Coronelle lisse

Coronella austriaca

Coronella austriaca femelle adulte avec écailles normales, Bagnères-de-Bigorre, Hautes-Pyrénées, alt 1090m, Crédit : Gilles Pottier

  • Nom commun : Coronelle lisse
  • Nom latin : Coronella austriaca Laurenti, 1768
  • Famille : Colubridae
  • Période d’activité / d’observation : de mars à novembre environ
  • Statut réglementaire : Espèce intégralement protégée par la loi française (arrêté du 19 novembre 2007) ; espèce « déterminante ZNIEFF » à basse altitude (< 400 m) en Midi-Pyrénées

  1. Identification et risques de confusion
  2. Variabilité géographique
  3. Répartition
  4. Habitat
  5. Proies et prédateurs
  6. Cycle annuel et reproduction
  7. Conseils pour l’observation, orientations de recherche
  8. Galerie
  9. Cartographie


Identification et risques de confusion

C’est la plus petite de nos couleuvres : les adultes mesurent généralement près de 40 cm (on peut parler d’ « énorme Coronelle lisse » à partir de 60 cm) et les tailles record citées dans la littérature sont toujours bien inférieures à 1 m (80 cm ou 90 cm). Les nouveaux-nés sont très petits et mesurent autour de 15 cm. L’allure générale est plutôt peu élancée, assez massive chez les vieilles femelles. La tête, petite et peu distincte du corps, devient cependant très triangulaire chez certains individus irrités, qui adoptent un comportement de « bluff » semblable à celui qu’on observe chez la Couleuvre à collier et la Couleuvre vipérine. C’est une espèce non-venimeuse et ne présentant aucun danger pour l’Homme, qui peut toutefois s’énerver et mordre lorsqu’elle est manipulée. Compte-tenu de la faible taille des mâchoires, l’expérience est peu douloureuse. L’aspect général est assez variable, tant du point de vue chromatique que graphique : la teinte de fond peut être ocre, grise ou marron selon les individus et les motifs décrits plus loin peuvent être larges et très contrastés ou, au contraire, étroits et très peu contrastés. Certains individus présentent un aspect pratiquement uniforme, très discrètement ligné. Le dos présente généralement une bande vertébrale pâle floue bordée de deux bandes para-vertébrales plus sombres, tout aussi floues. La partie supérieure du flanc est parcourue par une zone pâle peu nette et sa partie inférieure par une zone sombre également peu nette (le tout plus ou moins orné de taches sombres assez diffuses). On observe classiquement un motif bilobé foncé à l’arrière de la tête, relayé sur la partie antérieure du dos par des taches transversales qui, souvent, se divisent et forment deux séries para-vertébrales de taches brouillonnes. Chez certains individus (cf. galerie photos) on observe un motif en « U » à l’arrière de la tête, dont les deux branches s’étendent au-delà de la nuque. Très méconnue du grand public, la Coronelle lisse est souvent confondue « par défaut » avec la Couleuvre vipérine, voire avec les vipères malgré sa pupille circulaire et ses grandes plaques céphaliques très visibles. Les confusions avec la Coronelle girondine restent cependant les plus fréquentes, compte-tenu de la ressemblance entre ces deux espèces du même genre.

Il existe un faisceau de caractères morphologiques qui permettent de différencier les deux coronelles, concernant l’écaillure et certains traits de la coloration :
- L’œil est situé au-dessus du contact des 3ème et 4ème écailles supralabiales chez C. austriaca VS au-dessus des 4ème et 5ème écailles supralabiales chez C. girondica (qui possède donc 1 écaille de ce type en plus).
ATTENTION : des anomalies de l’écaillure labiale ont été observées à plusieurs reprises chez les deux espèces (cf. galerie), d’un seul côté de la gueule. Il convient donc de bien examiner les côtés droit ET gauche, et de ne pas se fier à ce seul critère de toutes façons.
- L’écaille rostrale est plus ou moins proéminente chez C. austriaca et elle tend à s’insérer plus ou moins fortement entre les deux écailles internasales. Elle est au contraire non proéminente et s’insère pas ou peu entre les internasales chez C. girondica.
- On observe rarement une « larme noire » à l’aplomb de l’œil chez C. austriaca alors que ce motif paraît être de règle chez C. girondica. Idem pour le bandeau noir (« bride ») en croissant qui parcourt le museau d’un œil à l’autre chez C. girondica : il est typiquement absent chez C. austriaca (mais les jeunes individus présentent parfois un motif approchant). Attention à la présence d’un motif en « U » sur la nuque, souvent donné comme caractéristique de C. girondica mais qu’on observe de temps à autre chez C. austriaca (cf. une des photos de la galerie).
- Les écailles ventrales portent un motif franchement bicolore chez C. girondica (pseudo-damier jaune paille et noirâtre, voire rosé et noirâtre) alors qu’elles sont mouchetées ou finement tâchées de façon homogène chez C. austriaca (la couleur est toutefois variable : noirâtre, ocre ou grisâtre).

Variabilité géographique

Deux sous-espèces seulement sont reconnues par les plus récents travaux génétiques. La totalité du peuplement français relève de la sous-espèce nominative C. austriaca austriaca, qui présente un polymorphisme relativement élevé.

Répartition

C’est une espèce d’Eurasie occidentale liée à des climats frais et/ou pluvieux, largement répandue dans la moitié nord de la France mais plus localisée dans le sud, où elle évite les zones chaudes et sèches du pourtour méditerranéen et des plaines du Sud-Ouest. En Midi-Pyrénées, elle présente un patron de répartition assez semblable à celui du Lézard vivipare et c’est une espèce à forte tendance montagnarde, majoritairement observée au-dessus de 500 m sur les reliefs du Massif central et des Pyrénées (avec semble t’il un optimum à l’étage montagnard, entre 1000 m et 1500 m). Elle atteint localement près de 2000 m dans les Pyrénées (subalpin supérieur) mais ne parvient pas véritablement à coloniser l’étage alpin.

Habitat

Elle fréquente des habitats relativement variés, rocheux à non-rocheux, où abondent le Lézard des murailles et/ou le Lézard vivipare, ses deux proies préférées (voir plus loin) : landes, murets de pierres sèches, vieilles moraines végétalisées, bords de torrents rocailleux, prairies parsemées d’îlots broussailleux et d’affleurements rocheux, éboulis, talus routiers, voies ferrées, vieilles carrières etc.

Proies et prédateurs

La Coronelle lisse est un prédateur de reptiles, particulièrement de lézards, qu’elle chasse en embuscade ou en recherche active (sous les pierres ou dans la végétation). Elle s’attaque à tous les lézards qu’elle est capable de maîtriser, en fonction de sa taille et de sa force : Lézard des murailles, Lézard vivipare, Lézard agile, Lézard vert (jeunes, plutôt, mais les grandes coronelles peuvent parfaitement ingérer des adultes) et Orvet fragile sont les espèces les plus consommées. Elle s’attaque aussi à d’autres serpents (vipères incluses) et peut, plus occasionnellement, consommer des micro-mammifères ou des amphibiens. De nombreux rapaces et mammifères carnivores sont susceptibles de tuer et d’ingérer ce serpent, mais il convient de noter que sa discrétion et sa petite taille en font une proie à la fois peu visible et peu attractive pour des spécialistes tels que le Circaète Jean-le-Blanc.

Cycle annuel et reproduction

C’est la seule couleuvre « vivipare » (= ovovivipare et non pas ovipare) de notre région. Elle ne pond donc pas d’œufs incubés dans le milieu naturel mais, comme les vipères, « met bas » chaque petit dans un œuf membraneux et transparent qui se déchire aussitôt. Ce trait biologique est un avantage dans les zones froides (la femelle se déplaçant littéralement avec ses œufs jusqu’à l’éclosion, elle peut sélectionner les endroits les plus appropriés à leur développement, en fonction de l’horaire et de la météo) mais il accroît temporellement la vulnérabilité des individus gravides (expositions à découvert plus fréquentes, moindre rapidité …). Comme toutes nos espèces de serpents, elle entre en hivernage vers octobre/novembre et ressort en mars/avril, avec évidemment de ponctuelles possibilités d’observation (ou de non-observation, mais le fait n’est alors pas noté …) plus tard ou plus tôt en fonction des conditions météorologiques. Bien sûr, les populations d’altitude (étages montagnard et, surtout, subalpin) ont tendance à présenter un hivernage plus long. Les accouplements ont généralement lieu vers le mois de mai (avril-juin), la gestation s’étale sur une bonne partie de l’été et les naissances (de 2 à 16 couleuvreaux par femelle) surviennent dès la fin août mais plutôt en septembre/octobre dans les Pyrénées et le Massif central (par exemple un 27 septembre à 1350 m sur la commune d’Arrens-Marsous, Hautes-Pyrénées).

Conseils pour l’observation, orientations de recherche

Il s’agit d’une espèce discrète aux besoins thermiques plutôt réduits et à la thermorégulation efficace (une petite chipolata cuit plus vite qu’un gros boudin), qui s’expose peu à découvert (souvent partiellement) et qui réserve l’héliothermie aux périodes météorologiques maussades : immédiatement après la pluie (voire durant une pluie en cas de giboulées), par brouillard ou par ciel fortement voilé. Elle se chauffe souvent par tigmothermie sous des objets conducteurs ou ayant emmagasiné de la chaleur (pierres plates, tôles, planches etc.). Ce comportement thermorégulateur rappelle celui du Lézard vivipare ou de l’Orvet fragile, deux espèces qu’elle côtoie souvent et dont la détectabilité est assez synchrone. On l’observera facilement en inspectant ses habitats et micro-habitats préférentiels (listés plus haut) par ciel couvert, degré d’humidité relativement élevé et température de l’air modérée. Elle est souvent assez abondante localement et, si les conditions thermiques sont appropriées, on observe généralement plusieurs individus. La répartition régionale de cette espèce est encore mal connue. Elle est vraisemblablement présente partout où existe le Lézard vivipare, qui présente une écologie et une biogéographie très semblables dans le Sud-Ouest. Ainsi, diverses petites tourbières de plaine du nord des Hautes-Pyrénées et de l’extrême ouest du Gers (extrémité orientale des Landes de Gascogne) hébergent probablement des populations isolées de cette espèce, mais elle n’y a pas encore été observée (alors que Z. vivipara y existe). L’espèce devrait aussi pouvoir être découverte en plusieurs points du Ségala lotois, où Z. vivipara est bien présent. La forêt de Sainte Croix Volvestre (Ariège), qui présente d’étonnantes relictes montagnardes à basse altitude (Sapin pectiné, Myrtille …) mérite aussi le détour, d’autant que le Lézard vivipare y fut autrefois signalé mais n’y a pas été revu. Dans toutes ces zones dépourvues d’observation, une photographie sera nécessaire pour homologuer les données.

Menaces et conservation

Plutôt commune et souvent assez abondante à l’étage montagnard, où elle est relativement ubiquiste, elle paraît peu ou pas menacée dans les Pyrénées et le Massif central. Localement cependant, l’intensification des pratiques agricoles et sylvicoles s’avère assez néfaste à l’espèce en modifiant défavorablement les écosystèmes auxquels elle est liée : chaulage et drainage des zones tourbeuses, artificialisation des pâturages, suppression des haies et des murets de pierres, désherbage chimique etc. (plateaux de l’Aubrac, du Levézou et du Carladez, par exemple), mais aussi enrésinement des landes par espèces exotiques (plantations de Sapins de Douglas, d’Epicéas …). Les populations collinéennes des piémonts apparaissent, elles, très exposées au réchauffement climatique global, puisque situées en limite altitudinale inférieure. Elles sont par ailleurs liées à des habitats remarquables (landes tourbeuses, tourbières, forêts anciennes …) identifiés comme ZNIEFF voire d’intérêt communautaire et bénéficiant alors d’une certaine protection (inscrits au réseau Natura 2000).

Rédaction Gilles Pottier
Dernière mise à jour : 28/07/2015