Martinet noir

Apus apus

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Martinet noir
  • Nom commun : Martinet noir
  • Nom latin : Apus apus
  • Famille : Apodidés
  • Période d’activité / d’observation : début avril – fin juillet
  • Statut réglementaire : Protection nationale

Descriptif et particularités

En vol, le Martinet noir est reconnaissable à sa silhouette, son allure et son plumage sombre. L’oiseau a une grosse tête avec un cou engoncé, de longues ailes en faux et une queue effilée. La grande taille (envergure d’environ 45 cm) n’est pas toujours perceptible du fait de la finesse de la silhouette. Les ailes sont caractérisées par une main très longue et pointue. La queue compte 12 plumes, appelées rectrices, alors que toutes les autres espèces de martinets n’en portent que 10.

Il n’y a pas de dimorphisme sexuel. Le plumage de l’adulte est globalement noir de suie avec la gorge plus claire. Le juvénile a un plumage plus sombre encore, avec une gorge blanche plus contrastante et des liserés clairs apparents sur la tête.

Du fait de ses longues ailes en faux et de sa queue fourchue, le Martinet noir peut être confondu avec une hirondelle. Mais aucune hirondelle n’est aussi grande que lui, ne vole de la même façon et n’a les parties inférieures noires (au moins en Europe). Les ailes en faux sont une adaptation aux déplacements aériens rapides, développée par ces deux groupes systématiquement très éloignés. On parle de convergence morphologique. Au sud de son aire de reproduction, il peut surtout être confondu avec une espèce proche, le Martinet pâle qui présente un plumage brun et la gorge pâle. La différence peut se révéler subtile à mauvaise lumière.

Habitat et écologie

A l’origine, l’habitat de reproduction est de type rupestre (falaises, porches de grottes…) mais l’espèce s’est adaptée aux constructions humaines au point d’avoir délaissé complètement ou presque son habitat originel. Le Martinet noir est devenu un oiseau urbain nichant essentiellement sous les toits des vieux édifices ou dans les anfractuosités de diverses structures ou constructions, bâtiment industriel, silo, cheminée, pont…

Migrateur strict, il passe l’hiver en Afrique, au sud de l’Equateur. Son aire d’hivernage est donc très distanciée de l’aire de reproduction (longues migrations). En climat tempéré, le retour des premiers individus a lieu au début du mois d’avril et se poursuit jusqu’en mai. Cela fait de lui un très bon marqueur de la saison printanière. Les départs précoces commencent dès la fin de juillet. C’est ainsi qu’une fois les jeunes envolés, la grande majorité des martinets nous quittent. Au mois de septembre, le ciel est alors quasiment vidé de l’ensemble des Martinets noirs. Toutefois, on peut encore observer quelques rares retardataires provenant probablement de nichées tardives.

Le Martinet noir est monogame. Les couples sont généralement unis pour la vie, comme le suggère l’observation d’un couple occupant le même nid pendant 10 années successives. De plus, ils semblent montrer une certaine fidélité au nid et la plupart des sites suivis sont occupés tous les ans par le même nombre d’individus. Pour nicher, ils occupent diverses cavités plus ou moins accessibles. Les espaces sous les toits sont les plus observés, mais d’autres installations peuvent être utilisées : trous de boulin, boîtiers de volets roulants, orifices dans des terrasses d’étage, trous d’aération… ou parfois d’anciens nids d’hirondelles. Le nid du Martinet noir est construit dans un espace confiné que l’oiseau doit pouvoir atteindre en vol. Il lui suffit d’une ouverture de 3-4 cm dans laquelle il puisse se glisser pour accéder à cet espace. Il peut ensuite, s’il le faut, ramper jusqu’à l’emplacement du nid en s’aidant de ses courtes pattes. Le nid est fait de tout élément léger que l’oiseau peut récolter en vol sans se poser (plumes, herbes, fils d’araignée, bout de papier…). Les matériaux sont ensuite disposés en coupe aplatie à même le substrat et collés à la salive. La ponte est de 1 à 4 œufs, blancs et oblongs. L’incubation est assurée par les deux adultes et dure environ une vingtaine de jours. Le séjour des jeunes au nid est d’un peu plus de 40 jours. Leur vitesse de croissance est liée à la quantité de nourriture apportée par les parents, elle-même très dépendante des conditions météorologiques.

En cas de pénurie alimentaire, ils vivent au ralenti jusqu’au retour de conditions favorables. Les juvéniles issus des couvées les plus précoces prennent leur envol dès la fin juin tandis que les plus tardifs ne quittent le nid qu’au mois d’août, ne restant que peu de temps sur les sites de reproduction. L’envol ne se produit qu’une fois acquise la capacité de voler et de se nourrir seul. En effet, à partir de ce moment, les jeunes ne pourront plus compter que sur eux-mêmes. Le premier vol reste une période critique pour l’espèce. Au vu du nombre de jeunes oiseaux trouvés sur les trottoirs et/ou ramenés vers les centres de soins, on peut estimer que la mortalité juvénile est forte durant les premiers mois (sans compter les pertes durant la migration). Cela expliquerait sans doute une certaine stabilité dans les effectifs de cette espèce à la durée de vie plutôt longue (entre 10 et 20 ans en moyenne). Son séjour sur les territoires de reproduction étant plus bref que chez les autres espèces de Martinet (Martinet pâle notamment), le Martinet noir n’effectue pas de seconde ponte.

Le Martinet noir se nourrit de ce qu’on nomme le plancton aérien (contenant petits animaux et insectes volants). Suivant les conditions du moment, les martinets chassent à faible ou à grande hauteur (juste au-dessus des eaux ou bien au-dessus des montagnes). La bouche largement fendue du martinet est une adaptation à la capture des insectes, le bec lui-même étant tout petit. Comme les proies sont de petite taille, il doit chasser beaucoup pour subvenir à ses besoins et à ceux de la nichée. Lorsqu’il nourrit les jeunes, il emmagasine les proies dans son jabot et en fait de petites balles. Pour boire lorsqu’il fait très chaud, l’oiseau en vol effleure du bec la surface de l’eau (sinon il se contente de l’hémolymphe de ses proies et des gouttes de pluie).

Le Martinet noir est l’oiseau aérien par excellence. Il est très bien adapté à ce milieu qu’il exploite avec habileté. Il peut rester en vol permanent sans se poser pendant de très longues périodes : par exemple, du mois d’août d’une année à avril de l’année suivante, soit d’une période de reproduction à l’autre. Le repos nécessaire est alors pris lors de vols planés en altitude la nuit (jusqu’à 2000 m). Ses extraordinaires capacités de vol lui permettent également de s’affranchir de conditions météorologiques défavorables en contournant une dépression très pluvieuse. Très à l’aise en vol, l’espèce est, à l’inverse, pas du tout adaptée à la vie au sol. Si un martinet se retrouve accidentellement à terre, il lui est difficile de reprendre son vol (il y arrive sur sol nu, mais impossible dans la végétation). Ses pattes très petites et ses ailes très grandes le gênent pour prendre son essor.

Répartition en Midi-Pyrénées

L’espèce est quasi-omniprésente sur la totalité de la région. Seuls les secteurs vraiment dénués de constructions humaines et les zones de haute montagne ne sont pas occupés. En plaine notamment, tous les villages hébergent au moins un couple de Martinet noir. On trouve encore quelques sites où l’espèce s’installe au cœur des falaises. C’est le cas dans les vallées du Célé et du Lot où le Martinet noir niche à proximité du Martinet à ventre blanc, mais également de l’Hirondelle de rochers et de quelques rares Hirondelles de fenêtre, également rupestres.

Menaces

Considéré comme l’un des oiseaux les plus communs de notre avifaune, le Martinet noir ne semble pas menacé pour le moment. Toutefois, localement, on peut constater l’abandon de certains nids dans des secteurs habités jusqu’alors. La principale menace pour les oiseaux reproducteurs est la raréfaction des sites de nids potentiels. En effet, la rénovation des bâtiments (façades et toitures) et la tendance moderne à des constructions lisses et peu ouvertes vers l’extérieur sont deux facteurs qui pourraient impacter négativement l’espèce (les privant de la possibilité de nicher). De manière générale, la préservation des bâtiments historiques et des vieux quartiers des centres urbains seraient donc des démarches favorables au Martinet noir. De manière évidente, l’impact des pesticides sur les quantités d’arthropodes constituant le plancton aérien est une menace à long terme pour cet oiseau qui est un insectivore strict.

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