Edito 2014

Sivens : Et au milieu coule une rivière…

…au milieu de quoi ? D’un paysage préservé, issu de la symbiose entre nature et activités humaines traditionnelles et soutenables. D’un des désormais rares endroits de plaine dans le sud-ouest qui puisse revendiquer cet héritage et surtout revendiquer sa capacité à accueillir un écosystème qui fonctionne dans des conditions favorables, mêlant des prairies cultivées de façon extensive, habitat de nombre d’insectes réfugiés anthropiques, une rivière au régime encore naturel et une zone humide boisée, poumon de sa respiration hydrique…

Bref, le genre d’endroit qui fait un pied de nez à la toute puissance de la société moderne, une offense pour tous ces pieds de maïs grillés sur pied à la fin d’un été un peu plus sec que la normale. Comment pouvons-nous, à l’heure triomphante des autoroutes, des supermarchés, du gaspillage alimentaire subventionné, laisser insolemment la nature n’en faire qu’à sa tête, même dans une toute petite partie de notre territoire ?

Comment pouvons nous laisser intact ce site d’un autre âge (celui du respect des rythmes et des besoins de la nature) ? L’aménager, c’est se prouver que l’Homme reste encore, Dieu merci, le seul maître à bord, et que le « sauvage » n’est qu’un état temporaire (même s’il a duré quelques centaines de millions d’années !), destiné à rentrer dans le rang dans les plus brefs délais. C’est pour ces raisons qu’il « faut » faire Sivens !

Mais à l’heure ou j’écris ces lignes, le Tescou coule toujours, les prairies sont encore là et ses petits habitants s’apprêtent à y hiverner, la zone humide est toujours fonctionnelle, avec ou sans arbres, attendant les pluies de l’hiver pour entamer un nouveau cycle en espérant que ce n’est pas le dernier. Le déboisement, aussi déchirant soit-il, ne signifie pas la fin du site et sûrement pas la fin du combat. Il faut soutenir toutes celles et ceux qui luttent pour que la nature, là comme ailleurs, ne soit plus la coupable toute désignée des maux de notre siècle, mais bien identifié comme la première victime.

Jérôme Calas
Président de Nature Midi-Pyrénées
Septembre 2014
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