Barrage de Sivens : les mensonges du discours vert des promoteurs

Mise au point scientifique et naturaliste

Dans le débat concernant la construction du barrage de Sivens, la préfecture, le Conseil Général du Tarn et la Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne soutiennent que le projet est irréprochable d’un point de vue environnemental. Ils éludent ainsi trois avis défavorables rendus par les conseils d’experts. Éclairage par des scientifiques.

Le barrage de Sivens dégradera l’état écologique général du Tescou et de sa vallée en contradiction avec toutes les priorités de la politique environnementale

Le Tescou voit actuellement coexister dans sa vallée amont une agriculture peu intensive avec une faune et une flore diversifiées, riche d’au moins 94 espèces protégées. Le Tescou est donc dans un bon état écologique que le barrage de Sivens dégradera, à rebours de toutes les priorités environnementales actuelles. Ainsi, il ajoutera un obstacle aux continuités écologiques terrestres et aquatiques, ceci à l’heure de la Trame verte et bleue. Il artificialisera complètement le cours d’eau en réduisant à peau de chagrin son débit hivernal et imposant de canaliser le peu d’eau délivré à l’aval, à l’heure de la directive cadre sur l’eau qui requière le retour à un bon état écologique des cours d’eau pour 2015. Il submergera deux populations de libellules protégées, à l’heure d’un Plan national d’Action en faveur des Libellules. Il conduira à la disparition de la seule zone humide d’importance dans le département, à l’heure où la France qui a ratifié la convention internationale en faveur des zones humides les identifie parmi les écosystèmes les plus fragiles et menacés dans sa stratégie nationale pour la biodiversité !

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Le barrage de Sivens induira une perte nette de biodiversité que les mesures d’accompagnement environnemental ne compenseront pas

Un projet d’aménagement doit garantir que ce qui sera détérioré localement sera compensé à proximité, sans perte nette. C’est la loi. Dans ce cadre réglementaire, comment remplacer 13 hectares d’une zone humide majeure et son important cortège d’espèces protégées ? Il ne s’agit pas de creuser 500m plus loin une mare que l’on vient de combler.

La zone humide du Testet avec ses boisements exceptionnels et ses dimensions importantes est un écosystème complexe. Lieu d’alimentation, de reproduction et de repos pour de nombreuses espèces animales et végétales, elle joue un rôle écologique vital dans les cycles biologiques. Une compensation efficace nécessiterait de l’espace et du temps pour « recréer » un milieu pouvant à terme devenir un équivalent fonctionnel de la zone humide. Mais, la faible disponibilité de terrains dans la vallée ne permet pas de rassembler la surface nécessaire et le coût d’une réelle compensation deviendrait vite difficile à assumer. Les porteurs du projet ne proposent donc que des opérations de terrassement et de bucheronnage sur un ensemble incohérent de 9 petites parcelles disséminées et distantes. Une compensation « sur le papier », destinée à leurrer l’administration mais qui sur le terrain ne préservera pas le patrimoine naturel Tarnais.

Les espèces protégées pâtiront de la construction du barrage. « On ne détruit rien, on déplace des populations » clament les porteurs du projet. Qui peut croire que l’on déplace sans perte des populations de libellules, de papillons, de grenouilles, de crapauds et salamandres, de serpents et lézards ? Il y a de la casse, forcément. Ainsi en 2013, la capture des larves d’une libellule protégée a été réalisée dans un ruisseau voué à la submersion pour les transférer vers un ruisseau d’accueil. Les relevés réalisés en 2014 montrent toutefois que cette « pêche de sauvegarde » n’a pas fonctionné. L’espèce fréquente toujours le ruisseau destiné à l’ennoiement. Il y aura donc bien perte nette de biodiversité lors de la mise en eau du barrage.

Les impacts environnementaux du barrage sont sous-évalués.

L’évaluation des impacts environnementaux du barrage de Sivens porte sur un périmètre limité aux abords immédiats du barrage et de sa retenue. Pourtant, le barrage « coupera l’eau » à un tronçon d’au moins 10 km de rivière en aval. En phase de remplissage, seuls 12 litres secondes seront délivrés par l’ouvrage d’art, contre un débit naturel d’environ 300 litres secondes. Quels sont les organismes qui devront s’accommoder d’une telle perturbation du régime hydraulique de leur habitat, des espèces protégées sont-elles concernées ? Les scientifiques le pensent et l’ont fait savoir aux promoteurs du barrage de Sivens. Mais en dépit de ces recommandations, aucun élément d’évaluation de ces impacts ne figure dans le dossier.

Pierre-Olivier Cochard
Herpétologue à Nature Midi-Pyrénées
Membre du Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel de Midi-Pyrénées
Membre de la Société Herpétologique de France

Laurent Pélozuelo
Maître de conférences en Écologie des Invertébrés aquatiques Toulouse III
Président de l’Office pour les Insectes et leur Environnement Midi-Pyrénées

Gilles Pottier
Herpétologue à Nature Midi-Pyrénées
Auteur de l’Atlas de répartition des reptiles et amphibiens de Midi-Pyrénées
Membre de la Société Herpétologique de France

Eric Tabacchi
Chargé de Recherches au CNRS