ASF, 2 ans après : Quels aménagements pour quels résultats ?

Rappelez-vous au printemps 2009…

Suite au plan de relance gouvernemental et en lien avec le Grenelle de l’Environnement, ASF s’engage en 2009 dans un programme de requalification environnementale en faveur de la biodiversité sur des territoires traversés par des autoroutes anciennes, souffrant de lacunes en matière d’insertion environnementale. A l’époque, Nature Midi-Pyrénées a été sollicitée pour étudier le fonctionnement des territoires des Hautes-Pyrénées traversés par l’autoroute A64, sur un linéaire total de 57.2 km.

Ce programme de requalification est un partenariat au long cours avec ASF qui a permis à Nature Midi-Pyrénées de collaborer depuis les propositions d’aménagements (avec Ecotone), le suivis des chantiers et enfin les suivis écologiques sur les ouvrages aménagés. (+ d’informations ici)

Des propositions d’aménagements retenues…

Au terme d’une année de travail de terrain et d’analyse, de très nombreuses propositions d’amélioration en faveur des connectivités écologiques ont été faites sur ce tronçon de l’A64. Elles visaient essentiellement à rétablir la communication entre les populations animales de part et d’autre de l’ouvrage, sans engendrer un risque de collision.

Fondées sur la convergence de corridors de déplacement des animaux et des zones de mortalité routière importantes, plusieurs propositions de franchissement de l’autoroute pour la faune ont été faites. Pour chacune d’elle, les contraintes paysagères, hydrauliques (réalisation d’études de faisabilités techniques, note de calcul hydraulique, études de conception de l’aménagement…) et la capacité de franchissement initiale ont été prises en compte. Les solutions proposées devaient également répondre au contexte local pour rester fonctionnelles en tout temps (cas des périodes de charge pour les buses hydrauliques). 5 aménagements ont été retenus et réalisés :

  • 3 créations d’écoducs (passage à pieds secs à proximité de buse hydraulique) ou buses sèches (Cf figure 1) sur la Géline, le Rieu-Tord et le Saint-Martin
  • 2 installations d’encorbellements (« étagères » à l’intérieur d’une buse hydraulique) (Cf figure 2) sur la Lène et le Souy.
Le viaduc de l’Arrêt Darré

Lors des inventaires naturalistes réalisés en 2010, une colonie de Petit rhinolophe (Rhinolophus hipposideros) avait été découverte à l’intérieur du viaduc de l’Arrêt-Darré. Le suivi de la colonie (convention tripartite ASF_Nature Midi-Pyrénées_ CEN MP) n’a permis de constater la présence que d’une seule autre espèce en été, un murin de grande taille (Myotis myotis/blythii). Nous avons donc cherché à améliorer le potentiel d’accueil de cet ouvrage en favorisant l’accès à d’autres espèces de chauves-souris. Pour cela, 2 grilles ont été rehaussées pour permettre un accès direct à l’intérieur du site et 24 nichoirs posés. Ces installations ont été mises en place en une semaine pour éviter trop de dérangement (octobre 2011).

Depuis nous avons confirmé que ce site accueille près d’une centaine d’individus en été, répartis dans les 2/3 du viaduc (+/-300m de long) et occasionnellement 1 à 2 Grand/Petit murin. Le Petit rhinolophe a bien été constaté en hibernation dans le site avec des effectifs fluctuant mais très faibles, voir des changements de localisation (hiver 2012) à l’intérieur du viaduc.

Depuis les aménagements réalisés dans le viaduc, il a été constaté lors du comptage hivernal de décembre 2012 une augmentation du guano de type Gd/Pt murin (guano de grande taille). Ces constatations ont été faites à des endroits déjà identifiés (distinction de guano frais) ainsi qu’à de nouveaux endroits. Il est donc très probable que le rehaussement des grilles ait permis l’installation plus aisée de nouveaux individus, constat qu’il faudra confirmer lors des prochains passages. En revanche, les gîtes installés n’ont toujours pas été utilisés. L’efficacité de cette mesure plus expérimentale ne doit pas être diminuée pour autant puisque ces gîtes étaient destinés à de nouvelles espèces qui n’utilisaient pas encore le viaduc. Leur fréquentation de l’ouvrage peut donc prendre plus de temps.

Autre aspect sensible sur lesquels nous allons réfléchir avec les responsables d’ASF dans les prochains mois concerne l’utilisation du viaduc par les exploitants, les sous-traitants ou lors des exercices de secours. L’allumage des néons lors de la présence des jeunes ou en hiver peut induire un très fort dérangement ainsi qu’une mortalité. Ainsi, la suite à donner au suivi de ce site serait d’essayer d’établir une charte, un guide voire une convention d’utilisation, contraignant les exploitants à respecter un calendrier d’interventions : prohibé en hiver et en été, peu propice au printemps et favorable en automne.

Encorbellement, Ecoduc…mais de quoi parle t on ???

Les écoducs sont tous situés aux abords de cours d’eau, corridors naturels de déplacement pour la plupart des espèces et pourront ainsi être empruntés par la majorité d’entre eux.

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Géline
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Rieu-Tord
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St Martin (buse sèche)

Photos 1, 2 et 3 : buses sèches installées respectivement sur la Géline, le Rieu-Tord et le St Martin.

Les encorbellements sont des dispositifs directement installés à l’intérieur des ouvrages hydrauliques présentant un diamètre suffisamment grand. L’efficacité de ces « étagères » réside sur la continuité du corridor qui est maintenue tout au long de l’ouvrage et qui n’est donc pas fractionné. Cet aménagement est essentiellement mis en place pour les mammifères de taille moyenne (petits carnivores et certains micromammifères).

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Encorbellement installé sur la Lène
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Encorbellement installé sur le Souy

En parallèle, de nouvelles clôtures équipées de fines mailles sur les 30 cm au sol et enterrées pour éviter le passage de la microfaune, ont été posées sur les tronçons prioritaires, sur plusieurs dizaine de kilomètres. Cette mesure devrait permettre de diminuer drastiquement les incursions des espèces sur l’autoroute et contribuer ainsi directement à leur préservation…uniquement sur les tronçons prioritaires, c’est à dire ceux correspondant aux corridors de dispersion identifiés (rivières, linéaires forestiers, ligne topographique).

Le suivi et l’accompagnement des chantiers…

Dès septembre 2011, nous avons donc accompagné la direction d’ASF en charge des opérations de travaux, sur le suivi des chantiers pour s’assurer de la mise en place des mesures de précautions vis à vis des milieux naturels et du respect des calendriers de travaux.

  • Environ 7 mois de travaux pour la réalisation des écoducs et aménagements connexes (clôtures) _ sept 2011 à mars 2012
  • 2 mois de travaux pour les encorbellements, (au regard des intérêts piscicoles)_ sept 2012 à nov. 2012
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Dans le cadre de nos visites de chantiers nous constations sur le site le respect des préconisations et des mesures permettant la fonctionnalité ultérieure de l’ouvrage, avons conseillé ASF pour adapter les pratiques des entreprises exécutrices aux enjeux présents y compris ceux susceptibles d’être mis en évidence durant le chantier, définit les zones de mise en défend pour protéger les habitats et/le cours d’eau…

Retour en images sur les différentes étapes !!

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Fig. 1 : Côté nord -Aval de l’OH la Géline et localisation du fonçage
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Fig. 2 : Côté sud – création d’une piste
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Fig. 3,4,5 : Côté nord -Aval de l’OH la Géline – Protection du cours d’eau avec filtre à paille - géotextile et barrière de protection pour mise en défend des zones sensibles

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Côté sud - Amont de l’OH la Géline – Création du chemin d’accès sur géotextile et installation des barrières de mise en défend des zones sensibles

Une couche de terre a été déposée dans les écoducs pour permettre le passage de la petite faune, généralement bloquée par un revêtement de béton. Cette couche de terre constitue un véritable « revoir » continu où les empreintes des mammifères sont visibles tout au long de la buse (avec une bonne lampe) et permettent ensuite d’identifier les utilisateurs.

Qui passe donc par-là ?

Pour vérifier l’utilisation et l’efficacité de ces aménagements, nous avons installés des pièges photographiques automatiques dont les cartes mémoires sont relevées mensuellement depuis mai 2012. Les mammifères ayant des mœurs nocturnes, les photos sont la plupart du temps prises de nuit ; l’identification des espèces peut donc s’avérer délicate. Cependant, leurs passages répétés conduit la plupart du temps à avoir une vue permettant la caractérisation de l’espèce.

Ainsi, nous avons pu constater le passage des premiers visiteurs dès l’installation des appareils photographiques : Fouine, Genette, Mulot, Renard et Rat surmulot ont emprunté très rapidement ces nouveaux passages … Les clichés montrent que les individus utilisent régulièrement ces passages (plusieurs photos sur une même nuit, animaux photographiés de face et de derrière). Nous constatons également que des mammifères de toute taille empruntent ces buses, du chevreuil au mulot… et même certains humains ! Notamment grâce à la couche de terre installée pour les micromammifères.

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Chiro sp
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Martre
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Chevreuil
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Renard
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Genette
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Militaire

La plupart des animaux utilisent les buses sèches de nuit. Il y a donc peu de dérangements avec d’éventuels promeneurs qui pourraient visiter le site lorsque la buse est facile d’accès (cas de la Géline). Reste l’utilisation par les militaires qui par périodes peut être importante.

En ce qui concerne l’aménagement paysager aux alentours, le retour naturel de la végétation est suffisant pour assurer l’attrait du site. En outre, le grillage disposé en continuité avec la buse permet de conduire les animaux vers le passage.

Un bémol cependant sur la buse du St-Martin qui par son diamètre plus petit présente à ce jour une diversité d’utilisation moins importante (absence des espèces de grande taille comme le chevreuil). Pour le moment, toutes les espèces identifiées sur les secteurs concernés n’ont pas encore été photographiées à l’intérieur des buses, même si certaines espèces laissent des indices de présence au niveau de l’entrée (cas du Hérisson).

Conclusion

Sur ce linéaire près d’une cinquantaine de propositions d’aménagements, de gestion des dépendances (bordure des voies, aires de repos…) ont été faites pour favoriser les continuités écologiques et répondre à la fragmentation des milieux naturels.

Ce premier bilan semble encourageant quant à l’utilisation par la faune de ces ouvrages en continuité ou proximité de berges de cours d’eau. Nul doute que ces premiers aménagements solutionnent en partie et localement les problématiques de franchissement de l’infrastructure en rétablissement des connexions entre les populations et contribuent également à diminuer la mortalité par collision. Cependant, les mesures directement destinées à réduire ce risque concernaient la remise en état des grillages et leur renforcement par un maillage plus fin, la mise en place de panneaux de protections et quelques aménagements paysagers. Ce n’est que par l’action cumulée de toutes ces mesures que les objectifs de départ pourront être atteints.

Au-delà de cette approche sur l’A64, l’objectif final doit cependant porter plus globalement sur la prise en compte des problématiques liées aux infrastructures linéaires de transport, aux effets cumulés de celles-ci et permettre une réflexion en amont des futures démarches d’aménagements. Encore marginales, ces démarches de requalification se doivent d’être valorisées pour encourager d’autres maîtres d’ouvrage gestionnaires des routes à s’engager dans des travaux de prise en compte des continuités écologiques. La prise en compte des ouvrages d’art environnants l’autoroute au-delà de domaine ASF est importante et dans cette perspective, nous insistons pour engager une discussion avec RFF pour la visite du viaduc de Lanespède dont la configuration pourrait se rapprocher de celle du viaduc de l’Arrêt-Darré.