Forêts de feuillus de plaine

  1. Présentation du milieu
  2. Accès aux fiches espèces des forêts de feuillus de plaine

Présentation du milieu

Les peuplements de feuillus se situent dans la plaine et le piémont, jusqu’à 900m d’altitude environ. Selon la définition internationale, une forêt est un territoire occupant une superficie d’au moins 50 ares avec des arbres pouvant atteindre une hauteur supérieure à 5 m à maturité in situ, un couvert boisé de plus de 10 % et une largeur moyenne d’au moins 20 mètres (FAO). Elle n’inclut pas les terrains boisés dont l’utilisation prédominante du sol est agricole (agroforesterie) ou urbaine (parcs et jardins). Bien que très anthropisée dans sa partie centrale, la plaine de Midi-Pyrénées possède quelques grands massifs forestiers (Bouconne, Buzet, Giroussens…), qui abritent une faune et une flore sauvages parfois remarquables. La plupart des forêts de plaine sont fortement exploitées et au moins partiellement aménagées pour le public (parcours sportifs, chemins de randonnées, pistes pour loisirs motorisés, etc).

Les boisements bordant les cours d’eau peuvent former de longs corridors fluviaux, des ripisylves luxuriantes comme le long de la Garonne, de l’Adour, de l’Ariège ou du Tarn, ou sont parfois presque inexistants. Ces boisements abritent une grande variété de milieux (bras morts, clairières, broussailles, prairies, plages de galets…) qui sont le refuge de nombreuses espèces dans la plaine centrale. Très touchés par les activités humaines depuis des siècles, ils ne forment aujourd’hui le plus souvent que des cordons ou des galeries étroites en bordure des ruisseaux et des rivières, sauf dans certains sites privilégiés où ils peuvent encore couvrir une part importante du lit majeur. Les bords de plans d’eau sont souvent occupés par des boisements plus ou moins inondables, formant des forêts plus ou moins denses, ou de simples cordons arborés.

On distingue les forêts non hygrophiles et les forêts hygrophiles. Parmi les systèmes non hygrophiles présents dans la région, on distingue cinq grands types de boisements en fonction des conditions climatiques, édaphiques ou stationnelles. On retrouve les chênaies-charmaies et charmaies-frênaies, qui sont mésophiles et se développent sur des pentes faibles. Des chênaies-hêtraies, plus anecdotiques dans la région, se développent en conditions plus fraîches. Les forêts mixtes de pente et ravins se trouvent dans des atmosphères plus humides et en conditions plus pentues, sur un sol instable. Les chênaies acidiphiles sont caractérisées par un sol acide et sont en général plutôt thermophiles.

Les forêts hygrophiles, majoritairement alluviales, occupent les bourrelets et terrasses du lit majeur des cours d’eau, ou les bordures de plans d’eau. Elles sont régulièrement inondées, ce qui assure une disponibilité en eau toute l’année mais rend les milieux peu stables, remodelés lors des crues. Elles sont ainsi dominées par des essences à faible longévité et à croissance rapide, ce qui est permis par un sol fertile (les crues apportant les alluvions), une bonne activité microbiologique et une nitrification liée aux oscillations saisonnières de la nappe aquifère. En plaine, où les inondations peuvent être sévères et durables, on différencie quatre types de boisements hygrophiles selon une zonation transversale. Les forêts alluviales à bois tendre, en bordure du lit mineur, produisent du bois de faible densité, et sont strictement héliophiles et pionnières. Les aulnaies-frênaies alluviales, formées d’essences à bois dur, sont installées sur les bourrelets alluviaux des bords de ruisseaux rapides ou de rivières à cours lents. Les chênaies- frênaies-ormaies des grands systèmes alluviaux, situées à un niveau topographique supérieur, sont moins hygrophiles. Les bois marécageux d’aulnes et de saules poussent sur des sols constamment engorgés, dans des dépressions.

Voici ci-dessous une présentation détaillée des types de boisements de feuillus précédemment cités :

Les chênaies-charmaies et charmaies-frênaies sont des forêts mésophiles qui se développent en plaine, dans des secteurs de pente faible et soumis à influence atlantique. Les sols sont plutôt fertiles et frais, parfois humides mais jamais engorgés. Elles sont caractérisées par des essences diversifiées laissant passer la lumière, comme le Chêne pédonculé (Quercus robur), le Charme (Carpinus betulus), le Frêne commun (Fraxinus excelsior), le Noisetier (Corylus avellana), l’Érable champêtre (Acer campestre), l’Orme champêtre (Ulmus minor), le Tilleul à grandes feuilles (Tilia platyphyllos), le Merisier (Prunus avium). Cela permet le développement de strates arbustives et herbacées riches en espèces. Parmi elles, on peut citer l’Aubépine monogyne (Crataegus monogyna), le Troëne (Ligustrum vulgare), le Fusain d’Europe (Euonymus europaeus), le Fragon (Ruscus aculeatus) et le chèvrefeuille des haies (Lonicera xylosteum). La strate herbacée est fleurie une bonne partie de l’année, avec des espèces pré-vernales comme l’Hellébore fétide (Helleborus foetidus), vernales comme la Jonquille (Narcissus pseudonarcissus), l’Anémone des bois (Anemone nemorosa), la Primevère officinale (Primula veris), ou l’Arum d’Italie (Arum italicum), et des espèces qui fleurissent du printemps à l’été comme la Mélique uniflore (Melica uniflora), la Pulmonaire affine (Pulmonaria affinis), l’orobanche du lierre (Orobanche hederae). En raison de leur productivité assez importante, ces boisements sont très exploités. On retrouve notamment des futaies de chênes rouvres dans des massifs sur des grès rouges, qui sont à l’origine du nom de la forêt de la Grésigne (Tarn). Le chêne pubescent peut se trouver sur les zones les plus sèches.

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Chênaie-charmaie en fond de vallon
Photo M. Menand
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Chênaie-charmaie en fond de vallon
Photo M. Menand

Plus précisément, les chênaies pédonculées-frênaies poussent le long de petits ruisseaux dans des vallons relativement frais, donc sur un sol bien alimenté en eau (mais non soumis à une dynamique alluviale), et riche en nutriments, ce qui limite la diversité du cortège floristique. Les espèces dominantes sont le Chêne pédonculé, le Frêne élevé, le Robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia), le Noisetier et le Sureau noir (Sambucus nigra). On en retrouve ainsi dans certains îlots de boisements riverains de la Garonne et de l’Ariège. La strate herbacée est composée de lierre grimpant (Hedera helix), de la laîche à épis pendants (Carex pendula), du fragon, de la pulmonaire affine, de fougères comme le Dryopteris affine (Dryopteris affinis), le Polystic à soies (Polystichum setiferum), le Scolopendre (Phyllitis scolopendrium). En bordure de ruisseau, on retrouve surtout le saule blanc (Salix alba), le saule roux-cendré (Salix atrocinerea), l’aulne glutineux (Alnus glutinosa), le peuplier noir (Populus nigra).

Les chênaies-hêtraies sont très rares en plaine. Elles se limitent aux vallons abrités, isolés, exposés au nord. On en retrouve en conditions topographiques fraîches, comme par exemple en forêt de Grésigne dans le Tarn, perchée au-dessus des gorges de l’Aveyron, à la rencontre des influences climatiques atlantique, méditerranéenne et continentale. Les abords du piémont pyrénéen et la moitié ouest du Gers en abritent également. On y retrouve une grande diversité d’essences.

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Chênaie-hêtraie fraîche
Photo M. Menand

Dans des conditions de pente forte, sur des substrats instables (éboulis, blocs) ou rocheux, s’installent des forêts mixtes de pente et ravin, fraîches et humides, se développant en conditions ombragées. Les essences arborées, diversifiées, se développent sur un sol fin. Les espèces caractéristiques sont l’érable sycomore (Acer pseudoplatanus), le tilleul à à grandes feuilles (Tilia platyphyllos), le frêne élevé ou encore le chêne sessile, et sont accompagnés par de nombreuses fougères. On en retrouve par exemple le long du Gijou, dans les monts de Lacaune dans le Tarn, sous forme de forêts de ravins sur éboulis, ou encore au pied des Pyrénées, mais sont rares en plaine.

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Tiliaie-érablaie le long d’un ruisseau encaissé
Photo M. Menand
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Tiliaie-érablaie le long d’un torrent
Photo M. Menand

Les chênaies acidiphiles sont plutôt thermophiles, avec une strate arborée caractérisée préférentiellement par le chêne sessile (Quercus petraea), sur un sol acide. Ce type de forêt inclut également des faciès à châtaigner (Castanea sativa), dans les stations fraîches de bas de pente sur sol profond, accompagné du tilleul à grandes feuilles, du merisier, du sorbier torminal (Sorbus torminalis) ou encore du noisetier. Le sous-bois est occupé par le houx commun (Ilex aquifolium), la Fougère aigle (Pteridium aquilinum) et le mélampyre des prés (Melampyrum pratense) par exemple.

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Chênaie pédonculée acidiphile
Photo M. Menand
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Chênaie pédonculée acidiphile
Photo M. Menand
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Chênaie sessiliflore acidiphile
Photo M. Menand
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Chênaie sessiliflore acidiphile à houx
Photo M. Menand

Les forêts riveraines de saules (saule blanc, saule roux-cendré) et de peupliers (peuplier noir, peuplier blanc (Populus alba)) constituent les ripisylves en bordure du lit mineur des cours d’eau, où les inondations sont fréquentes et les sols bien drainés. Elles jouent un rôle majeur dans le fonctionnement hydrologique des cours d’eau. Cet habitat colonisé par des espèces pionnières est soumis aux contraintes des fluctuations de niveau de la nappe et de la fréquence des crues, et il est donc plus ou moins stable dans le temps. Ils forment parfois de véritables corridors luxuriants, tandis que d’autres sont très amincis, formant des rideaux arborés. Cependant, il s’est raréfié, notamment à l’échelle du bassin de la Garonne, et les boisements en bon état de conservation sont très difficiles à trouver. En effet, ces boisements sont la plupart du temps dans un état dégradé, en raison des perturbations de la dynamique fluviale. Cela est dû à l’abaissement de la nappe au cours des dernières décennies. Les forêts ayant subi des perturbations importantes peuvent évoluer vers des formations à Érable négundo (Acer negundo), une espèce exotique envahissante et Sureau noir. Il reste toutefois quelques boisements naturels d’origine alluviale en bon état de conservation. Ils forment par exemple les ripisylves et boisements qui bordent les berges de la plaine toulousaine au niveau des méandres de la Garonne et de l’Ariège, au Parc du Confluent en particulier, et dans les ramiers de Lacroix-Falgarde et de Goyrans, ainsi que dans la plaine Tarn-et-Garonnaise. La strate herbacée est occupée par des espèces hygrophiles telles que la baldingère faux-roseau (Phalaris arundinacea), l’iris jaune (Iris pseudacorus) ou encore la laîche pendante (Carex pendula), qui indiquent que la connexion avec la nappe est encore présente.

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Saulaie blanche inondable
Photo M. Menand
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Saulaie blanche inondable
Photo M. Menand
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Saulaie blanche à baldingère
Photo M. Menand

En s’éloignant des berges, dans le lit majeur des cours d’eau, on trouve les aulnaies-frênaies alluviales. Elles se développent sur des sols peu riches à très riches en nutriments, et périodiquement inondés lors des crues annuelles, mais cependant bien drainés et aérés durant les basses eaux. Le frêne le plus commun en plaine de Midi-Pyrénées est le frêne à feuilles étroites (Fraxinus angustifolia), ainsi que l’orme champêtre, l’orme lisse (Ulmus laevis), et les chênes pédonculé et sessile. Ces forêts sont alimentées par la nappe d’eau affleurant une partie de l’année, à l’origine d’un sol hydromorphe, ainsi que par des crues régulières, quasiment annuelles. Les sous-bois sont colonisés par des herbacées hygrophiles des mégaphorbiaies comme le liseron des haies (Calystegia sepium), le cirse des marais (Cirsium palustre), plusieurs espèces de prêles (Equisetum spp.), l’eupatoire à feuilles de chanvre (Eupatorium cannabinum) ou encore la reine des prés (Filipendula ulmaria) ou la salicaire (Lythrum salicaria).

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Aulnaie-frênaie au bord d’un ruisseau
Photo M. Menand

Les chênaies-frênaies-ormaies des grands systèmes alluviaux sont des forêts riveraines des cours moyens des grands fleuves. Elles sont inondées seulement lors des grandes crues. Situées à un niveau topographique supérieur à celui de la saulaie, elles sont soumises à des inondations régulières plus ou moins importantes et à une connexion au moins hivernale à la nappe alluviale. Ces forêts sont très localisées sur les bords d’Ariège et notamment sur le Ramier de Goyrans (plaine toulousaine) en rive droite, ainsi que le long de l’Adour, de la Dordogne, etc. Cet habitat forestier est composé par des essences comme le Frêne oxyphylle et l’Orme lisse, accompagnées d’une strate arbustive plus ou moins développée. La strate herbacée est diversifiée également, accompagnée de lianes comme le Houblon (Humulus lupulus) ou le tamier commun (Tamus communis). Elles représentent le plus haut degré de maturité des forêts alluviales. Tout comme les saulaies blanches, ces forêts sont souvent assez dégradées et perturbées dans la région du fait de l’abaissement de la nappe qui perturbe le fonctionnement et la dynamique de cet habitat.

Les aulnaies et saulaies marécageuses forment des bois et fourrés sur des sols marécageux, gorgés d’eau la majeure partie de l’année. En plaine, ils colonisent les dépressions des terrasses alluviales ou des « cuvettes » hors système alluvial (très localisées) en permanence inondées, et s’accompagnent de plusieurs espèces de laîches (Carex spp.), de la douce-amère (Solanum dulcamara) ou encore du liseron des haies.

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Aulnaie marécageuse à Carex paniculata
Photo M. Menand
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Aulnaie marécageuse à iris des marais
Photo M. Menand

Remarque 1 : Les espèces peuplant les sous-bois des forêts alluviales ne sont pas présentées dans les fiches espèces ci-dessous. Elles sont décrites dans les fiches milieux correspondantes, à savoir les végétations de ceinture des bords des eaux et les mégaphorbiaies (hautes herbes hygrophiles).

Remarque 2 : Ce texte ne traite pas les pinèdes, très peu présentes en plaine dans la région (plantations de pins noirs, sylvestre, maritime…), ni les hêtraies, anecdotiques en plaine (traitées dans le milieu « Forêts montagnardes »), ni les bois de bouleaux, ni les chênaies pubescentes et vertes (traitées dans le milieu « Forêts, fourrés et ourlets des causses et coteaux calcaires »).

Texte rédigé par Lisa Moreno et Mathieu Menand
Dernière mise à jour : 22/01/2017

Accès aux fiches espèces

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Érable champêtre
Acer campestre
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Alliaire officinale
Alliaria petiolata
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Aulne glutineux
Alnus glutinosa
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Anémone des bois
Anemone nemerosa
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Arum d’Italie
Arum italicum
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Asphodèle blanc
Asphodelus albus
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Laîche à épis pendants
Carex pendula
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Charme
Carpinus betulus
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Grande Chélidoine
Chelidonium majus
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Noisetier
Corylus avellana
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Dryoptéris affine
Dryopteris affinis
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Fusain d’Europe
Euonymus europaeus
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Euphorbe des bois
Euphorbia amygdaloides
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Fraisier des bois
Fragaria vesca
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Frêne oxyphylle
Fraxinus angustifolia
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Perce-neige
Galanthus nivalis
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Benoîte des villes
Geum urbanum
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Gléchome faux-lierre
Glechoma hederacea
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Lierre grimpant
Hedera helix
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Lamier jaune
Lamium galeobdolon
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Lathrée clandestine
Lathraea clandestina
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Narcisse fausse-jonquille
Narcissus pseudonarcissus
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Orobanche du lierre
Orobanche hederae
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Scolopendre
Asplenium scolopendrium
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Sceau-de-Salomon multiflore
Polygonatum multiflorum
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Polystic à soies
Polystichum setiferum
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Peuplier noir
Populus nigra
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Primevère officinale
Primula veris
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Merisier
Prunus avium
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Chêne pédonculé
Quercus robur
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Robinier faux-acacia
Robinia pseudoacacia
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Fragon petit houx
Ruscus aculeatus
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Saule blanc
Salix alba
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Consoude tubéreuse
Symphytum tuberosum
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Tilleul à grandes feuilles
Tilia platyphyllos
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Petite pervenche
Vinca minor
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Violette odorante
Viola odorata
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Gui
Viscum album