Barrage de Sivens : la justice doit trancher avant toute destruction

Contrairement à ce que laissent entendre le Conseil Général du Tarn et la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne (CACG) dans la presse ces derniers jours, le projet de barrage de Sivens n’a absolument pas été validé de façon définitive par la justice, puisque pas moins de 3 recours au fond sont en cours, en plus d’un référé suspension devant être audiencé dans les deux semaines à venir. De plus, les instances scientifiques consultées officiellement ont toutes rendu des avis défavorables.

Les associations demandent un moratoire sur les travaux jusqu’à ce que la justice ait tranché

Malgré ce qu’avancent le Conseil Général et la CACG dans des articles destinés à justifier le passage en force actuel sur le site du barrage, la justice doit encore se prononcer sur ce projet destiné avant tout à l’irrigation et dont ne bénéficieraient qu’une petite vingtaine d’agriculteurs, alors que la zone humide détruite est d’importance départementale. Plusieurs recours juridiques déposés par les associations et collectifs opposés au projet sont en effet en cours d’examen :

  • Un recours au fond contre l’arrêté dit « Loi sur l’eau » du 3 octobre 2013
  • Un recours au fond contre la déclaration d’utilité publique (DUP) du 2 octobre 2013
  • Un recours au fond et en référé suspension contre l’arrêté de dérogation à l’interdiction de destruction d’espèces protégées du 16 octobre 2013

La demande de suspension du projet devrait être appelée devant le tribunal administratif dans les 15 jours à venir. Or, sur place, des tronçonneuses encadrées de CRS essaient depuis hier lundi 1er septembre d’entamer le déboisement préalable aux travaux ! En conséquence, les associations régionales Nature Midi-Pyrénées et FNE Midi-Pyrénées, la fédération France Nature Environnement et le Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet réclament un moratoire pour permettre au moins à la justice de s’exprimer sur le projet, ce qui est la moindre des choses ! C’est ce qui a fini par se passer à Notre-Dame-des-Landes, où les porteurs du projet ont accepté d’arrêter les travaux tant que les recours déposés par les opposants n’avaient pas été traités. Une manifestation de bon sens démocratique !

Des mesures de compensation jugées « insuffisantes, irréalisables, inadéquates ou très hypothétiques » par les scientifiques

Les scientifiques du Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel (CSRPN) et les experts du Conseil National de Protection de la Nature (CNPN), nommés par l’Etat, affirment que « les inventaires faunistiques sont très insuffisants », que « l’analyse des impacts du projet sur la faune et le maintien des connectivités écologiques sont sous évalués », que « les mesures d’évitement, de réduction ou de compensation sont insuffisantes, irréalisables, inadéquates ou très hypothétiques », ce qui les a conduits à donner des avis défavorables à la destruction de la zone humide du Testet (CSRPN en décembre 2012 et CNPN en avril et en septembre 2013).

Il apparaît de toute façon surréaliste de prétendre, comme le fait le Conseil Général, qu’un projet qui détruit une zone humide unique à l’échelle d’un département serait « exemplaire d’un point de vue environnemental », à moins qu’il ne s’agisse d’une forme d’ironie ?… Rappelons que prétendre reconstituer quelques kilomètres plus loin un tel milieu naturel de près de 20 hectares, de façon tout à fait artificielle, dispersée, en détruisant et déplaçant des espèces protégées, ne peut en aucun cas être présenté comme une « solution ». C’est, au mieux, du jardinage qui ne compensera jamais la destruction qui aura été voulue et opérée par les pouvoirs publics au bénéfice d’une infime minorité et au détriment de tous.

Associations signataires :

A lire en complément sur le versant écologique du dossier : une mise au point scientifique et naturaliste cosignée par plusieurs experts régionaux, Les mensonges du discours « vert » des promoteurs