Projet Messiflore 2017-2018

Evaluer, maintenir et restaurer la diversité floristique des bords de champs, des vignes et des vergers

PROGRAMME DE GESTION DE LA SOUS-TRAME MILIEUX OUVERTS DANS SA COMPOSANTE « SEMI-NATURELLE »

  1. Un tour d’horizon sur les messicoles
  2. Un plan régional d’actions piloté par le conservatoire botanique
  3. Un projet d’ampleur régionale sur les bords de champs, des vignes et des vergers (2015-2016 puis 2016-2018)
  4. Le lien avec le Schéma de Cohérence Ecologique
  5. Les partenaires du programme 2017-2018
  6. "Je suis bénévole et souhaite m’impliquer dans ce projet"
  7. Sources

Un tour d’horizon sur les messicoles

Les messicoles, ou plantes des moissons, se développent dans nos cultures (champs de céréales, de colza, de pois, de féveroles, …) depuis des milliers d’années. Elles peuvent être spontanées en France, ou bien d’origine géographique plus ou moins lointaine. Dans ce cas, elles ont accompagné la progression des cultures de façon opportuniste et des plantes anciennement cultivées, telles que la Mâche, la Caméline, la Vachère (fourragère) ou le Chardon béni (médicinale), qui ont pu se maintenir après l’abandon de leur culture.

Les messicoles archéophytes, d’introduction ancienne, sont arrivées en France au néolithique [1]via le développement de l’agriculture. Certaines se sont propagées par différentes voies de migration et d’échanges dans les lots de semences céréalières : c’est le cas des Gagées, venant d’Asie Centrale, des Adonis, venant de Méditerranée orientale. D’autres ont migré naturellement et ont progressé vers le nord à la faveur de l’expansion des champs cultivés. Les néophytes sont arrivées plus tardivement Source : Plan national d'action « Agir pour les mesicoles » 2012-2017

Les messicoles sont dans leurs régions d’origine des plantes pionnières, peu concurrentielles, et de milieux instables tels que des pelouses sèches sableuses ou caillouteuses au sein d’une végétation clairsemée. Le travail du sol pratiqué dans la culture leur a donné de nouveaux habitats de substitution, leur permettant d’élargir progressivement leur aire de répartition et de s’installer durablement dans nos champs. Le travail du sol favorise la séparation et la dispersion des organes souterrains. Elles s’y sont adaptées : elles ont un cycle biologique rapide, lié aux cycles des récoltes des céréales. Elles font partie des « adventices » (plantes qui poussent dans une culture sans y avoir été semées), mais ont la particularité de parvenir difficilement à se maintenir dans d’autres conditions. Elles constituent un patrimoine naturel unique, témoin du développement de l’agriculture, et sont aujourd’hui menacées.

En effet, elles étaient autrefois largement répandues mais subissent une forte régression depuis quelques dizaines d’années. On dénombre aujourd’hui une centaine d’espèces, et des disparitions : « 7 espèces ont disparu de France et 25 autres ont disparu de plus de la moitié des départements où elles étaient connues avant 1970. C’est le cas par exemple de l’Aspérule des champs (Asperula arvensis), du Caucalis à larges feuilles (Turgenia latifolia), du Cumin pendant (Hypecoum pendulum) et de la Vachère (Vaccaria hispanica). Les taxons en régression sont principalement localisés dans le sud des Alpes, le Massif central, les Grands Causses. » (Source : Plan national d’action « Agir pour les mesicoles » 2012-2017)

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Asperula arvensis - Mathieu Menand
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Turgenia latifolia - Mathieu Menand
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Vaccaria hispanica - Mathieu Menand

Les principales causes de leur disparition s’expliqueraient par une combinaison de facteurs [2] liés à l’intensification des pratiques agricoles au cours du XXe siècle. Ainsi, les messicoles se réfugient le plus souvent en bordure de champs, où les pressions (mécaniques et chimiques) sont moins fortes. En savoir plus ici.

Selon une vision anthropocentrée, on peut leur reconnaître différents « services écosystémiques ». Elles fournissent abri et nourriture à un large cortège faunistique (arthropodes, oiseaux), et contribuent à instaurer un niveau de biodiversité élevé dans les parcelles qui les accueillent. Par exemple, en hébergeant des larves prédatrices de ravageurs, elles ont un rôle dans la protection des cultures. De plus, on sait que 80 % des cultures à travers le monde sont dépendantes de l’activité des insectes pour la pollinisation (au premier rang desquels figurent les abeilles) (voir source). Or, la majorité des plantes messicoles ont de grandes fleurs colorées, attirant de nombreux insectes, améliorant ainsi la pollinisation des cultures. Une étude a d’ailleurs recensé plus de 173 espèces d’arthropodes (insectes, araignées…) totalement dépendantes de 38 espèces de plantes messicoles.

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Fleurs d’Adonis annuelle (Adonis annua) - Mathieu Menand
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Fleurs de Bleuet (Centaurea segetum (ancien nom : Centaurea cyanus)) Mathieu Menand
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Fruit de Coquelicot douteux (Papaver dubium) - Mathieu Menand

Un plan régional d’actions piloté par le conservatoire botanique

Un plan régional d’action (PRA) soutenu par l’Union européenne (FEDER), l’État (DREAL) et le Conseil régional de Midi-Pyrénées, coordonné par le Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées, a été mis en œuvre de façon partenariale de 2005 à 2011 (Rapport final). Il a eu pour but d’aider à la conservation des plantes messicoles et plantes remarquables des cultures, vignes et vergers en Midi-Pyrénées. Il a impliqué de nombreuses structures régionales agissant dans les domaines de la connaissance naturaliste, la protection de l’environnement, l’agroécologie et l’agroenvironnement, l’agriculture, la formation et l’éducation à l’environnement. De nombreux autres partenariats ont été noués avec d’autres structures et collectivités pour identifier cette biodiversité et mettre en place des mesures concrètes de sensibilisation et de conservation avec la participation d’agriculteurs.

Le PRA a permis d’identifier les principaux enjeux en terme de conservation des plantes messicoles au niveau national : il s’agit de la région méditerranéenne, des zones de moyenne montagne, marquées par la déprise agricole, des territoires montagnards, où l’élevage est prédominant et associé à une culture céréalière extensive pour l’alimentation des troupeaux.

Sur le territoire de Midi-Pyrénées, les connaissances acquises ont permis de définir des secteurs encore riches, où les enjeux de préservation sont forts. Des expérimentations de restauration ont également été conduites avec des collectivités et des fédérations de chasseurs.

Mis en place par le Ministère chargé de l’Ecologie, un plan national d’actions sur les messicoles est également en cours jusqu’en 2017 ( et annexes)

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Delphinium consolida - fruit - Mathieu Menand
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Delphinium consolida - fleurs -Mathieu Menand
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Delphinium verdunense - fruit - Mathieu Menand
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Delphinium verdunense - fleurs - Mathieu Menand
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Bifora radians - Mathieu Menand
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Bifora radians - fruit - Mathieu Menand

Un projet d’ampleur régionale sur les bords de champs, des vignes et des vergers (2015-2016 puis 2016-2018)

Plus récemment, de 2015 à 2016, le Conservatoire Botanique National des Pyrénées et de Midi-Pyrénées (CBNPMP) a lancé un projet sur la flore messicole, portant sur le territoire l’ancienne Région Midi-Pyrénées. Financé par l’Union européenne et le Conseil Régional, et soutenu par la DREAL, il a eu pour objectif d’identifier, maintenir et restaurer la diversité floristique des bords de champs, des vignes et des vergers. Cette première phase a permis d’affiner la connaissance des territoires à forts enjeux.

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Champs au Garric (Tarn) - Lisa Moreno
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Champs à Mailhoc (Tarn) - Lisa Moreno
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Champ à Villeneuve-sur-Vère (Tarn) - Lisa Moreno
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Champ à Villeneuve-sur-Vère (Tarn) - Lisa Moreno
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Champ à Sainte-Croix (Tarn) - Lisa Moreno

Prolongé en 2017 et 2018, ce projet a pour but de poursuivre les démarches partenariales enclenchées depuis plus de 10 ans, en orientant les actions vers l’élaboration d’indicateurs pour l’évaluation de l’état de la sous-trame des milieux ouverts dans leur composante « semi-naturelle », une appropriation partagée des enjeux, la valorisation de la diversité floristique et des travaux menés en sa faveur, la mutualisation et le transfert des expériences.

Il s’agit de construire un indicateur régional de biodiversité relatif aux plantes messicoles permettant d’évaluer l’état de conservation de la sous-trame et de son évolution, en relation avec l’indicateur « Haute Valeur Naturelle » (HVN), conçu par Solagro. Pour cela, les inventaires de terrain vont permettre de définir un indicateur communal, renseigné pour l’ensemble de Midi-Pyrénées, de façon à confronter et analyser les complémentarités de ce paramètre avec l’indicateur HVN. L’indicateur sera une note attribuée à la commune pour exprimer la diversité des plantes messicoles et les enjeux de conservation en fonction du statut des espèces présentes.

Ce travail spécifique sera poursuivi avec la Fédération régionale des chasseurs (FRC) pour évaluer les enjeux de la conservation des chaumes pour la biodiversité. L’incidence des pratiques dans les zones vulnérables définies par la Directive cadre sur l’eau sur 2 espèces à floraison tardive sera analysée. Des diagnostics communs approfondis de biodiversité faune-flore des bords de champs sur les territoires de projet « Corribior » (sites pilotes de la Fédération régionale des chasseurs) seront le support de l’animation conduite par les fédérations de chasseurs auprès des acteurs locaux. L’objectif sera de favoriser la préservation de la sous-trame par des pratiques et des modes de gestion des terres appropriées. Un nouveau territoire en Tarn-et-Garonne rejoint le projet de la FRC en 2017 et sera évalué.

Il s’agit également de promouvoir les pratiques favorables au maintien de la sous-trame auprès des agriculteurs, paysans et des collectivités soucieuses de s’impliquer dans une gestion respectueuse de la diversité floristique pour les zones périurbaines, voire les parcelles cultivées en régie agricole. Cela passe par l’organisation de journées techniques de formation, l’appui technique au cas par cas, le soutien à l’organisation d’une filière de production de graines d’origine locale garantie. Les données récoltées et les actions seront valorisées via la rédaction d’articles pour la presse généraliste ou technique, la communication lors d’évènements, de formations ou de colloques. L’exposition du CBN « Moissons fleuries en Midi-Pyrénées » sera utilisée sur les stands lors de journées d’animation. Un outil de communication sera élaboré et mis à disposition pour valoriser les actions auprès des citoyens. Un appel à initiatives d’implantation à destination des collectivités sera organisé. La démarche de préservation sur la plate-forme Osaé (« Osez l’agroécologie ») sera valorisée. Enfin, un séminaire régional de restitution sera organisé en 2018.

La restauration de la sous-trame sera encouragée en s’appuyant sur le signe de qualité national « Vraies messicoles ». L’effort portera à la fois sur l’offre et la demande : soutien aux filières émergeantes de production de graines d’origine locale, incitation à l’utilisation de ce matériel végétal pour des actions de restauration. Les bénéfices éco-systémiques des actions de restauration seront évalués.

Le lien avec le Schéma de Cohérence Ecologique

Le projet s’inscrit dans le plan d’actions du SRCE en ayant pour objectifs :

1- d’élaborer des indicateurs d’évaluation de l’état de la sous-trame (Action G21 du SRCE)

2- de favoriser l’appropriation des enjeux de maintien et de restauration de la sous-trame par les acteurs du territoire (actions F2 et E3 du SRCE)

3- de valoriser les actions et de communiquer sur leurs résultats (action F2 du SRCE)

4- d’animer et de coordonner l’action partenariale, et de mutualiser les expériences (action F13 du SRCE)

Les partenaires du programme 2017-2018

Le projet est porté par le Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées, qui a rassemblé de nombreux partenaires : Nature Midi-Pyrénées, l’Association des naturalistes de l’Ariège, l’Association Botanique Gersoise, la Société des Sciences Naturelles du Tarn et Garonne, SOLAGRO, le Conservatoire d’Espaces Naturels de Midi-Pyrénées et l’ADASEA du Gers.

"Je suis bénévole et souhaite m’impliquer dans ce projet"

Les bénévoles peuvent participer au volet sur les inventaires de terrain. L’idée est de couvrir un maximum de communes ciblées par le CBNPMP (précisions à venir), et de faire des relevés les plus exhaustifs possibles de la flore messicole présente dans les champs, afin d’avoir un indicateur par commune sur les enjeux écologiques liés à ces végétations. L’objectif est de cibler les bonnes pratiques agricoles, celles-ci pouvant être valorisées notamment par des dispositions de la Politique Agricole Commune. Si des bénévoles souhaitent participer à ce projet, une sortie sera organisée début mai afin de voir ensemble comment prospecter et la diversité des espèces présentes. Le but étant que les inventaires bénévoles se fassent en autonomie pour couvrir un maximum de communes. Pour aider à la détermination, deux documents pdf ont été mis à disposition sur le forum afin de voir le panel d’espèces qu’on peut trouver dans ces milieux, pour les départements du Tarn et du Tarn-et-Garonne. Du terrain sera réalisé par une salariée (dizaine de jours), très probablement dans le Tarn et la Haute-Garonne.

En 2016, une sortie collective avec le groupe botanique a été faite dans le Lauragais début mai (compte-rendu sur le forum). Des inventaires de terrain ont été réalisés par les salariés dans le Tarn (une dizaine de jours). Au total, sur la Région, 408 relevés floristiques ont pu être faits, toutes structures confondues.

Article rédigé par Lisa Moreno

Sources

> Tela botanica

> CBN alpin

> CBNPMP

> Florad

> FCBN


[1] néolithique : Au Proche-Orient, le Néolithique débute vers 9 000 ans av. J.-C. dans le Croissant fertile

[2] facteurs : tri sélectif des graines, essor de nouvelles cultures tardives peu favorables à leur développement (maïs, tournesol…), usage d’herbicides, apport d’engrais qui favorise les adventices nitrophiles au détriment des plantes messicoles pour la plupart peu compétitives, raréfaction des jachères en zone de grandes cultures qui ne favorise pas l’expression de cette flore spontanée, semis de jachères fleuries dont certaines espèces horticoles sont très proches d’espèces sauvages (possibilité d’hybridation).