L’Orme et la graphiose

L’Orme, grand arbre apparu en Europe il y a 65 millions d’année, tient une place importante dans les paysages de nos régions. On retrouve en France, l’Orme de montagne, l’Orme champêtre et l’Orme lisse. Présent dans les boisements alluviaux, les plaines ou les milieux collinéens, ces espèces assurent en association avec d’autres feuillus le maintien des corridors écologiques sur notre territoire. Ils sont, cependant, menacés par la maladie hollandaise de l’orme ou communément appelée « la graphiose ».

En effet, ces ormes et notamment l’Orme champêtre (Ulmus minor Mill), ont connu un grand déclin de leurs effectifs suite aux deux épidémies de graphiose :

  • L’épidémie de 1916, provenant d’Asie, fut destructrice, mais un nombre non négligeable d’ormes adultes ont tout de même survécu.
  • l’épidémie de 1970, qui sévie encore sur le continent, fut plus agressive. Elle fut d’ailleurs, la plus grave catastrophe écologique subie par un arbre depuis des siècles, en France et en Europe. Pour exemple, plus de 25 millions d’Ormes ont succombé en Grande-Bretagne contre une extinction de plus de 90% à Paris où il représentait la troisième espèce urbaine la plus abondante.

La graphiose, quèsaco ?

Cette maladie s’attaque préférentiellement à l’Ormes champêtre et se transmet en Europe par le champignon, Ophiostoma novo-ulmi Braiser, en symbiose avec le coléoptère, Scolytus scolytus. En temps normal l’action des scolytes sur les arbres est bénéfique dans une forêt : en effet, elle permet son renouvèlement. Mais dans le cas de la graphiose, cette souche de champignon très virulente, se développe dans les tissus de l’orme, entrainant sa mort en 2 ans environ.

Les symptômes observables à l’œil nus sur un orme malade sont :

  • le trou d’envol des scolytes adultes,
  • le brunissement des cernes récents,
  • la déformation des branches ainsi que la marque de morsures à l’aisselle des rameaux.

Mais pourquoi cette symbiose entre scolyte et champignon ?

Les scolytes sont incapables de digérer la cellulose ou la lignine dont ils se nourrissent. Leur champignon symbiotique, Ophiostoma novo-ulmi, se trouvant dans une poche de leur cuticule, leur permettent ainsi de digérer leur nourriture. C’est d’ailleurs durant cette activité que le champignon se répand dans l’arbre hôte et infecte ainsi les vaisseaux conducteurs (formation de thylles, c’est-à-dire excroissances ligneuses, et sécrétion de substances flétrissantes).

Le cycle d’infection :

Les larves des scolytes se développent préférentiellement dans le bois mort ou dépérissant. Une fois leur taille adulte atteinte elles sortent par un orifice de l’écorce et se nourrissent à l’aisselle des jeunes rameaux : c’est une nouvelle contamination. L’arbre s’affaibli petit à petit et devient alors attractif pour la ponte. On rentre dans un cycle destructeur pour l’Orme. Une fois infecté, ses feuilles et ses rameaux dépérissent et s’enroulent. Les feuilles mortes restent ensuite attachées aux branches et l’arbre se dessèche, en partant de la cime. Il finit par mourir en 2 à 3 ans.

Cette maladie se transmet d’un arbre à l’autre par l’intermédiaire de son hôte ou par greffe de racines entre arbres proches géographiquement.

Un zoom sur une espèce plus résistante « L’Orme Lisse »

L’Orme lisse Ulmus leavis, espèce typique des zones humides, joue un rôle d’épuration des eaux et de stockage des eaux de crues.

Pour préserver une diversité génétique, indispensable à la survie et la reproduction des êtres vivants dans des environnements changeant, la France s’est dotée d’une politique nationale de conservation des ressources génétiques des arbres forestiers (formalisé en 91 par une circulaire et arrêté). Celle-ci s’inscrit dans le plan d’action forêt de la stratégie nationale pour la biodiversité 2006. La commission Ressources Génétiques Forestières piloté par l’IRSTEA (ex. CEMAGREF) a donc développé un réseau d’unité de conservation de l’Orme lisse, espèce la plus résistante à la graphiose.

En 2001, deux Unités Conservatoires de cette espèce ; le site de l’île de Martignac à Grenade et le ramier de Bigorre à Merville ont été définies et soumises à un marquage pour mieux connaître ses mécanismes de résistance. L’association Nature Midi-Pyrénées, gestionnaire du ramier de Bigorre, de la saulaie de Saint Caprais et partenaire de la gestion de nombreux sites de Garonne via la CATeZH Garonne, a souhaité s’engager dans cette démarche. Pour cela, elle signe la charte de gestion des unités conservatoires de ressources génétiques d’orme lisse au côté de la Direction Départementale des Territoires de Haute-Garonne, des communes de Grenade et Saint Jory (pour les sites de Martignac et de Port-Haut) et de la Commission des Ressources Génétiques Forestières.

Une mise à jour de la base de données a alors été nécessaire pour assurer aux mieux le suivi de cette population. Une journée repérage et remarquage des ormes lisses a été organisée par les salariés de l’association et à laquelle le groupe Zones Humides a eu le plaisir de participer. La sortie a eu lieu sur le site du ramier de Bigorre, le 31 mars 2012. Muni de cartes, de mètres, de pastilles médaillons de remarquage, d’un détecteur à métaux et de fiches de synthèse, c’est une quinzaine de personne qui part à la recherche de ces ormes lisses. Au bout, de quelques heures de marche, de rire, de découverte, la mission « mise à jour » a été efficacement clôturée. Ce fut un bon moment d’échange et de partage, auquel l’ensemble du groupe a été content de se joindre.

Une récolte de samares a aussi été effectuée sur des Ormes lisses en bords de Garonne, ceux-ci ont été envoyés à l’IRSTEA pour en assurer la germination. Nous disposerons ainsi de plants locaux que nous pourrons utiliser pour des projets de replantation.

N’hésitez pas à jeter un coup d’œil sur la galerie photo !!

Article rédigé par Lisa M.