Faucheur titan

Gyas titanus Simon, 1879

G. titanus, St Pé de Bigorre (Htes-Pyr.), alt. 400 m. Photo G. Pottier

  • Nom commun : Faucheur titan
  • Nom latin : Gyas titanus Simon, 1879
  • Famille : Phalangiidae
  • Période d’activité / d’observation : potentiellement toute l’année mais plutôt belle saison.
  • Statut réglementaire : aucun.

  1. Identification et risques de confusion
  2. Variabilité géographique
  3. Répartition
  4. Habitat
  5. Proies et prédateurs
  6. Cycle annuel et reproduction
  7. Conseils pour l’observation, orientations de recherche
  8. Galerie
  9. Cartographie


Identification et risques de confusion

Les opilions (« faucheux » ou « faucheurs ») appartiennent, comme les araignées, à la vaste classe des arachnides. Ils relèvent cependant d’une lignée évolutive distincte de la leur (la sous-classe des Dromopoda), qui comprend également les solifuges, les pseudo-scorpions et les scorpions. Les opilions sont donc de plus proches parents de ces derniers que des araignées, malgré une morphologie générale de visu plus ressemblante. Les Phalangiidae notamment s’en distinguent facilement à leur corps monobloc et superficiellement segmenté (en deux parties très distinctes chez les araignées), à leur unique paire d’yeux insérée sur une éminence dédiée (l’ « ocularium ») (les araignées en ont généralement quatre paires) et à leurs interminables pattes « en fouet » dotées de tarses extrêmement fins, fortement segmentés et très souples, hautement caractéristiques. Gyas titanus, comme son nom latin le laisse entendre, compte parmi les plus grands d’entre eux : l’envergure de la bête atteint près de 15 cm et le corps seul mesure près d’1 cm. Ce n’est que la moitié des plus grands opilions connus au monde (d’improbables créatures de 30 cm d’envergure, qu’on trouve en Amérique du sud et en Asie du sud-est) mais c’est objectivement énorme pour la faune européenne et, de fait, Gyas titanus est le plus grand faucheur d’Europe (et un des plus grands au monde) ! Les adultes ne peuvent donc qu’être difficilement confondus avec ceux d’autres espèces, d’autant que notre petit titan possède un corps d’aspect singulier, finement velouté et transversalement strié de beaux tons crème, châtain, noir et brun chocolat. Les pattes, éminemment stylées, sont annelées de zones pâles ayant tendance à foncer avec l’âge.

Variabilité géographique

Aucune sous-espèce n’a été décrite à ce jour mais, dans la mesure où les opilions sont encore des animaux très méconnus, des nouveautés sont à attendre dans ce domaine. A noter que le genre Gyas ne comporte que deux espèces : G. titanus et G. annulatus, une espèce très proche à distribution plus restreinte et plus orientale (Alpes).

Répartition

Le Faucheur titan est inféodé aux massifs montagneux d’Europe occidentale, depuis la Péninsule Ibérique jusqu’aux Carpathes. Dans notre région, où les observations sont plutôt rares, il n’est connu que des Pyrénées, essentiellement de l’ouest de la chaîne (Hautes-Pyrénées).

Habitat

Lié à des habitats chroniquement humides et ombragés subissant de très faibles variations thermiques et hydriques, cet animal nocturne et crépusculaire fréquente typiquement des vallons rocheux encaissés, en contexte forestier, où on l’observe plutôt près des cours d’eau. Il semble surtout présent aux étages collinéen et montagnard, la plupart des populations connues occupant des environnements de forêts pluvieuses caducifoliées (tillaies ou hêtraies de ravins du front nord-pyrénéen).

Proies et prédateurs

Dépourvus de venin et d’appareil sécréteur de soie, les opilions ne sont pas exactement ce qui se fait de plus performant en matière de prédateur. Thanatologues raffinés et vaguement déviants, à tendance nécrophile, ils se délectent plutôt d’invertébrés agonisants, mourants, morts, décomposés, pourris, faisandés, fermentés ou moisis. Certains, dont les Gyas, sont cependant capables de capturer divers arthropodes. Bien qu’ils puissent émettre un liquide corrosif à propriétés répulsives, les opilions sont victimes de divers passereaux forestiers, araignées, petits mammifères insectivores et coléoptères carnassiers qui les incorporent à leur menu.

Cycle annuel et reproduction

Le cycle annuel des opilions varie quelque peu selon les espèces et celui de G. titanus ne paraît pas correctement renseigné. La croissance, comme chez tous les arthropodes, s’opère par mues successives et il s’agit manifestement d’une espèce qui passe l’hiver au stade adulte, dans un abri lui évitant la congélation. Les accouplements ne se déroulent pas exactement comme chez les araignées puisque les mâles sont dotés d’un authentique pénis et non pas de pédipalpes modifiées. Les moeurs maternelles de ces animaux sont, comme chez les araignées, assez variables en fonction des espèces et les mères ne prodiguent pas toujours de soins à leur ponte : chez certaines, la femelle dépose ses œufs dans le sol au moyen d’un ovipositeur (comme chez les sauterelles), puis les abandonne à leur sort (les moeurs de Gyas titanus ne semblent pas renseignées à cet égard). Cette stratégie de survie, qui soit dit en passant est identique à celle observée chez la majorité des amphibiens et des reptiles, repose sur la capacité des femelles à sélectionner des sites offrant des caractéristiques idéales en termes de température, d’humidité et de sécurité.

Conseils pour l’observation, orientations de recherche

Cet arachnide, dont l’observation laisse rarement indifférent tellement on a l’impression d’avoir affaire à quelque créature tropicale égarée, se rencontre facilement de nuit, lors d’inventaires à la torche électrique. En journée, surtout par temps couvert ou par brouillard, l’inspection des micro-habitats rocheux humides et obscurs (fissures, crevasses et interstices entre blocs, près des ruisseaux) donne également de bons résultats. Les opilions étant des arthropodes fragiles, à capacité d’autotomie élevée (beaucoup d’individus ne présentent plus que sept pattes ou moins), il est conseillé de s’abstenir de les manipuler ou de le faire avec une grande délicatesse, en évitant impérativement tout maintient par les pattes. La répartition régionale de cette étonnante espèce aux mœurs très discrètes est encore embryonnaire et toute nouvelle donnée revêt un intérêt certain.

Menaces et conservation

Liée à des habitats forestiers frais et présentant une hygrométrie élevée, cette espèce pourrait disparaître de certaines localités si le climat y devenait plus sec et plus chaud.

Rédaction Gilles Pottier
Dernière mise à jour : 26/10/2015