Alors : 50 ou 500 Tulipes, Orchidées, Renoncules ?... Ah ah !

Suivi des plantes protégées de Haute Garonne (Suite de l’article sur la Fritillaire pintade)

Rappel de l’épisode précédent et complément de mars 2015 :
- La première partie présentait, au-delà de la découverte de « belles fleurs », l’intérêt de les compter pour suivre l’évolution de leur population d’année en année, pour avoir des arguments pour les protéger …
- L’exemple utilisé était celui d’une grande station de Fritillaire pintade ( = F. p.) en 2014, pour laquelle de grands moyens devaient être utilisés pour s’approcher un peu mieux de l’effectif réel du peuplement : à savoir la technique des transects ( plus celle des quadrats ).
- Dernière minute : la même station a fait l’objet d’un contrôle en mars 2015. Trois transects ont été réalisés au lieu d’un seul en 2014. Les résultats donnent une densité moyenne de 4,73 Fritillaires par m2 ( de 2,69 à 6,77 suivant les tronçons ). Cette opération tend à confirmer que la densité est largement supérieure à 1 F. p. / m2 et que l’effectif annoncé en 2014 ( soit au moins 53.000 pieds de F. p.) est loin d’être sous-estimé : avec 6 fois plus de pieds obtenus par extrapolation en 2015, sur 62.000 m2 de prairies. La vérité est sans doute entre les deux, car il faudrait faire au moins 3 transects de plus dans les zones les moins denses pour avoir une évaluation assez fidèle de la réalité !?… Concrètement, celà permettrait de « mesurer » l’évolution de ce peuplement au fil des années, avec une fiabilité plus grande, en utilisant toujours la même méthode au pic de floraison des Fritillaires.

Episode précédent : 1, 2, 3 … 15 … 100 … 5000 … 10.000 … Fritillaires ?… Ouah !

Exemple de l’Orchis lacté (Orchis lactéea) Gros plan sur une inflorescence d' Orchis lacté. L’Orchis lacté apparaît plus tard que la Fritillaire, et, quoique d’apparence blanc-rosé, elle est souvent trop petite pour sauter aux yeux au milieu des touffes de graminées, des nappes de Saxifrages, ou des plages d’Orchis bouffon qui fleurissent en même temps et dans le même type de prairies. Il faut parfois rentrer dans la prairie pour la découvrir enfin ! Il est donc hors de question de la compter de loin, il faut quadriller le secteur en rangs serrés. C’est ce que l’on a testé dans différentes prairies à l’occasion de visites de groupe. J’ai proposé que l’on marche tous de front, à la même vitesse, en respectant un espace de 2 m avec son voisin, chacun comptant de façon exhaustive entre ses pieds et ceux de son voisin ( de gauche ou de droite, suivant le protocole établi au départ ), en progressant en bandes parallèles, aller-retour, perpendiculairement aux bords de la prairie. A quelques petites dérives de trajectoire près, ce système s’est avéré intéressant sur des surfaces orthogonales et pas trop importantes. Plus légère et souple que la méthode des quadrats ou transects, le matériel étant remplacé par la densité d’observateurs, cette méthode est rapide et semble facilement reproductible et relativement fiable !… A confirmer … Orchis lactés ... "à ras des pâquerettes"
Exemple de la Tulipe sylvestre (Tulipa sylvestris) Barochore ; géophyte à bulbe : fleurit tous les 5 ans, produit des caïeux / tunique des bulbes > nouveaux bulbes. Cet exemple est original car il pose le problème de la connaissance du cycle biologique de l’espèce que l’on étudie. J’avoue que je ne connaissais pas le cycle de la Tulipe sylvestre lorsque j’ai fait la sortie de groupe pour estimer sa population sur des secteurs déjà identifiés et estimés les années précédentes. Lorsqu’on est arrivé sur la propriété comptant la plus grosse population, on était enthousiaste … Il y en avait partout, et beaucoup étaient en fleur ! Jusqu’à ce que l’on décide d’essayer de compter ce peuplement. On s’est très vite aperçu qu’il y avait en fait très peu de fleurs, eu égard au nombre de feuilles qui serpentaient au sol, en grandes plages vert clair. On ne compte que les fleurs ?… et on délaisse des centaines de pieds représentés à ce stade par une feuille rampante ? On n’était pas venu pour faire de l’à peu près. On a donc décidé de comptabiliser les fleurs, mais aussi les pieds en feuilles : soit pied par pied sur de petites nappes de Tulipes, soit en évaluant la surface de la nappe pour les grandes surfaces ; le tout doublé d’une cartographie sommaire des nappes de Tulipes dans le parc, et de nombreuses photos. La propriétaire, habitué, a prononcé la phrase qu’il fallait : « ces plants-là ne fleuriront pas cette année », piste utile pour étayer notre hypothèse : « ces pieds n’ont sans doute pas encore de bulbes assez riches en réserve pour développer une inflorescence » !? Une bibliographie complémentaire, au retour, nous a conforté dans cette hypothèse ! Cela pose le problème de l’intérêt du comptage pied par pied, puisque le multiplication végétative ( « à l’identique » par caïeux, sortes de bulbilles ) domine largement … Quel intérêt de compter les individus d’un « clone » ?… L’idée de cerner et cartographier les stations est donc sans doute la meilleure pour un suivi aisé au fil des ans. Moralité de l’histoire : chaque cas est unique et il faut se garder de vouloir extrapoler aveuglément une méthode qui a marché avec une espèce pour une autre espèce … trop facile ! Bouquet naturel de Tulipes sylvestres.Barochore ; géophyte à bulbe : fleurit tous les 5 ans, produit des caïeux / tunique des bulbes > nouveaux bulbes.

Exemple de la Renoncule à feuilles d’Ophioglosse (Ranunculus ophioglossifolius Vill.)

Le cas de cette Renoncule est édifiant car c’est typiquement un des « boutons d’or » qui vont le moins intéresser les botanistes en herbe ! Petite herbacée des fossés ou des mares temporaires, facilement confondue avec d’autres renoncules de ces milieux si l’on n’y regarde pas de près, elle ne va passionner que celui qui s’est émerveillé de l’architecture de ses fruits à la loupe ou qui est motivé pour toute plante protégée, quel que soit son « look » ! C’est Rémi Fraisse qui assurait l’animation de ce groupe de suivi ( Hommage posthume lui soit encore rendu à cette occasion ). La principale difficulté pour la compter est donc d’abord de la repérer. Ensuite, il faut passer au bon moment, car sitôt au stade de fruits elle devient encore moins visible et disparaît entre les touffes de R. flammula généralement voisines. Reste à compter le nombre de pieds, qui sont très enchevêtrés. En effet, cette plante annuelle dissémine ses graines sur place et le peuplement suivant se présente donc en nappe dense. Estimer des populations denses est souvent délicat, puisque, faut-il le rappeler, on parle d’espèces protégées et il est bien évidemment hors de question de les arracher ! « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage » …

A vos marques, prêts ?… Partez !

Ces quelques retours d’expériences de la saison 2014 sur le suivi des espèces protégées du 31 montrent l’intérêt de comptages les plus précis possibles, pour pouvoir comparer des données d’une année sur l’autre avec une certaine fiabilité. Ils montrent aussi que, si certaines méthodes nécessitent du temps et du matériel, d’autres permettent d’améliorer le comptage en gardant souplesse et rapidité, à condition d’être en groupe. Enfin, les derniers exemples montrent l’intérêt d’affiner la connaissance de la biologie et de la phénologie de la plante avant tout comptage, pour optimiser l’interprétation que l’on pourra en faire ultérieurement.

Rien que l’idée d’avoir à compter les plantes lors de visites de terrain pourrait être rebutante ?… Mais l’expérience montre que, surtout en sortie collective, ce challenge donne du piment à la visite et permet de soulever des questions intéressantes de biologie, d’écologie, de protection et de gestion. Alors, vous qui lisez cet article … c’est le moment de vous inscrire dans les groupes de suivi, car la Fritillaire est sortie … et les autres ne vont pas tarder à suivre et vont se succéder durant tout le printemps ! A vos marques, prêts ?… Partez « compter fleurettes » (lol ) !…

Article rédigé par Georges Deméautis. A paraître dans le prochain Epeiche du Midi n°53.