Bilan du suivi du sérapias en cœur en 2013 et actions de conservation

Le sérapias en cœur, plante de la famille des Orchidacées, aux fleurs assez grosses, rouge vineux, doit son nom à ses labelles en forme de cœur. Son inflorescence, souvent en tête serrée et pauciflore, et les gaines des feuilles ponctuées de pourpre, permettent de le différencier des deux autres sérapias largement répandus en Haute-Garonne et en Midi Pyrénées : le sérapias langue (Serapias lingua) et le sérapias à labelle pendant (Serapias vomeracea).

Les fleurs du sérapias en cœur, à labelle muni à la base (au niveau de la gorge) de 2 callosités non contigües permettent de le différencier du sérapias langue, dont le labelle présente à la base une unique callosité sillonnée en son milieu.

L’épichile, partie visible et pendante du labelle, est à peu près aussi large que long, nettement élargi en cœur et porte des poils rouge intense chez le sérapias en cœur, tandis que chez le sérapias à labelle pendant, l’épichile est généralement deux fois plus long que large, peu ou pas élargi et porte des poils plutôt blanchâtres.

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Sérapias en coeur en pleine floraison

Statut de protection et localisation du sérapias en cœur

Classé dans la catégorie « vulnérable » sur la liste rouge nationale des orchidées menacées et dans la catégorie « en danger » sur la liste rouge régionale de la flore vasculaire, le sérapias en cœur possède aussi un statut de protection dans quasiment l’ensemble des régions françaises, dont Midi-Pyrénées (depuis 2004), ce qui montre qu’il est en régression partout.

Au niveau national, exceptés les départements des régions Provence-Alpes-Côte-d’Azur et Corse, la Haute-Garonne est le département qui abrite le plus grand nombre de stations. La préservation de cette plante dans le nord toulousain constitue donc un enjeu national.

Cette espèce fait partie du projet « contribution du groupe botanique au suivi et à la préservation d’espèces végétales protégées dans l’aire métropolitaine toulousaine », piloté par Nature Midi-Pyrénées, et en partenariat avec le Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées (CBNPMP), la DREAL de Midi-Pyrénées, la DDT de Haute-Garonne et Toulouse Métropole.

La grande majorité des stations en Midi-Pyrénées sont localisées dans le Tarn-et-Garonne et la Haute-Garonne ; elles se répartissent depuis le nord de Toulouse (Frontonnais) jusqu’au sud de Montauban.

Lien carte Baznat

Ecologie du sérapias en cœur

Cette espèce affectionne les pelouses acidophiles pauvres et rases et on la trouve fréquemment sur l’emplacement d’anciennes vignes laissées à l’abandon. Si elle peut supporter un certain embroussaillement, elle disparaît avec la fermeture du milieu.

Ainsi les pelouses entretenues par une fauche annuelle, un débroussaillage régulier, ou un pâturage raisonné par des chevaux (fréquent dans le Frontonnais), sont favorables à la préservation du sérapias en cœur.

Mais le maintien de zones ouvertes est le plus souvent dû uniquement à la pauvreté des sols : le sérapias en cœur se rencontre sur de nombreuses stations à sol très superficiel ; ces habitats oligotrophes sont très riches du point de vue de la flore. Par exemple, on y trouve 2 autres espèces menacées de disparition dans la région, l’ornithope penné (Ornithopus pinnatus) et la moenchie dressée (Moenchia erecta).

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La plus grosse station du département, à Villaudric, avec plus de 1000 pieds
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Petite station en bord de culture et progressivement envahie par des ajoncs et cytises

Suivi et protection

Elle est suivie régulièrement en Haute-Garonne depuis 1988. Une mise à jour de l’ensemble des données existantes en Haute-Garonne a été réalisée de façon systématique depuis 2012 , par le groupe botanique de NMP, sous l’impulsion de Mathieu Menand et d’un coordinateur bénévole (Marc Senouque).

En 2012, 41 stations ont été visitées, dont 10 détruites ou disparues. En 2013, ce sont 29 stations qui ont été vérifiées et 9 nouvelles stations découvertes. Nous en tirons fin 2013 un bilan de 63 stations , dont 7 qui ont disparu, se répartissant sur 14 communes.

Répartition des stations
Nb de stations Effectif estimé
3 supérieur à 500
12 de 101 à 500
21 de 21 à 100
15 de 11 à 20
12 inférieur à 10

Une sortie organisée par le coordinateur a permis d’impliquer l’ensemble du groupe botanique aux problèmatiques de la préservation du Serapias cordigera.

Le nombre important de stations en Haute Garonne, ainsi que la richesse de la flore associée, font que ce département a une forte responsablité vis-à-vis de la conservation de cette orchidée.

Mais cette apparente abondance ne doit pas masquer les menaces qui pèsent sur de nombreuses stations, notamment la déprise agricole, qui aboutit à la fermeture progressive de ces stations, et l’urbanisation, sur ces friches si attractives et souvent situées en zones périurbaines (comme à Fronton par exemple).

Comme pour l’orchis lacté et la jacinthe de Rome, il est donc prévu que le CBNPMP, dans le cadre de ce projet et de ses missions, envoie des courriers d’information à l’ensemble des communes concernées par la présence d’une de ces espèces sur son territoire. Concrètement, cela se présentera par un texte explicatif et une carte maillée indiquant toutes les espèces protégées connues (même celles ne faisant pas partie du programme de suivi).

De façon concomitante, la DDT se chargera de l’envoi de courriers d’information à tous les propriétaires des terrains abritant cette belle orchidée.

Bien sûr, l’accompagnement des propriétaires ou exploitants par les botanistes de terrain de Nature Midi-Pyrénées est un aspect essentiel pour la réussite de ce projet. Moins qu’imposer une réglementation et des contraintes, notre rôle est de faire de ces interlocuteurs des alliés, qui deviennent eux-mêmes acteurs de la préservation des richesses botaniques qu’ils hébergent sur leurs parcelles.

Une première convention a déjà été signée en mars 2013 avec un propriétaire à Bessières, sur une surface de 13 hectares, engageant celui-ci de façon volontaire à une bonne gestion de ses parcelles. Une autre convention est en projet, avec un propriétaire à Villemur-sur-Tarn.

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Parcelle avec le sérapias en coeur en convention de gestion
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« Rencontre d’un propriétaire à Villemur-sur-Tarn sur une station de sérapias en coeur

Le recensement des stations et les contacts avec les propriétaires et exploitants se poursuivront en 2014 et au cours des prochaines années, afin que cette belle orchidée et sa flore associée puissent être léguées aux générations futures, comme un cadeau que leurs ainés auront su protéger et transmettre. C’est l’engagement du groupe botanique de Nature Midi Pyrénées.

Marc Senouque et Mathieu Menand