Le Martinet pâle, Apus pallidus, à Toulouse et en Midi-Pyrénées

Connaissance, suivi et protection

Introduction

Rare en France, le Martinet pâle, Apus pallidus, se situe ici en limite nord de son aire de répartition. Majoritairement présent dans les régions méditerranéennes, c’est en Corse que ses effectifs sont les plus importants. La difficulté d’identification est probablement la cause principale du manque de connaissances de cette espèce, expliquant également les estimations incertaines de la population (1500 à 2000 individus). La présence du Martinet pâle à l’intérieur des terres est peu fréquente voire très rare sur le secteur continental. Les noyaux de population connus sont installés en zones naturelles essentiellement rupestres et côtières ainsi qu’en milieu urbain où il peut trouver un habitat de substitution. En France métropolitaine, la Corse accueille l’essentiel des populations. Le littoral méditerranéen continental héberge plusieurs colonies éparses dont la répartition et la dynamique ne sont pas toujours bien connues. Hors ces zones, seules Toulouse et Biarritz sont également occupées par le Martinet pâle. La colonie de Biarritz est située en front de mer. Celle de Toulouse est unique parce que largement à l’intérieur des terres, sur les berges de la Garonne. C’est en 1965 que G. Maurel découvre la colonie toulousaine de Martinets pâles. D’autres sites du département du Tarn avaient également fourni des données (Rabastens, Albi, Lisle sur Tarn, Arthès) ainsi que les Hautes-Pyrénées avec quelques observations à Lourdes. Aucune ville toutefois n’atteint les chiffres notés à Toulouse. La dernière observation avérée sur Albi remonte à 1991 et depuis, aucune donnée d’individu nicheur certain n’a pu être confirmée en région (hors Toulouse).

Cette colonie toulousaine est donc à ce jour tout à fait exceptionnelle et représente un intérêt majeur pour cette espèce impliquant une forte responsabilité régionale dans sa préservation et son suivi.

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Martinet pâle
(Apus pallidus)

Présentation de l’espèce

L’identification certaine s’avère délicate sur le terrain. Les colonies généralement sympatriques avec le Martinet noir, Apus apus, permettent toutefois de repérer plus aisément certains critères permettant la différenciation des deux espèces. Le Martinet pâle présente une coloration dans l’ensemble plus pâle et « sablonneuse » avec une face ventrale plus « écailleuse », bien visible dans de bonnes conditions d’observation. Le marquage blanc à la gorge est en général plus net, toutefois certains martinets noirs peuvent présenter une coloration blanche très étendues, ce critère ne peut dont être, à lui seul, diagnostique. Le front clair contraste nettement avec la zone oculaire sombre. Le Martinet pâle présente par ailleurs une tête un peu plus forte, des « hanches » plus larges et des ailes plus arrondies aux extrémités. Ces caractères, bien que subtils, aboutissent à constituer une silhouette plus « lourde ». Des distinctions peuvent également être constatées dans la voix, le Martinet pâle présentant un cri plus râpeux et presque dissyllabique. C’est donc bien un faisceau de critères et non un unique indice qui permet d’identifier l’espèce. Le comportement en vol ainsi qu’une réelle habitude de terrain, sont de précieux éléments dans l’identification. Le Martinet pâle est une espèce cavicole grégaire. C’est un migrateur transsaharien présent chez nous du début des premiers jours d’avril jusqu’à fin novembre selon les conditions climatiques. Il est donc présent beaucoup plus longuement que son cousin le Martinet noir, Apus apus dont l’essentiel des populations a quitté le territoire métropolitain quand arrive la fin du mois d’août. Cette présence plus longue permet également au Martinet pâle d’effectuer d’une seconde ponte, engendrant un envol des jeunes possible jusqu’en octobre et allongeant d’autant la période de sensibilité forte au moindre dérangement. En milieu urbain, l’habitat de substitution utilisé est préférentiellement constitué par les façades et vieux murs présentant des anfractuosités. Plus particulièrement en Midi-Pyrénées, l’espèce est liée à « la brique rouge » et aux vastes façades de monuments typiques présents par exemple sur Toulouse ou Albi.

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Comptage estival de la colonie crédit J. Ramière
Le comptage mobilise chaque saison plusieurs bénévoles du groupe.

Le suivi :

Afin de mieux connaître l’espèce, assurer une veille écologique, apporter des conseils aux gestionnaires et plus généralement participer à la préservation de ce patrimoine naturel unique, les bénévoles de l’association Nature Midi-Pyrénées, réalisent chaque année un suivi exhaustif de la colonie des bords de Garonne à Toulouse et des prospections ponctuelles sur d’autres secteurs. Ce suivi vise notamment à s’assurer de la pérennité de la colonie et à obtenir des chiffres précis de son évolution. Le comptage est réalisé sur les oiseaux présents sur site + sur les cavités occupées (dites « actives ») par des couples nicheurs. L’observation se fait en fin de journée, afin de détecter plus aisément les oiseaux regagnant les cavités et d’assister à l’apport de proies. Il est donc nécessaire pour un suivi précis que les observateurs soient suffisamment nombreux pour couvrir les deux façades et également éviter autant que possible les biais du à un défaut d’observation (les martinets étant très rapides, l’entrée dans les trous se fait très furtivement, sans décélération avant l’entrée).

Chaque saison, ce sont au minimum 6 soirées de comptage qui sont organisées ainsi que plusieurs demies journées de suivi général et prospection. L’action mobilise environ une dizaine de bénévoles s’impliquant régulièrement.

Le suivi est réalisé en lien avec le personnel de l’Hôtel-Dieu et notamment grâce au soutien de M. Huc coordonne le lien entre l’association et les personnels en charge de la sécurité du site. Chaque saison, les dates de comptages sont communiquées en amont à M. Huc afin de demander une validation de l’accès au site.

Menaces et enjeux :

Le dernier Atlas des oiseaux nicheurs de Midi-Pyrénées, paru en avril 2012, confirme le caractère unique de la colonie toulousaine et ce, à l’échelle régionale comme nationale.

En zone naturelle, l’espèce est soumise à la prédation, notamment par les rats qui pillent les nids et détruisent les couvées. Le niveau d’’accessibilité des nids (falaises avec vires accessibles par voie terrestres, vieux arbres, etc.) les rend d’autant plus sensibles à ce type de prédation. En secteurs urbains, l’espèce niche sur du bâti plus ou moins ancien. A Toulouse, les sites occupés sont principalement constitués par du bâti ancien de briques roses sur des monuments classés. La conservation du patrimoine architectural et donc ses rénovations constitue à Toulouse l’une des principales menaces pour la colonie. L’aménagement éventuel d’accès sous la façade de l’Hôtel Dieu et sous le Cours Dillon représente également un risque majeur d’abandon de la colonie pour différentes raisons :

  • Obturation directe des accès aux cavités situées en parties basses
  • Perte de la quiétude du site par un passage régulier (piétons) dérangeant les oiseaux, peu tolérants à ce type de dérangement
  • Accroissement de l’accessibilité des prédateurs (rats notamment)

La colonie de l’Hôtel-Dieu est également sensible à la concurrence par la Pigeon biset « urbain », Columbia livia qui peut occuper les cavités. Sa présence annuelle (l’espèce est sédentaire) lui donne un avantage sur l’occupation du site. En ce sens, des travaux de diminution des cavités ont été entrepris sur la partie basse de l’Hôtel Dieu lors des travaux de mise en étanchéité de la façade (travaux réalisés avec l’expertise de Nature Midi-Pyrénées et prenant en compte les sensibilités du site). Ces mesures ont été efficaces puisqu’elles ont permis de diminuer fortement l’installation du pigeon biset urbain sur le site même si on constate aujourd’hui une réoccupation de certaines cavités par des individus plus petits (l’impact demeure toutefois restreint).----

Si vous aussi vous souhaitez vous impliquer dans le suivi et la protection de cette espèce unique, n’hésitez pas à prendre contact avec le groupe ornitho de Nature Midi-Pyrénées !

Coordinateur bénévole du suivi : Jean Ramière/ ramierejean(a)yahoo.fr

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Martinet pâle crédit R. Chalmeau