Bilan du suivi de la jacinthe de Rome en 2013 et actions de conservation

La jacinthe de Rome (Bellevalia romana) développe sa grappe de fleurs blanches entre mi-avril et mi-mai. Elle est reconnaissable aussi lorsqu’elle n’est pas en fleur, grâce à sa rosette de feuilles, qu’il ne faut tout de même pas confondre avec le muscari à toupet. Elle est protégée au niveau national.

Introduction

La jacinthe de Rome (Bellevalia romana) développe sa grappe de fleurs blanches entre mi-avril et mi-mai. Elle est reconnaissable aussi lorsqu’elle n’est pas en fleur, grâce à sa rosette de feuilles, qu’il ne faut tout de même pas confondre avec le muscari à toupet. Elle est protégée au niveau national.

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Grappes de fleurs de la jacinthe de Rome

Cette plante méditerranéenne est caractéristique des prairies humides de fond de vallée, en tout cas dans notre région et donc en Haute-Garonne. Si elle aime particulièrement les prairies de fauche anciennes, elle supporte un pâturage extensif, et résiste au boisement de certaines parcelles abandonnées (frênaies claires).

La région Midi-Pyrénées abrite plus de 80% des stations françaises (et ce chiffre augmente si l’on considère les effectifs), surtout réparties sur les départements du Gers et de la Haute-Garonne. Dans ce dernier, elle est présente dans tout l’est toulousain et dans la vallée de la Save, et forme des populations relictuelles.

Elle est suivie régulièrement en Haute-Garonne depuis 2000. Un plan d’actions régional est piloté par le Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées (CBNPMP) depuis 2012. Déjà, une mise à jour de l’ensemble des données existantes dans la région (5 départements) a été réalisée.

Depuis cette année, cette espèce fait partie du projet « contribution du groupe botanique à la préservation d’espèces végétales protégées dans l’aire métropolitaine toulousaine », piloté par Nature Midi-Pyrénées, et en partenariat avec le CBNPMP, la DREAL de Midi-Pyrénées, la DDT de Haute-Garonne et Toulouse Métropole.

Inventaires en 2013

Ce sont presque 30 stations qui ont été vérifiées en 2013, soit un peu moins de la moitié du nombre total, qui s’élève maintenant à 67, grâce aux 6 nouvelles localités pointées (communes de Auriac-sur-Vendinelle, Castanet-Tolosan, Donneville, Montégut-Lauragais, Pradère-les-Bourguets et Tournefeuille).

Voir la carte mise à jour dans Baznat

Cette année, 2 stations ont trinqué de la mise en culture de prairies dans l’est toulousain.

La première, à Auriac-sur-Vendinelle, est une prairie qui a été retournée, après un gros apport de terre. Heureusement, 2 autres stations, découvertes en 2012 et 2013, sont présentes à proximité. L’une d’entre elles appartient à un propriétaire rencontré sur le terrain, qui ne compte pas changer de mode d’exploitation (une fauche par an).

La seconde, à Juzes, a fait les frais de l’enterrement d’une conduite d’eau. La tranchée a été réalisée dans la plus grande longueur de la prairie mais elle n’a touché qu’une partie de la station de jacinthe. D’ailleurs, lors du suivi le 24 avril, certains pieds repartaient directement dans la terre ayant servi à reboucher la tranchée. Le propriétaire est aujourd’hui contraint de conserver la prairie en l’état, alors qu’il l’avait acquise pour la cultiver.

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Prairies détruites à Auriac-sur-Vendinelle et Juzes

D’autres stations sont menacées par divers projets, comme celle de Castanet-Tolosan, découverte cette année et déjà sous le coup de convoitises pour la construction d’une ZAC. Des courriers d’information ont été envoyées à la commune.

Aspects de porter à connaissance, sensibilisation et protection / gestion

Si cette espèce fait partie des plus en danger, c’est elle qui bénéficie à l’heure actuelle du plus grand nombre de stations préservées ou en passe de l’être.

- porter à connaissance et sensibilisation

Une campagne de porter à connaissance avait déjà été menée par le CBNPMP pour la jacinthe de Rome en 2004. Quelques envois ponctuels ont aussi été opérés depuis, se référant souvent à des problèmes ciblés, des contentieux (exemples de St-Félix-Lauragais, Quint-Fonsegrives, Balma pour des destructions directes).

Dans le cadre de ce nouveau projet, ce porter à connaissance est une étape très importante. Après discussion avec les partenaires techniques et financiers, il a été décidé qu’il sera effectué de façon exhaustive pour 3 espèces (orchis lacté, jacinthe de Rome, sérapias en coeur) dans le courant de l’automne 2013.

Il est donc prévu que le CBNPMP envoie des courriers d’information à l’ensemble des communes concernées par la présence d’une de ces espèces sur son territoire. Concrètement, cela se présentera par un texte explicatif et une carte maillée indiquant toutes les espèces protégées connues (même celles ne faisant pas partie du programme de suivi).

De façon concomitante, des courriers d’information seront envoyées à tous les propriétaires des terrains abritant une de ces 3 espèces. C’est la DDT qui se chargera de cet envoi. Le courrier type va être rédigé par le CBNPMP et nous-mêmes.

Bien sûr, il ne faut pas oublier la sensibilisation des acteurs directement sur le terrain, notamment les propriétaires et les exploitants, préalable à toute action de préservation. Cela va de la simple rencontre, où l’on informe la personne concernée, à des échanges plus concrets, d’où une vraie volonté d’implication émane.

- protection et/ou gestion

La finalité de ce projet est bien sûr de contribuer à la préservation de ces espèces. Cela dit, nous n’avons pas attendu ce projet pour que des actions concrètes soient mises en place. Disons que ce projet permet, de par l’augmentation du travail sur le terrain et l’accroissement du nombre de contacts avec les acteurs du territoire, d’accélérer ce processus.

Plusieurs outils sont à notre disposition pour préserver les stations concernées. Pour ce qui est de la protection réglementaire, il semble que l’outil le plus adapté soit l’arrêté préfectoral de protection de biotope (APPB), du fait des faibles surfaces concernées en général et de la mise en oeuvre pouvant être relativement rapide.

Deux APPB sont en cours d’instruction (ils devraient voir le jour en fin d’année), l’un à St-Orens-de-Gameville et Quint-Fonsegrives, et l’autre à Ramonville-St-Agne, protégeant ainsi des prairies humides avec plusieurs milliers de pieds, ainsi que d’autres plantes protégées (trèfle maritime, vulpin bulbeux).

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Prairies de Saint-Orens-de-Gameville et Quint-Fonsegrives

Un autre outil assez facile à mettre en place est la convention de gestion. Elle est signée entre un propriétaire et une association. Le premier s’engage à préserver la station concernée, en y pratiquant une gestion adaptée, alors que la seconde assiste le gestionnaire au niveau technique (inventaires, préconisations de gestion). Si une convention a été signée cette année pour une autre espèce (sérapias en coeur), nos nombreux contacts nous laissent espérer la mise en place future d’un tel outil pour la jacinthe.

Indirectement, le suivi de ces espèces depuis plusieurs années, nous a permis de travailler sur la mise en place de la MAET « prairies humides » dans l’est toulousain. C’est en se servant de nos connaissances sur les différentes stations que nous avons pu contacter avec la Chambre d’agriculture de Haute-Garonne certains exploitants. En 2012 et 2013, ce sont 4 agriculteurs qui ont contractualisé. En s’engageant à maintenir leurs parcelles en prairies permanentes, ils reçoivent une rétribution de 165 euros par hectare et par an. Cela concerne des stations de jacinthe de Rome, sur les communes de St-Orens-de-Gameville, Ste-Foy-d’Aigrefeuille et Garidech, pour une surface avoisinant les 20 hectares.

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Prairies de Sainte-Foy-d’Aigrefeuille et Garidech

Perspectives

Dans un futur proche, suite à l’envoi des courriers d’information aux communes, ainsi qu’aux propriétaires, une campagne de relance et d’animation est prévue.

En 2014, le suivi va continuer comme il est organisé à l’heure actuelle. Nous allons également entretenir nos différents contacts concrets, dans une optique de préservation de parcelles supplémentaires.

Texte et photos de Mathieu Menand.