Aire de répartition de la Cistude, de l’Europe aux Hautes-Pyrénées…
La Cistude d’Europe est présente dans la plus grande partie de l’Europe (Péninsule Ibérique, Italie, France, Allemagne, Pologne). Dans ces plaines, les populations de Cistudes sont inféodées aux biotopes humides, les plus vulnérables de tous, car ils sont situés dans les grandes vallées fluviales, très artificialisées par les activités humaines.
En France, les trois grosses populations de Cistudes se trouvent en Brenne, dans le Sud-Ouest et en Provence. Ces populations (à part en Brenne où les populations sont stables) sont en décroissance depuis le début du siècle du fait de la pollution, de l’urbanisation et de la simplification des cours d’eau (recalibrages, canalisation, déconnexion des annexes fluviales…).
En Midi-Pyrénées, la Cistude d’Europe est largement présente dans le département du Gers : on trouve d’importantes populations dans l’Amargnac, l’Astarac et le Val d’Adour. Dans ce département, le CPIE Pays Gersois, s’appuyant sur les travaux réalisés en Aquitaine, mène depuis 2008 une vaste opération de connaissance, suivi et sensibilisation.
Dans les Hautes-Pyrénées, les populations connues de Cistude sont plus rares, et sont principalement localisées dans le Val d’Adour. Nature Midi-Pyrénées a souhaité développer, en collaboration étroite avec le CPIE Pays Gersois, un programme d’actions complémentaire afin d’étendre le dispositif au département des Hautes-Pyrénées et ainsi couvrir toute la zone de présence de la population de Cistude du Sud-Ouest de la France.
Statut légal et protection
La Cistude d’Europe est une espèce d’intérêt communautaire puisque inscrite aux annexes II et IV de la Directive Habitat pour la conservation des habitats naturels, de la faune et de la flore sauvage, ainsi qu’à l’annexe II de la convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel d’Europe, conclue à Berne le 19 septembre 1979. En France, elle est intégralement protégée puisque présente dans l’arrêté ministériel du 22 juillet 1993 fixant la liste des amphibiens et reptiles protégés sur l’ensemble du territoire national. En raison des enjeux majeurs qui pèsent sur cette espèce, celle-ci bénéficiera prochainement d’un Plan National de Restauration (en cours de validation).
Biologie et écologie de la Cistude
Emys orbicularis est une tortue dulçaquicole de petite taille. En effet celle-ci varie généralement de 10 à 20 cm pour un poids moyen de 400 à 800 g. Sa dossière est peu bombée et présente une grande variation de teinte et de motif. Le plastron est plutôt allongé et tout comme la dossière est plus ou moins foncé, tacheté ou non. Le corps, noir présente des taches jaunes en quantité très irrégulière. La Cistude d’Europe a des doigts palmés avec de longues griffes pointues (cinq sur les pattes antérieures et quatre sur les postérieures). Les tympans sont noirs vifs tachetés de jaune.
Cette espèce possède un dimorphisme sexuel assez marqué, ce qui permet une distinction aisée des deux sexes. En effet, chez les femelles, la dossière est en général légèrement plus ronde et le plastron est plat (concave chez les mâles). De plus, les femelles sont généralement plus grosses, leur queue est plus longue et fine et leur yeux ont une teinte jaune alors que ceux des mâles sont rouge-orangé.

La maturité sexuelle est atteinte suivant les régions entre 5 et 13 pour les mâles et entre 6 et 15 ans pour les femelles. La Cistude affectionne les eaux stagnantes ou calmes avec de nombreuses plantes aquatiques et une végétation rivulaire : mares, lacs, rivières, canaux, fossés, marais et milieux saumâtres
Son alimentation est composée de proies animales et de cadavres mais les adultes peuvent consommer des végétaux.
Comme pour la plupart des reptiles, le développement embryonnaire est lié à la température. Une augmentation de celle-ci entraîne une augmentation de la vitesse du développement embryonnaire jusqu’à un certain point, une température trop élevée ou une température trop faible entraînant la mort de l’embryon. La température détermine aussi le sexe des embryons. La température seuil pour le sex-ratio est de 28,5 °C. En dessous, n’émergeront que des mâles et au-dessus, que des femelles. De plus, les Cistudes sont ectothermes, elles doivent donc moduler leur température corporelle en se déplaçant entre les zones d’ombre et ensoleillées. Pour l’insolation (ou « basking »), les tortues se placent sur différents types de substrats tels que des bois morts flottants, les berges ou des amas de végétaux.
Le cycle d’activité de la Cistude peut être divisé en 2 phases :
- une période d’activité, de mars à octobre
- une période d’hivernation de novembre à février
La durée de ces périodes est influencée par les conditions climatiques locales.
Le projet
Les objectifs de ce projet sont d’accroître nos connaissances sur la répartition de cette espèce dans notre département et de sensibiliser les habitants à sa protection. Nous poursuivons ainsi des prospections sur les Hautes-Pyrénées, le long de l’Adour et de ses affluents afin de pouvoir présenter une carte de présence/absence. En parallèle nous menons une étude de capture-marquage-recapture sur le site de Lasbouaouas, sur la commune de Maubourguet, afin de connaître la taille, le sexe-ratio et la structure de cette population. Ces actions ont pour but de proposer à terme des axes de gestion de cette espèce sur les Hautes-Pyrénées.
La zone d’étude retenue englobe les sites à Cistude déjà répertoriés dans le département, les sites issus de données de la bibliographie ainsi que les sites potentiels au regard de la biologie de l’espèce. Il en découle une zone de prospection comprenant la vallée de l’Adour, du piémont au nord du département à la limite du Gers. Le secteur à prospecter à été découpé en maille de 5 kms sur 3,5 km. Pour inventorier les populations de Cistude, il s’agit de prospecter le long des milieux humides (rivières, canaux, étangs, gravières, retenues collinaires…). Comme tout reptile, la cistude a besoin d’emmagasiner de l’énergie ; pour cela, elle s’installe sur des zones ensoleillées, par exemple sur des troncs d’arbres, de la végétation aquatique, en bord de berges…. On cherche donc la cistude pendant les périodes de "basking". Avec des jumelles ou des longues-vues, on arpente les zones humides de préférence au mois de mars, avril et mai, période où l’espèce est la plus facilement observable. Chaque maille peut abriter plusieurs sites potentiels à Cistude. Une même maille peut être visitée plusieurs fois. Elle est considérée comme validée si une observation de 2 individus ou plus a été faite sur un des sites lors de la première visite. Si on n’a pas trouvé de cistudes ou on a observé uniquement 1 individu, un second voire un 3ème passage peut être nécessaire.
Afin de mener un projet cohérent en Midi-Pyrénées, nous travaillons étroitement avec le CPIE Gersois sur toutes ces thématiques.
Résultats 2010

Les sites où l’on retrouve des Cistudes se situent dans la partie nord du département, comme cela était prévisible.
Suivi de la population de Maubourguet
Le suivi de la population du site de Maubourguet a commencé en avril 2010 grâce à l’obtention des autorisations préfectorales accordées pour la capture d’ une espèce protégée. Pour mener à bien ce suivi, nous avons installé 68 nasses et 2 verveux sur les 3 hectares du site. Les nasses sont positionnées le long des berges dans le sens du courant. Nous utilisons des abats de porc pour inciter les cistudes à rentrer dans les nasses. Afin que les cistudes puissent respirer, nous glissons une bouteille vide afin de maintenir une partie de la nasse hors de l’eau. Le même principe est appliqué aux verveux. La session de piégeage s’est déroulée sur 3 semaines (en avril, mai et juillet).
Les pièges sont posés durant 5 jours. Le premier jour, nous mettons en place les nasses. Elles sont relevées tous les matins jusqu’au dernier jour où nous retirons les pièges. En 2010, nous avons capturé 22 cistudes différentes : 13 femelles et 9 mâles. Tous ces individus étaient adultes. Pour les marquer, nous avons utilisé une lime afin de faire une encoche sur la carapace. Ce procédé ne blesse pas les tortues et ne comporte aucun risque pour sa survie. De plus, nous avons peint sur leur carapace le numéro que nous lui avons attribué afin de pouvoir suivre leur déplacement sur le site par l’observation à la jumelle.
Toutes les cistudes capturées sont identifiées par un numéro et ils sont notés : le sexe, la taille, le poids et l’âge. Toutes ces informations sont reportées sur une fiche propre à chaque individu. Le but est de connaître et caractériser cette population (pouvoir suivre l’évolution de ces mesures dans le temps, puisque ce programme doit durer encore 2 ans).
Comme en 2009, les bénévoles de Nature Midi-Pyrénées ont participé à la session de suivi de la population de Cistude d’Europe du site de Ju-Belloc pilotée par le CPIE du Gers afin de se former tout en aidant cette structure. En effet, un partenariat a été mis en place avec cette structure sur ce programme car le CPIE porte également un projet similaire sur son territoire. Dans un souci de cohérence, la même méthodologie a été adoptée pour les prospections et le suivi des populations.
Parallèlement, nous avons entrepris avec le propriétaire du site une collaboration afin de pérenniser la tranquillité du site. Nous avons donc envoyé à la préfecture des Hautes-Pyrénées, une proposition conjointe de demande d’Arrêté préfectoral de protection de biotope.
Communication et sensibilisation
Ces actions doivent être accompagnées d’une campagne de sensibilisation et de communication sur le département. Nous avons donc édité une plaquette de sensibilisation à l’attention des acteurs des zones humides dans laquelle nous demandons aux personnes de nous transmettre toutes les données sur les tortues observées, que ce soit de la cistude ou de la tortue dite "à tempes rouges", espèce qui a été importée du continent américain. Un poster a également été réalisé pour appuyer cette action de sensibilisation. Il est diffusé aux administrations, aux acteurs locaux et aux écoles. Parallèlement, un travail auprès des scolaires avec une animation dans les écoles a été mis en place depuis septembre 2010.
Deux animations grand public ont également s été organisées cet été sur le site de Ju-Belloc pour sensibiliser les populations locales. Un premier comité de pilotage du programme d’actions dans les Hautes-Pyrénées s’est par ailleurs déroulé à Vic-en-Bigorre au mois d’avril 2010, pour sensibiliser les acteurs locaux et faire participer à la sauvegarde de ce reptile dans son milieu.
Agenda
- Jeudi 17 mars à 17 h 30 à la ferme Fould à Tarbes : réunion du groupe Cistude
But de la réunion : préparation des campagnes de prospection et de CMR 2011 (capture marquage recapture), contact avec les animaleries du département pour un partenariat concernant le devenir des tortues de Floride en cas de séparation avec leur propriétaire.
- Jeudi 31 mars à 14 h 30 à la mairie de Vic-en-Bigorre : réunion du Comité de pilotage et technique en faveur de la Cistude d’Europe dans les Hautes-Pyrénées
Réunion de tous les acteurs locaux et techniques pour présenter le bilan de l’année 2010.
- Embauche d’une stagiaire de début avril à fin juillet pour le suivi de la population de Cistude d’Europe sur Maubourguet
- A partir du 17 mars : campagne de prospection pour rechercher la Cistude d’Europe dans la plaine haute-pyrénéenne
Cette année, les recherches vont se faire en plaine entre l’Adour et la Baîse mais également dans un triangle compris entre Lourdes, Tarbes et Montgaillard.
- Semaine 15 (du 11 au 15 avril) : 1ère semaine de capture marquage recapture sur la commune de Maubourguet avec report à la semaine 16 en cas de pluie
- Semaine 19 (du 9 au 13 mai) : 2ème semaine de CMR avec report à la semaine 20 en cas de mauvaise météo
- Semaine 29 (du 18 au 22 juillet) : 3ème semaine de CMR
- Dimanche 22 mai : sortie nature "Carapaces en danger"
Organisée par Nature Midi-Pyrénées en partenariat avec le CPIE du Gers.
- Début juin à mi-juillet : suivi des sites de pontes sur les sites connus comme abritant une population de cistude.
- La fiche espèce de la Cistude d’Europe dans notre centre de ressources
- L’article sur ce projet dans les pages du Comité Local 65
- Le formulaire de saisie d’observation de tortue dans Baznat, notre base de données naturalistes
- Les pages consacrées à la Cistude sur le site du CPIE Pays Gersois
Ce programme reçoit le soutien de la région Midi-Pyrénées, de l’Etat et de l’Europe.
