La Céphalaire de Transylvanie : bilan des observations préalables au suivi

La Céphalaire de Transylvanie (Cephalaria transylvanica) se développe principalement sur les bords de routes et de champs d’août à septembre, parfois même jusqu’en octobre. Ses populations sont très localisées en France, puisqu’elles ne sont recensées actuellement que dans deux régions et quatre départements, dont la Haute-Garonne et le Tarn. Sa rareté a valu à l’espèce d’être protégée sur ces territoires. Après de premières mentions en 2012, elle a fait l’objet d’observations et prospections au cours de cet automne afin de mieux connaître son écologie et sa répartition dans la région toulousaine, pour préparer son futur suivi. En effet, elle fait partie des nouvelles espèces qui seront intégrées en 2014 au projet de suivi de la flore sensible de Haute-Garonne, auquel participe très activement le groupe botanique de Nature Midi-Pyrénées et l’association Isatis 31.

Comment la reconnaître ?

La Céphalaire de Transylvanie fait partie des Dipsacacées, famille de plantes herbacées caractérisées entre autres par des inflorescences en tête, entourées à la base d’un ensemble de bractées (involucre) et dont les fleurs sont légèrement zygomorphes (irrégulières).

Cette espèce est une plante annuelle de 30 à 150 cm, non épineuse et très ramifiée. Elle se différencie des autres Dipsacacées à fleurs d’un bleu pâle violacé par une corolle à quatre lobes, dont les extérieurs sont plus grands, rayonnants, des bractées de l’involucre coriaces, des feuilles hispides dont les médianes son profondément découpées. Son fruit est également très caractéristique : c’est un akène (fruit sec indéhiscent) à arêtes.

Inflorescences (à gauche) et port (à droite) de la Céphalaire de Transylvanie (L. Moreno). Inflorescences (à gauche) et port (à droite) de la Céphalaire de Transylvanie (L. Moreno).

Elle peut éventuellement être confondue avec deux espèces : la Scabieuse maritime (Sixalix atropurpurea subsp. maritima) et la Scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria subsp. columbaria), dont la floraison, de mai à octobre pour ces deux plantes, recouvre également celle de la Céphalaire de Transylvanie.

Tout d’abord, la Scabieuse maritime, dont la couleur des fleurs est proche, et les feuilles également découpées, se différencie par une corolle à cinq lobes, des bractées herbacées (non coriaces) et un fruit très différent. Les habitats des deux espèces sont très similaires.

Inflorescences de Cephalaria transylvanica, dont on peut voir les bractées coriaces, à gauche (L. Moreno) et de Sixalix atropurpurea subsp. maritima à droite (L. Belhacène). Inflorescences de Cephalaria transylvanica, dont on peut voir les bractées coriaces, à gauche (L. Moreno) et de Sixalix atropurpurea subsp. maritima à droite (L. Belhacène).

Les fruits des deux espèces sont très différents, ceux de la Scabieuse maritime étant surmontés de cinq soies étalées partant du centre, entourés par une membrane repliée.

Fruits de Cephalaria transylvanica, à gauche, et de Sixalix atropurpurea subsp. maritima, à droite (M. Menand). Fruits de Cephalaria transylvanica, à gauche, et de Sixalix atropurpurea subsp. maritima, à droite (M. Menand).

Feuilles de Cephalaria transylvanica, à gauche, et de Sixalix atropurpurea subsp. maritima, à droite (M. Menand). Feuilles de Cephalaria transylvanica, à gauche, et de Sixalix atropurpurea subsp. maritima, à droite (M. Menand).

On peut également confondre la Céphalaire de Transylvanie avec la Scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria subsp. columbaria). Sa corolle à cinq lobes est de couleur proche des deux espèces précédentes, mais son capitule fructifère, à cinq soies étalées partant du centre, et muni d’une petite colerette sur l’extérieur, est plus ou moins globuleux, contrairement à celui de la Scabieuse maritime, plutôt allongé, conique.

Corolle à cinq lobes de Scabiosa columbaria subsp. columbaria, à gauche, et son capitule fructifère de forme plus ou moins globuleuse, à droite (M. Menand). Corolle à cinq lobes de Scabiosa columbaria subsp. columbaria, à gauche, et son capitule fructifère de forme plus ou moins globuleuse, à droite (M. Menand).

Ecologie et habitat

Cette plante se trouve principalement sur des talus de bords de route et fossés bordant les cultures (tournesol par exemple), ainsi que dans les entrées de champs, où elle se trouve systématiquement en compagnie de la Picride fausse vipérine (Picris echioides). Elle peut également être présente dans des prairies améliorées ou terres incultes, où elle est accompagnée entre autres de la Scabieuse maritime. On la retrouve à l’étage collinéen, à des altitudes allant de 250 à 350 m.

En contexte cultural, un des habitats de la Céphalaire de Transylvanie, à gauche, et en compagnie de la Picride fausse vipérine, à droite (L. Moreno) En contexte cultural, un des habitats de la Céphalaire de Transylvanie, à gauche, et en compagnie de la Picride fausse vipérine, à droite (L. Moreno)

Statuts de rareté, protection et répartition

Cette espèce rare bénéficie d’une protection au niveau régional en Midi-Pyrénées depuis 2004, où elle est présente en Haute-Garonne et dans le Tarn. Elle est aussi protégée en PACA depuis 1994. On lui a attribué le statut « Vulnérable » (VU) d’après la Liste rouge de la Flore vasculaire de France métropolitaine, parue en 2012, et « Quasi menacé » (NT) dans la liste rouge régionale de 2013.

Pour rappel, « sont interdits la destruction, la coupe, la mutilation, l’arrachage, la cueillette ou l’enlèvement de végétaux de ces espèces [protégées], de leur fructification ou de toute autre forme prise par ces espèces au cours de leur cycle biologique… » (article L.411-1 du code de l’environnement).

Bilan global des observations en 2013

Après de premières mentions en 2012 en Haute-Garonne, la Céphalaire de Transylvanie a fait l’objet d’un « suivi » bénévole au cours de cet automne. Les prospections ont permis de confirmer la présence de populations dans les deux stations découvertes précédemment, sa répartition dans la région toulousaine étant restreinte probablement en raison de la faiblesse des prospections, ou de la méconnaissance de cette espèce.

Les populations actuellement connues en Haute-Garonne se trouvent dans deux stations aux abords de Toulouse, en milieu rural :

  • Secteur du Lauragais (Cessales, Beauville, Saint-Vincent, Toutens) : dans des fossés de bord de route, entrées de champs, chemins et prairies améliorées, sur un linéaire de plusieurs kilomètres. Un des talus de bord de route à Cessales a été fauché, ne laissant persister qu’une dizaine de pieds.
  • Secteur de Saint-Pierre-de-Lages et Drémil-Lafage : dans des fossés de bord de route et longeant des cultures, sur plusieurs centaines de mètres, et le long de la Seillonne.

Voir la carte mise à jour dans Baznat.

L’année prochaine, le suivi sera davantage axé sur la prospection de nouvelles stations et une sortie bénévole pourra être organisée.

Populations présentes à Cessales (à gauche) et Beauville (à droite) (L. Moreno) Populations présentes à Cessales (à gauche) et Beauville (à droite) (L. Moreno)

Actions de préservation

En 2006, suite à une volonté commune, le Conseil Général de Haute-Garonne, qui gère, maintient et entretient les routes départementales, et le Conservatoire Botanique National des Pyrénées et de Midi-Pyrénées (CBNPMP), qui réalise l’inventaire du patrimoine naturel, l’identification et la conservation de la flore sauvage rare et menacée, ont souhaité s’associer.

L’objectif est de préserver la biodiversité sur le réseau routier, en particulier concernant les espèces protégées présentes sur les bords de route. Pour cela, des équipes d’agents ont été formés, du matériel a été mis à disposition, des techniques de fauche et d’aménagement ont été définies, et les tâches ont été planifiées dans le temps et l’espace.

Ainsi, le « fauchage raisonné » permet à la plupart des plantes d’achever leur cycle biologique (croissance, floraison, fructification) et la faune en est également préservée.

Cette gestion a été étendue au département, retardant la première fauche, passant de 4 à 3 coupes, augmentant la hauteur de fauche et supprimant les traitements chimiques à proximité des fossés, points d’eau, et ruisseaux. Au total, ce sont 26 communes et dix plantes à statut qui sont concernées.

Il serait intéressant d’intégrer la Céphalaire de Transylvanie dans la liste officielle des espèces protégées incluses dans cette gestion et ainsi adapter le fauchage des talus de bords de route où elle est présente.