Grenouille rousse

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Grenouille rousse juvenile, Tuzaguet (Hautes-Pyrenees)_alt_530_m, crédit : Gilles Pottier
  • Nom commun : Grenouille rousse
  • Nom latin : Rana temporaria (Linné, 1758)
  • Famille : Ranidae
  • Période d’activité / d’observation : pratiquement toute l’année en plaine, du printemps à l’automne en montagne.
  • Statut réglementaire : Espèce protégée par la loi française (arrêté du 19 novembre 2007) (protection cependant partielle puisque des arrêtés préfectoraux fixent des périodes de « pêche », variables selon les années et les départements).

  1. Identification et risques de confusion
  2. Variabilité géographique
  3. Répartition
  4. Habitat
  5. Proies et prédateurs
  6. Cycle annuel et reproduction
  7. Conseils pour l’observation, orientations de recherche
  8. Références bibliographiques
  9. Galerie
  10. Cartographie


Identification et risques de confusion

C’est une grenouille terrestre d’assez grande taille mesurant de 5 cm à 10 cm environ à l’âge adulte (taille museau-cloaque) (moins de 2 cm au moment de la métamorphose !), à silhouette plutôt massive lorsqu’elle est âgée. Les vieux individus passent d’ailleurs souvent pour des « crapauds » aux yeux des randonneurs. La coloration générale est très variable mais jamais verte (robe brune, rousse, grisâtre ou jaunâtre, plus ou moins tachetée de noir ou brun foncé) et l’aspect visuel est parfois très proche de celui de la Grenouille agile, avec laquelle le risque de confusion est élevé. Ce risque est particulièrement marqué en Midi-Pyrénées, où il existe une convergence morphologique des deux espèces à basse altitude, c’est à dire précisément là où elles peuvent cohabiter (rappelons que la G. agile ne dépasse pas l’étage collinéen). En effet, les Grenouilles rousses des plaines et collines des piémonts (Pyrénées et Massif central) (voir chapitre suivant) présentent typiquement un aspect plus gracile, une peau plus lisse et des membres postérieurs plus longs qui peuvent facilement les faire passer pour des Grenouilles agiles (innombrables erreurs de détermination constatées sur photo). Il convient donc de procéder à un examen morphologique rigoureux, en s’abstenant impérativement de toute recette miraculeuse ayant depuis longtemps fait la preuve de son inefficacité absolue en Midi-Pyrénées (du genre : « Si le talon dépasse l’extrémité du museau lorsque la patte postérieure est ramenée le long du corps, c’est une Grenouille agile » etc. …). Voici donc listés les critères les plus fiables. Ils doivent, dans l’idéal, être utilisés conjointement :
  • Chant : sorte de ronronnement continu chez la G. rousse VS caquètement sourd chez la G. agile. Ecoutez des enregistrements !
  • Callosités nuptiales du « pouce » des mâles brunes à noires chez la G. rousse VS grises chez la G. agile. Ce critère, manifestement très performant, n’est malheureusement applicable que durant une période restreinte (reproduction) et sur une partie seulement des individus …
  • Eventail de branchies bien développé chez les larves fraîchement écloses de la G. rousse VS « bourgeons » de branchies chez les larves de la G. agile. Bon critère, visible sur une bonne photo et permettant une détermination fiable, mais observable sur un laps de temps assez bref, entre l’éclosion et le passage au stade de têtard libre.
  • Chez les animaux en phase terrestre, iris de l’oeil non franchement bicolore chez la G. rousse (globalement doré, avec une zone sombre médiane à hauteur de la pupille) VS franchement bicolore chez la G. agile (tiers supérieur doré, deux-tiers inférieurs sombres). En phase aquatique, la G. agile a tendance a présenter un iris uniformément foncé (l’iris de la G. rousse est d’aspect plus constant). En outre, le liseré doré autour de la pupille est mieux défini et plus visible chez la G. rousse.
  • Disque tympanique plutôt petit et distant de l’oeil chez la G. rousse (souvent enfoncé dans un repli cutané) VS plutôt grand et proche de l’oeil chez la G. agile (moins enfoncé, plus affleurant). ATTENTION : la variabilité intra-spécifique reste assez forte concernant ce critère là et on peut observer des G. rousses à disque tympanique grand et proche de l’œil. Il n’est véritablement efficace que dans le cas d’individus présentant un disque tympanique très petit et très distant de l’œil : il s’agit à coup sûr de G. rousses.
  • Robe souvent très colorée et très tachetée chez la G. rousse VS robe à motifs peu contrastés et d’allure plus uniforme (gris, beige, saumon … ) chez la G. agile. Les grenouilles brunes portant de grandes taches noires sont presque à coup sûr des G. rousses, mais une grenouille brune sans grandes taches noires peut appartenir à l’une ou l’autre espèce …
  • Toujours en phase terrestre, peau d’aspect grenu chez la G. rousse VS peau d’aspect parcheminé chez la G. agile. En phase aquatique, les deux espèces tendent à présenter le même aspect flasque et lisse.
  • Soyez extrêmement prudents lors de vos diagnostics, les confusions entre la Grenouille rousse et la Grenouille agile sont réellement légion. Prenez impérativement des photos pour faire confirmer vos déterminations par des batrachologistes expérimentés.

Variabilité géographique

Deux ou trois sous-espèces sont généralement citées et Dubois (1983) a notamment proposé d’assimiler les Grenouilles rousses de l’ensemble des Pyrénées à la sous-espèce Rana temporaria canigonensis (Boubée, 1833). En l’absence de travaux génétiques permettant de confirmer cette option, nous partageons l’avis de Geniez & Cheylan (2012) : « (…) il est à l’heure actuelle difficile de statuer (…) tant est grande la variabilité de la Grenouille rousse, y compris au sein d’une même population. ». Nous considérons donc arbitrairement, en attendant mieux, que les Grenouilles rousses de Midi-Pyrénées appartiennent toutes à la sous-espèce nominative Rana temporaria temporaria. Soulignons enfin que les Grenouilles rousses à longues pattes du piémont pyrénéen (voir chapitre « Description »), souvent confondues avec la Grenouille agile, sont parfois désignées sous le nom de « Grenouille de Gasser », en hommage au batrachologiste toulousain François Gasser (Dubois 1983). C’est une simple désignation vernaculaire ne correspondant pas à une sous-espèce officiellement décrite, mais qui se révèle bien commode pour désigner cette variation géographique très particulière.

Répartition

C’est une espèce d’Europe occidentale et centrale liée à des climats frais et/ou pluvieux, largement répandue en France à l’exception de la zone méditerranéenne et d’une partie des plaines du Sud-Ouest. Elle présente une franche tendance montagnarde dans notre région, où elle est principalement observée au-dessus de 500 m dans le Massif central et les Pyrénées, jusqu’à 2500 m environ (étages collinéen, montagnard, subalpin et alpin). On la rencontre cependant très bas (jusqu’à 200 m voire moins encore : étage planitiaire) dans de nombreuses zones (contreforts des plateaux de Ger et de Lannemezan, extrémité gersoise des Landes de Gascogne, Lot, Aveyron … ) et il convient d’être très vigilant avec les grenouilles brunes de ces secteurs ! Compte-tenu des nombreuses confusions déjà constatées, les observations de « Grenouille agile » à haute altitude (vers 500 m) et de « Grenouille rousse » à basse altitude ne sont validées que sur photo.

Habitat

Cette grenouille fréquente en Midi-Pyrénées des contextes très variés, forestiers à totalement ouverts. A basse altitude (étages planitiaire et collinéen), elle semble étroitement confinée à des habitats frais et humides tels que boisements anciens (chênaies, hêtraies-chênaies), tourbières et vieux bocages pâturés alors qu’elle est pratiquement ubiquiste à moyenne et haute altitude (de l’étage montagnard à l’étage alpin) où elle fréquente des forêts claires, des landes, des prairies, des pelouses pâturées, des éboulis …

Proies et prédateurs

Le régime alimentaire de la Grenouille rousse est, comme celui de la plupart des anoures, largement composé d’invertébrés (vers, mollusques, insectes, araignées, crustacés, myriapodes …). La Grenouille rousse est consommée par de nombreux prédateurs terrestres à l’âge adulte (mammifères dont la Loutre, les visons et … l’Homme ; échassiers, rapaces nocturnes et diurnes ; serpents tels que la Couleuvre à collier et la Couleuvre vipérine … ) et les larves entrent dans le régime alimentaire de plusieurs prédateurs aquatiques dont pas mal d’invertébrés (coléoptères carnassiers tels que le Dytique bordé, punaises comme la Notonecte glauque, larves de gros odonates, grandes araignées palustres du genre Dolomedes … ). Dans le bocage montagnard des Pyrénées et du Massif central, elle représente la principale ressource alimentaire de la Couleuvre à collier.

Cycle annuel et reproduction

Très précoce et sensible au moindre redoux, elle se reproduit souvent dès le mois de décembre à basse altitude (hivernage inexistant ou très bref) et dès le début de la fonte des neiges en montagne (hivernage d’octobre/novembre à mars ou mai/juin en fonction de la couverture neigeuse). Elle utilise pour la reproduction des pièces d’eau typiquement peu profondes et temporaires (grandes flaques, ornières en eau, fossés, mouillères, dépressions inondées …) qui peuvent rassembler des foules d’individus et accueillir des centaines (voire des milliers) de pontes. Le nombre, la densité et la disposition des pontes permettent, dans bien des cas, de savoir à quelle espèce on a affaire : les pontes de la G. rousse sont généralement nombreuses (nombreuses femelles) (sauf à basse altitude !) et déposées les unes contre les autres. Elles affleurent largement à la surface (sauf, évidemment, si le niveau d’eau est monté entre-temps !) et les pièces d’eau qui les accueillent ressemblent donc vaguement à un bol de tapioca. Les populations de G. agiles, moins denses, produisent moins de pontes et les femelles les déposent isolément, souvent à une certaine profondeur et fixées à un élément végétal immergé (tige … ). Soulignons que, localement (piémonts), les deux espèces peuvent parfaitement utiliser la même pièce d’eau pour se reproduire, mais pas en même temps (la G. rousse étant plus précoce). Les têtards éclosent une à deux semaines environ après le dépôt des pontes et se métamorphosent ensuite rapidement, avant l’assec de leur flaque. La stratégie de reproduction de cette espèce, emblématique du type « R », est basée sur une importante production d’œufs qui compense le caractère aléatoire de sa réussite : un certain nombre de pontes sont déposées dans des zones inadaptées (lame d’eau trop temporaire) et rapidement perdues. Par ailleurs, certaines colonies de têtards ne parviennent pas toujours à se métamorphoser avant l’assec de leur pièce d’eau et meurent desséchés.

Conseils pour l’observation, orientations de recherche

A basse altitude, où les populations sont souvent peu importantes, l’espèce doit impérativement faire l’objet de recherches ciblées en décembre et janvier, durant les épisodes de redoux. C’est à ce moment là que les individus se concentrent sur de petites surfaces pour se reproduire et qu’ils deviennent détectables (visuellement et auditivement). Après cette période, l’espèce devient très discrète du fait de la dispersion d’un faible nombre d’individus sur une grande surface. La méthode la plus efficace consiste à inspecter les petites pièces d’eau temporaires des zones boisées et de leurs environs immédiats, à commencer par les ornières en eau et les flaques des pistes forestières. Les pontes y sont très facilement repérables et, souvent, on observe également des adultes dans l’eau ou à proximité. Bien sûr, les recherches nocturnes permettent une détection très supérieure des animaux eux-mêmes (en journée, ils sont souvent dissimulés dans la vase, la végétation … ou sous les pontes !) (Mais en cherchant, on les trouve). Jusqu’à présent, toutes les pontes observées en décembre et janvier en-dessous de 500 m dans les Hautes-Pyrénées (jusqu’à 200 m) se sont avérées être des pontes de Grenouille rousse, y compris dans les zones de coteaux où la Grenouille agile est aussi présente et peut utiliser les mêmes pièces d’eau (plus tard, vers février/mars). En général, la Grenouille agile préfère des pièces d’eau un peu plus profondes et plus durables. A moyenne et haute altitude, l’espèce est très répandue et très facile à observer (bocages humides, berges des lacs et des ruisseaux, prairies et landes hygrophiles, zones marécageuses … Mais aussi parfois milieux plus secs : pelouses, éboulis … ).

Menaces et conservation

Localement très commune et plutôt ubiquiste en montagne (impossible de faire une randonnée sans en voir au moins une !), elle est par contre bien plus localisée à basse altitude où elle dépend de milieux en voie de raréfaction, du fait de l’intensification des pratiques agricoles et sylvicoles (monoculture) et de l’extension permanente du bâti (lotissements, zones industrielles etc.) au détriment des « zones incultes » : landes atlantiques tourbeuses, vieux boisements indigènes, bocages anciens avec prairies naturelles … . Pour cette espèce liée à des ambiances fraîches et humides, le réchauffement climatique global pose évidemment problème et il est donc très important d’établir un état zéro de la répartition de l’espèce à basse altitude, les populations de plaine étant en première ligne et particulièrement vulnérables. A noter que, dans les zones où cette espèce n’existe pas, c’est probablement la Grenouille agile qui est « pêchée » … en toute illégalité.

Références bibliographiques

Geniez P. & Cheylan M. 2012 - Les amphibiens et les reptiles du Languedoc-Roussillon et régions limitrophes. Atlas biogéographique. Biotope, Mèze / Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris. Coll. Inventaires et biodiversité. 448 p.
Dubois A. 1983 – Notes sur les grenouilles brunes (groupe de Rana temporaria Linné, 1758). I. Introduction. Alytes 1 (4) : 56-70.

Rédaction Gilles Pottier
Dernière mise à jour : 28/07/2015

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