méthodes disponibles : piégeage par collet (et paiement de 10 € par cadavre rapporté), déterrage avec des chiens et parfois des pelles mécaniques et tir de nuit à l’aide de lampes. Les analyses ont montré que seul un faible pourcentage d’entre eux étaient réellement contaminés (4). Un avis de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a également donné les recommandations à suivre en matière d’élevage, principal source d’auto-contamination (5).

Autre motif à l’encontre des blaireaux : les atteintes aux cultures, principalement le maïs. En 2013, officiellement 459 blaireaux, ont été tués sur 7 communes des Pyrénées Atlantiques pour des dégâts dans des champs de maïs (6). En 2014, dans les Hautes Pyrénées, des battues administratives aux blaireaux ont été autorisées par la Préfecture pour des dégâts estimés à 17 150 euros dans tout le département (7). Ces battues peuvent être réalisées pendant la période où les jeunes sont encore au terrier et dépendants. Le nombre de blaireaux réellement détruits est donc certainement bien plus élevé que le nombre d’individus effectivement tués par tir, sans qu’il puisse y avoir de comptage des pertes réelles. Cette espèce ayant une natalité relativement faible (8), une pression de destruction trop forte risquerait de la faire disparaître à court terme dans certaines régions. Il figure dans la liste des espèces patrimoniales fragiles protégées par la convention de Berne.

Jean-Jacques Poupinel

Crédit photo - Emilien Teulier

1 : Payne A, Gilot-Fromont E, Dufour B, Ruette S, Rossi S et Hars J, 2014. Tuberculose bovine : quel est le rôle joué par la faune sauvage ? Exemple de la Côte-d’Or. Faune Sauvage (304) : 14-20

2 : Arrêté préfectoral n°148/2010/DDPP du 4 mars 2010

3 : Hars J., Ruette S., Mastain O., 2010. Note de synthèse sur la tuberculose bovine en Côte d’Or et sur les mesures de maîtrise du risque lié à la faune sauvage, en particulier le blaireau. ONCFS

4 : Afssa - Saisine n°2009-SA-0280

5 : Lettre d’information DDTM 64 (mars 2013)

6 : DDT65, 2014. Consultation du public sur le projet d’arrêté fixant le cadre de l’organisation des battues administratives au Blaireau de fevrier à décembre 2014, 2p.

7 : Lebecel Y. et GEML, 2010. Le blaireau d’Eurasie Meles meles en Lorraine. Taille des groupes, succès reproductif et estimation de densités. Ciconia, 34 : 24-38.