Les vautours, piliers de l’écosystème

Positionnement de Nature Midi-Pyrénées

Nous parlons ici essentiellement du Vautour fauve, le seul présent en nombre significatif dans notre région, et sur lequel porte l’essentiel des griefs. La région abrite 3 autres espèces de vautours, le Vautour moine, le Vautour percnoptère et le Gypaète barbu.

Un rôle écologique fondamental

Au même titre que les prédateurs, les animaux nécrophages comme les vautours sont des éléments indispensables au fonctionnement des écosystèmes. En intervenant rapidement sur les animaux morts ou mourants, ils contribuent à limiter les épidémies (fréquentes chez les animaux grégaires comme les ongulés) et à la pollution organique du milieu (eau notamment), et ce d’autant plus efficacement que leur système digestif détruit les germes pathogènes. A ce titre, ils peuvent être considérés comme des éléments majeurs de l’écosystème. Comme toutes les espèces vivantes les vautours ont évolué avec leur environnement, qui en retour bénéficie de leur présence. S’ils disparaissent brutalement, rien n’est "prévu" pour jouer leur rôle dans la nature.

Un allié économique de l’Homme

Lorsque les animaux domestiques sont en estive, souvent dans des lieux éloignés des voies de communications, les vautours sont les seuls à pouvoir faire disparaître rapidement les cadavres (parfois en quelques heures). Là aussi ils jouent un rôle sanitaire très important, largement reconnu par tous les bergers et éleveurs. Limiter la population de vautours comme le demandent certains aura pour conséquence de compromettre ce rôle d’éboueur pourtant si utile. On estime qu’en France, les vautours font ainsi économiser plus de 400 000€ par an (cf. Orabi 2011), sans compter les avantages environnementaux (limitation du transport des cadavres et de l’incinération).

Des tueurs ?

Non, la morphologie des vautours n’est pas du tout adaptée à la chasse. Leurs griffes ne permettent pas de tuer et leur comportement alimentaire, approche lente, bien visible et très progressive, ne permet pas de surprendre un animal en pleine possession de ses moyens. En outre, ces oiseaux lourds ne sont pas capables de s’envoler rapidement. Ils n’entrent donc en contact avec leur proie que lorsqu’ils sont sûrs de ne prendre aucun risque (animal mort, où en très mauvais état).

A cet égard, les expertises vétérinaires effectuées sur les cas de « prédation » suspectées confirment que dans plus de 90 % des cas, les animaux étaient déjà morts avant l’intervention des vautours et que dans 6 ou 7% des cas analysés (essentiellement des bovins), les interventions ont eu lieu sur des animaux affaiblis, notamment lors des mises bas difficiles.

Une évolution récente ?

Ces caractéristiques morphologiques et comportementales, héritées de centaines de milliers d’années de sélection naturelle ne peuvent évoluer en quelques années, ni même quelques décennies. Alors que s’est-il passé pour que cet oiseau soit soudain mis en cause ?

Le Vautour fauve a toujours fait partie de la faune des montagnes du sud de la France. Se nourrissant à l’origine des cadavres des animaux sauvages, il a profité depuis le néolithique d’une source de nourriture complémentaire, apporté par l’élevage. Peu à peu, la destruction directe (trophée), le poison, ainsi qu’un prélèvement cynégétique irraisonné des ongulés (Isards, Chamois, Bouquetins) ont quasiment fait disparaître les vautours du territoire français, au point que, dans les années 60/70 il restait moins de 50 couples en France (Pyrénées-Atlantiques). Les lois de protection de la nature d’une part, et les réintroductions d’autre part (Grands Causses, Alpes du sud) ont contribué à un rétablissement de la population.

Dans les Pyrénées, les Vautours fauves ont temporairement profité d’une abondante source de nourriture côté espagnol, avec des charniers suralimentés par des porcheries industrielles, la population a alors considérablement augmenté localement et tout en la fixant dans ces zones en hiver. L’arrêt brutal de ces charniers en 2006 en réponse à une directive européenne a amené ces vautours à rechercher leur nourriture ailleurs, y compris dans des zones et à des périodes où l’on avait perdu l’habitude de les voir depuis plusieurs décennies (bergeries de basse altitude en hiver). Il ne s’agit donc pas de modification comportementale de fond (impossible à cette échelle de temps) mais d’une adaptation à un contexte conjoncturel, entraînant un changement dans les aires et périodes de prospection alimentaire. Dans les Pyrénées occidentales, la population de vautours est en train de se stabiliser à un niveau permis par la disponibilité alimentaire, composée à la fois du cheptel domestique et des ongulés sauvages qui se partagent le milieu. Contrairement à certaines croyances, les charognards (comme les carnivores) ne peuvent "pulluler", ils sont soumis à des mécanismes d’autorégulation (baisse du succès de reproduction, émigration, compétition intraspécifique, mortalité…), qui ajustent la population à la ressource disponible. Ce qui rend une régulation artificielle totalement inutile.

Une stratégie raisonnable de cohabitation

Une chasse excessive des ongulés sauvages et l’utilisation du milieu naturel par l’homme ont privé les vautours d’une grande partie de leurs ressources alimentaires naturelles. Là où les animaux domestiques ont remplacé la faune sauvage, il paraît donc logique de remplacer les cadavres des uns par ceux des autres, en autorisant les éleveurs à déposer les animaux morts sur des placettes situées à proximité de leur exploitation. La dissémination et le caractère aléatoire de ces ressources alimentaires, favoriseront par ailleurs un comportement plus naturel de prospection des vautours, préférable à celui engendré par des charniers peu nombreux et trop régulièrement alimentés. Ceci aurait comme effet bénéfique d’assurer le maintien de la population de vautours tout en limitant les grands rassemblements et les épisodes de « famine », et permettrait des économies non négligeables pour la filière de l’élevage en diminuant considérablement les dépenses liées à l’équarrissage.

En résumé

Pour Nature Midi-Pyrénées, il n’est pas question d’envisager la régulation artificielle des vautours. Ceux-ci étant des éléments indispensables au fonctionnement des écosystèmes, et des auxiliaires efficaces de l’élevage de montagne, des causses et du piémont. Au contraire, une cohabitation intelligente doit profiter à la fois aux éleveurs et aux vautours. A ceux qui critiquent un maintien artificiel de la population de vautours, nous objecterons que c’est au contraire la privation de nourriture qui est artificielle.

C’est pour éviter cela que nous devons par ailleurs veiller à la préservation de l’écosystème qui passe aussi par une restauration des populations d’ongulés à un niveau plus conforme aux potentialités du milieu naturel, et donc une réduction des prélèvements cynégétiques, notamment en ce qui concerne l’Isard, ainsi que par la réintroduction du Bouquetin ibérique éradiqué au siècle dernier.

Evaluation de la population

  • Vautour Fauve : 525 couples dans les Pyrénées françaises (2007), 280 couples dans les Grands causses (2010)
  • Vautour moine : 18 couples dans les Grands Causses (2010)
  • Gypaète barbu : 35 couples dans les Pyrénées françaises (2011)
  • Vautour percnoptère : 52 couples dans les Pyrénées françaises, 3 dans les Grands Causses (2010)

Compléments

Bibliographie

  • Orabi P., 2011 - Argumentaire et plan d’action pour la conservation du vautour fauve - Ligue de Protection des Oiseaux 2011
  • JP. Choisy, 2011 - Les vautours à la croisée des politiques de biodiversité, du tourisme, de l’environnement et de l’agriculture - Courrier de l’environnement de l’INRA n°61, décembre 2011

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