Grenouille agile

Rana dalmatina

JPEG - 168.4 ko
Grenouille agile juvénile, Antin (Hautes-Pyrénées), alt 330m, crédit : Gilles Pottier
  • Nom commun : Grenouille agile
  • Nom latin : Rana dalmatina Fitzinger in Bonaparte, 1838
  • Famille : Ranidae
  • Période d’activité / d’observation : des premiers réchauffements de février/mars aux premiers froids.
  • Statut réglementaire : Espèce intégralement protégée par la loi française (arrêté du 19 novembre 2007

  1. Identification et risques de confusion
  2. Variabilité géographique
  3. Répartition
  4. Habitat
  5. Proies et prédateurs
  6. Cycle annuel et reproduction
  7. Conseils pour l’observation, orientations de recherche
  8. Galerie
  9. Cartographie


Identification et risques de confusion

C’est une grenouille terrestre de taille moyenne mesurant de 4.5 cm à 6.5 cm environ à l’âge adulte (taille museau-cloaque), à silhouette plutôt élancée (sauf évidemment les femelles gravides…). La coloration générale est peu variable mais jamais verte (divers tons de brun plus ou moins saumonés) et l’aspect visuel est parfois très proche de celui de la Grenouille rousse, avec laquelle le risque de confusion est élevé. Ce risque est particulièrement marqué en Midi-Pyrénées, où il existe une convergence morphologique des deux espèces à basse altitude, c’est à dire précisément là où elles peuvent cohabiter (rappelons que la G. agile ne dépasse pas l’étage collinéen). En effet, les Grenouilles rousses des plaines et collines des piémonts (Pyrénées et Massif central) (voir chapitre suivant) présentent typiquement un aspect plus gracile, une peau plus lisse et des membres postérieurs plus longs qui peuvent facilement les faire passer pour des Grenouilles agiles (innombrables erreurs de détermination constatées sur photo). Il convient donc de procéder à un examen morphologique rigoureux, en s’abstenant impérativement de toute recette miraculeuse ayant depuis longtemps fait la preuve de son inefficacité absolue en Midi-Pyrénées (du genre : « Si le talon dépasse l’extrémité du museau lorsque la patte postérieure est ramenée le long du corps, c’est une Grenouille agile » etc. …). Voici donc listés les critères les plus fiables. Ils doivent, dans l’idéal, être utilisés conjointement :

  • Chant : sorte de ronronnement continu chez la G. rousse VS caquètement sourd chez la G. agile. Ecoutez des enregistrements !
  • Callosités nuptiales du « pouce » des mâles brunes à noires chez la G. rousse VS grises chez la G. agile. Ce critère, manifestement très performant, n’est malheureusement applicable que durant une période restreinte (reproduction) et sur une partie seulement des individus …
  • Eventail de branchies bien développé chez les larves fraîchement écloses de la G. rousse VS « bourgeons » de branchies chez les larves de la G. agile. Bon critère, visible sur une bonne photo et permettant une détermination fiable, mais observable sur un laps de temps assez bref, entre l’éclosion et le passage au stade de têtard libre.
  • Chez les animaux en phase terrestre, iris de l’oeil non franchement bicolore chez la G. rousse (globalement doré, avec une zone sombre médiane à hauteur de la pupille) VS franchement bicolore chez la G. agile (tiers supérieur doré, deux-tiers inférieurs sombres). En phase aquatique, la G. agile a tendance a présenter un iris uniformément foncé (l’iris de la G. rousse est d’aspect plus constant). En outre, le liseré doré autour de la pupille est mieux défini et plus visible chez la G. rousse.
  • Disque tympanique plutôt petit et distant de l’oeil chez la G. rousse (souvent enfoncé dans un repli cutané) VS plutôt grand et proche de l’oeil chez la G. agile (moins enfoncé, plus affleurant). ATTENTION : la variabilité intra-spécifique reste assez forte concernant ce critère là et on peut observer des G. rousses à disque tympanique grand et proche de l’œil. Il n’est véritablement efficace que dans le cas d’individus présentant un disque tympanique très petit et très distant de l’œil : il s’agit à coup sûr de G. rousses.
  • Robe souvent très colorée et très tachetée chez la G. rousse VS robe à motifs peu contrastés et d’allure plus uniforme (gris, beige, saumon … ) chez la G. agile. Les grenouilles brunes portant de grandes taches noires sont presque à coup sûr des G. rousses, mais une grenouille brune sans grandes taches noires peut appartenir à l’une ou l’autre espèce …
  • Face ventrale blanche unie chez la G. agile VS plus ou moins discrètement tachetée chez la G. rousse.
  • Toujours en phase terrestre, peau d’aspect grenu chez la G. rousse VS peau d’aspect parcheminé chez la G. agile. En phase aquatique, les deux espèces tendent à présenter le même aspect flasque et lisse.
  • Bonds spectaculaires chez la G. agile (2 m dit-on, personnellement non mesurés mais réellement impressionnants) VS plus modestes chez la G. rousse.

Soyez extrêmement prudents lors de vos diagnostics, les confusions entre la Grenouille rousse et la Grenouille agile sont réellement légion. Prenez impérativement des photos pour faire confirmer vos déterminations par des batrachologistes expérimentés.

Variabilité géographique

Aucune variation géographique significative n’a été mise en évidence.

Répartition

C’est une espèce d’Europe occidentale liée à des climats plutôt cléments mais pas trop secs, largement répandue en France à l’exception de quelques départements du nord-est et de la zone méditerranéenne. Dans notre région, c’est typiquement une espèce de plaine et de coteaux principalement observée en-dessous de 500 m et jamais au-dessus de 1000 m (les quelques points d’observation intra-pyrénéens sont situés au niveau du talweg des vallées, à basse altitude). Il convient d’être très vigilant avec les grenouilles brunes des piémonts et contreforts montagneux (Massif central et Pyrénées) car la G. agile et la G. rousse y cohabitent souvent et des confusions entre les deux espèces y sont fréquemment constatées. Pour cette raison, les observations de « Grenouille agile » à haute altitude (vers 500 m ou un peu au-dessus) et de « Grenouille rousse » à basse altitude ne sont validées que sur photo.

Habitat

Cette grenouille fréquente en Midi-Pyrénées des habitats variés mais elle a tendance à se raréfier dans les zones d’openfield. C’est, d’une façon générale, une espèce à tendance forestière et bocagère qui apprécie les environnements peu ou pas cultivés. Les zones d’élevage à dominante paysagère de prairies pâturées, de haies et de bois lui conviennent bien. Elle est en outre régulièrement présente dans les ripisylves.

Proies et prédateurs

Son régime alimentaire est largement composé d’invertébrés (vers, mollusques, insectes, araignées, crustacés, myriapodes …). La Grenouille agile est consommée par les mêmes prédateurs que la G. rousse (mammifères dont la Loutre, les visons etc. ; échassiers, rapaces nocturnes et diurnes ; serpents tels que la Couleuvre à collier et la Couleuvre vipérine … ) et les larves entrent dans le régime alimentaire de plusieurs prédateurs aquatiques dont pas mal d’invertébrés (coléoptères carnassiers tels que le Dytique bordé, punaises comme la Notonecte glauque, larves de gros odonates, grandes araignées palustres du genre Dolomedes … ).

Cycle annuel et reproduction

Elle se reproduit plus tardivement que la G. rousse (en février ou mars) et sélectionne généralement pour ce faire des pièces d’eau plus durables et plus profondes que celles utilisées par la G. rousse. Les mares-abreuvoir, les mares forestières, les fossés profonds, les bras morts et les étangs peu poissonneux etc. sont appréciés. Les populations de G. agiles, bien moins denses que celles de G. rousses, produisent moins de pontes et les femelles les déposent isolément, souvent à une certaine profondeur et fixées à un élément végétal immergé (tige … ). Localement (piémonts), les deux espèces peuvent parfois utiliser la même pièce d’eau pour se reproduire, mais pas en même temps (la G. rousse étant plus précoce). Les têtards éclosent trois ou quatre semaines environ après le dépôt des pontes, en fonction de la météo. Ils se développent en trois mois et se métamorphosent donc généralement en mai ou juin.

Conseils pour l’observation, orientations de recherche

Très discrète en-dehors de la période de reproduction, elle est souvent observée au hasard d’une promenade en forêt, lorsqu’elle bondit au dernier moment devant le pied qui allait l’écrabouiller par mégarde. Il n’est d’ailleurs pas évident de la repérer une fois qu’elle a atterri (parfois à 2 mètres de là), car elle est extrêmement cryptique et se confond parfaitement avec la litière de feuilles mortes qui nappe les sous-bois. De nuit, en février ou mars, l’inspection à la torche électrique des mares forestières permet d’observer (et d’entendre) un plus grand nombre d’individus regroupés sur une petite surface.

Menaces et conservation

C’est une grenouille plutôt largement répandue et relativement commune à basse altitude dans la région, mais totalement absente des secteurs élevés à climat rude (où elle est remplacée par la G. rousse). Principalement liée à des zones de plaine aujourd’hui intensivement cultivées ou bâties à l’exception de quelques massifs forestiers épars (forêt de Bouconne et divers boisements de petite taille en plaine toulousaine, par exemple), elle apparaît assez menacée. Comme tous les amphibiens, elle est victime du trafic routier lors de ses déplacements (avec un pic d’écrasement en février/mars, lié à la reproduction) et il est en outre possible qu’elle soit consommée à la place de la G. rousse là où la « pêche » de cette dernière est autorisée par arrêté préfectoral.

Rédaction Gilles Pottier
Dernière mise à jour : 25/02/2016

Galerie...