Des haies pour la biodiversité

Quand on parle de biodiversité, rapidement il devient évident que les arbres et arbustes font partie intégrante de cet ensemble, tant en termes d’espèces que de milieux qu’ils contribuent à créer. Loin des haies monospécifiques qui bordent trop souvent les habitations et qui n’apportent qu’un intérêt médiocre en termes paysagers et naturels, une haie champêtre, composée d’essences variées, fourmille de vie !

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Paysage pauvre en haies

L’agriculture intensive, l’urbanisation galopante, etc. n’ont réservé qu’une place réduite à l’arbre qui se trouve pourtant à la base de paysages variés et riches. Les problématiques abordées aujourd’hui à travers les corridors écologiques, la trame verte et bleue et plus généralement la protection des espèces et de leurs milieux passent notamment par une préservation et une restauration des haies.

Outre la diversité intrinsèque qu’elles apportent (essences variées, plantes associées, cortèges de faune, etc.), les haies jouent également des rôles majeurs dans le fonctionnement des écosystèmes. De façon assez évidente, elles représentent des lieux de vie et de passage pour de nombreuses espèces, des réservoirs de nourriture, et elles peuvent également servir de brise vent. Elles fixent les sols et jouent un rôle important de filtre naturel. D’un point de vue paysager enfin, la haie représente un élément essentiel des paysages ruraux conservant une agriculture traditionnelle.

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Paysage avec haies et arbres

Bref, la haie champêtre est une championne de biodiversité tout en conciliant des fonctions utilitaires majeures ! Ainsi, chez vous, même un petit linéaire ou un massif arbustif représentent des éléments importants qui sont autant d’apport à la biodiversité de votre jardin et plus généralement de votre territoire…


Connaître

Une haie champêtre comporte une certaine diversité d’arbres et d’arbustes locaux qui s’organisent entre eux et forment un milieu spécifique avec plusieurs strates : herbacée, arbustive, arborée. Chacun de ces étages abrite des espèces végétales et animales diverses.

Au sein d’une haie champêtre, on rencontre en proportion variable des arbres et arbustes adaptés aux conditions locales de sol et climat. Ces essences se développent donc très bien toutes seules et cela réduit d’autant les nécessités d’interventions (arrosage, traitements phytosanitaires, etc.). Certaines essences sont plus ou moins « difficiles » et exigent des milieux particuliers (pH, hygrométrie…). Nombre d’entre elles sont particulièrement attractives pour la faune (insectes, oiseaux, etc.) car elles proposent à la fois lieu de vie et nourriture (fleurs, fruits) tout au long de l’année.

Voici quelques essences que l’on peut croiser régulièrement au grès de balades et qui sont particulièrement intéressantes pour la faune. Attention toutefois, comme évoqué précédemment il faut tenir compte du milieu. Tous les arbres ne poussent pas sur tous les sols.

L’Aubépine monogyne
Crataegus monogyna

Aussi nommé « épine blanche », c’est l’un des arbustes épineux les plus communs de nos campagnes. Ses épines assurent une protection efficace pour les oiseaux qui aiment nicher au cœur de cet arbuste. Ses petits fruits rouges, les cenelles, sont très appréciées des turdidés (grives, merles) ainsi que des fauvettes à tête noire.

Le Prunellier
Prunus spinosa

L’autre arbuste épineux le plus courant, surnommé lui « l’Epine noire ». Il peut lui aussi jouer un rôle très efficace dans une haie « défensive » et offre un abris sûr pour les petits passereaux qui profitent également de ses fruits. Le prunellier joue aussi un rôle important pour les insectes grâce à sa floraison abondante. Plusieurs espèces de papillons pondent sur son feuillage. Ainsi le magnifique Flambé, Iphiclides podalirius, ou encore certains Thécla comme Thecla betulae, voient leurs chenille se développer sur le prunellier.

La Viorne lantane
Viburnum lantana

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Viorne lantane
Fleurs et feuilles (Cliquez pour agrandir)

Feuilles veloutées et inflorescences immaculées en corymbes denses sont des caractéristiques de cet autre arbuste très commun dans les haies champêtres. Ses rameaux souples étaient autrefois utilisés en vannerie. Ses petits fruits rouges puis sombres, portés durant la seconde partie de l’été, sont très appréciés de nombreux passereaux.


Le Sureau noir
Sambucus nigra

Que ce soit le bois, les fleurs ou encore les fruits, les diverses parties de cet arbuste peuvent être utilisées de nombreuses façon. Son bois à « moelle » tendre peut aisément servir pour fabriquer des petits sifflets ou autres instruments. Les gourmands aussi apprécieront les fleurs dont on peut faire un sirop savoureux et les fruits qui permettent de préparer des gelées ou confitures succulentes ! Les animaux ne s’y trompe pas non plus et les oiseaux sont les premiers à se régaler des fruits dès leur maturité. Plusieurs espèces de papillons nocturnes pondent également sur le sureau (ex : la Phalène du sureau, Ourapteryx sambucaria).

Mais aussi :

  • le Cornouiller sanguin
  • l’Erable champêtre
  • le Chêne pédonculé/pubescent
  • le Troène des bois
  • le Merisier
  • le Frêne commun
  • le Poirier et le Pommier sauvage

Agir

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Haie champêtre plantée
(Cliquez pour agrandir)

Chacun peut donc, à sa mesure, contribuer à renforcer et préserver la biodiversité en plantant sur son terrain une haie champêtre. Cette haie s’accommodera évidemment très bien des fonctions plus utilitaires que l’on peut souhaiter : brise-vent, barrière végétale, maintien de talus, etc.

Pour faire simple, il suffit de regarder autour de soi et s’interroger sur ce qui pousse naturellement. Cela vous donnera une première idée des essences à préférer.

Pour tout projet de plantation, n’hésitez pas à faire appel à des associations spécialisées comme Arbres & Paysage d’Autan ou contacter l’Association Française Arbres et Haies Champêtres de Midi-Pyrénées (20 route de Ticaille à Ayguesvives) qui pourra vous orienter localement pour trouver conseil et accompagnement dans la réalisation de vos projets (que vous soyez un particulier, un agriculteur ou une collectivité).

En préalable à tout projet, quelques conseils pour une bonne plantation respectueuse de la biodiversité :

Choisissez des essences locales

Adaptées aux conditions de sol et climat, elles demanderont un entretien minimum. Elles possèdent des attraits importants pour de nombreuses espèces animales et en plus s’intègre évidemment beaucoup mieux au paysage. Rustiques, elles sont également nettement plus résistantes aux maladies et évitent l’utilisation de phytosanitaires.

ATTENTION : On trouve parfois des conseils pour planter des essences telles le Buddleia sp. ou autre essences réputées pour avoir un attrait pour la faune (notamment sur les papillons pour le Buddleia, parfois sur les oiseaux). Ces arbustes n’ont en fait qu’un intérêt très réduit pour les insectes et le reste de la faune. Le Buddleia attire en effet les papillons mais aucun ne pond ses œufs sur cet arbuste qui n’a donc aucun rôle dans le maintien des populations de papillons. Ces essences représentent en plus un sérieux risque en termes d’espèce invasive. Elles se répandent très facilement hors des jardins, prenant la place d’autres essences locales et conduisant à une uniformisation des milieux notamment en bord de cours d’eau ou sur les zones de friches. Il est donc important d’éviter soigneusement les essences horticoles de ce type. Dans tous les cas, n’hésitez pas à vous faire conseiller par les associations spécialisées pour éviter toute erreur.

Il n’est toutefois pas toujours évident de trouver des plants d’essences locales dans le commerce. Quelques pépiniéristes le proposent, veillez à ce que ce soit des plants non hybridés ou modifiés. Là encore, n’hésitez pas à vous faire accompagner pour avoir accès plus facilement à des plants d’arbres et arbustes de pays !

Plantez de jeunes arbres

Des plants d’environ un an, certes petits à l’installation s’installeront beaucoup mieux puisque le développement se fera sans stress (coupe de racine, changement de sol soudain, etc.). Vos arbres n’en seront que plus vigoureux et vous serez surpris de constater à quelle vitesse ils grandissent !

Pensez au paillage

Il maintient des conditions hygrométriques et de température favorables Il permet également d’ éviter le traitement herbicide et favorise le développement du jeune plant. Il favorise la faune du sol qui aère et enrichit le substrat. Important également : veillez à utiliser un paillage biodégradable (paillage de copeaux par exemple), nettement mieux pour l’environnement ! Il existe également des géotextiles biodégradables très pratiques. Dans tous les cas, bannir le plastique !

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Dalle géotextile
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Arbuste planté
Avec paillage et protection contre l’abroutissement

Respectez les saisons

Une plantation se fait en période repos végétatif donc en hiver, en gros de fin novembre à fin février. Évitez les périodes de gel et de fortes pluies qui rendent le sol peu praticable et moins propice à l’installation des plants. En dehors de l’hiver, la plantation est donc à proscrire !

Préservez les racines

Dans un arbre, ce qui se voit (tronc et branches) et aussi important que ce qui ne se voit pas (le racinaire). Ne coupez les racines de vos plants que si elles sont vraiment abîmées et installez les dans un trou suffisamment grand ou un sol décompacté. Pensez à les tremper dans un pralin (mélange eau + terre + bouse de vache pour un pralin « optimum » ) qui protège les racines du dessèchement et stimule leur croissance.

Evitez la taille

Les arbres se débrouillent très bien tout seul ! Si une intervention est nécessaire (sécurité, entretien règlementaire, etc.), veillez à une taille dite « raisonnée » prenant en compte la biologie de l’arbre. Dans tous les cas, avoir en tête que la taille s’effectue elle aussi durant les périodes de repos végétatif. Pensez qu’une taille engendre une plaie, porte ouverte aux maladies et champignons.

A vous de jouer pour installer chez vous arbres et arbustes qui vous permettront également d’accueillir de nombreuses autres espèces, des insectes aux oiseaux en passant par les petits mammifères ou encore les amphibiens.

Ressources

Sites et contacts internet

Ouvrages et autres

  • Coffret « Pays’arbres », Arbres & Paysages d’Autan, 2004 (disponible auprès de l’association Arbres & Paysages d’Autan )
  • « Plantes des haies champêtres », C. Cogneau, Ed. du Rouergue, 2009.
  • « Haies champêtres, la nature au jardin », B. Gambier, Ed. De Vecchi, 2009
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