SOS Crapauds 2015 à Fenouillet (31)

Tous les ans, à la fin de l’hiver (février-mars), les amphibiens sortent d’hibernation pour rejoindre les points d’eau (mares, lacs, étangs…) où ils se reproduisent. De nombreux crapauds et grenouilles, mais également des tritons et des salamandres se retrouvent alors écrasés sur les routes que croise leur parcours de migration. Peut-être avez-vous déjà observé ce phénomène ?

Les amphibiens de France sont tous protégés par la loi (arrêté du 19 novembre 2007), et leurs effectifs sont en régression sur la plupart du territoire. La disparition de leurs habitats naturels (points d’eau, mais aussi habitats terrestres tels que les friches) et la multiplication des routes sont les causes majeures de cette régression. A Fenouillet (31), c’est en fin d’année 2012 que des bénévoles ont alerté le groupe herpétologique de Nature Midi-Pyrénées de l’existence d’un de ces points noirs routiers, décimant essentiellement des crapauds épineux (Bufo spinosus). Au niveau du « Chemin du Bocage », ces crapauds quittent la friche dans laquelle ils ont passé l’hiver pour rejoindre le « Lac du Bocage » et s’y reproduire. Cette migration a lieu pendant plusieurs jours (voire semaines), essentiellement lors de soirées humides et douces pendant les quelques heures suivant la tombée de la nuit (entre 18h30 et 20h en cette saison). Les bénévoles du groupe sont donc intervenus une première fois en 2013 avec une animation à destination des habitants de Fenouillet : une présentation des amphibiens de la région, suivie d’un sauvetage* des crapauds trouvés le long de la route. En 2014, l’action a été reconduite sur le même format, mais cette fois-ci le sauvetage a été poursuivi par des bénévoles sur place qui se sont relayés tous les soirs. Ce sont ainsi plus de 2500 crapauds qui ont été retrouvés sur la route et amenés*dans le lac. Cette année, en 2015, les bénévoles de Fenouillet et du groupe herpétologique se sont à nouveau relayés pour ramasser les crapauds sur la route. A l’heure actuelle, ce sont 2792 individus de crapauds épineux qui ont été sauvés* ainsi qu’un crapaud calamite, pour un total de 478 bêtes retrouvées écrasées sur la route. La migration vers le lac touche à sa fin, dans quelques semaines les amphibiens feront le chemin en sens inverse, mais cette traversée étant plus échelonnée qu’à l’aller, le nombre de crapauds trouvés simultanément sur la route sera beaucoup plus faible, et par conséquent le nombre de victimes aussi. Pour le moment, aucune alternative à l’écrasement des crapauds ne peut être mise en place, c’est pourquoi nous continuerons probablement le sauvetage l’année prochaine. L’intérêt de poursuivre ainsi cette action est non seulement de sauver des vies mais aussi de récolter suffisamment de données (nombre de crapauds sauvés/écrasés, nombre de véhicules rencontrés…) que nous pourrons utiliser pour évaluer l’impact de la route sur la population d’amphibiens et proposer à la commune des solutions favorables aux crapauds et aux automobilistes (qui peuvent être sujets aux écarts ou confrontés à une chaussée rendue glissante les soirs d’écrasements nombreux). Vous pouvez bien entendu agir avec nous en vous rapprochant du groupe herpétologique de l’association pour prêter main-forte aux prochains sauvetages, ou encore pour signaler d’autres points noirs routiers pour les amphibiens.

*Les amphibiens étant protégés par la loi, leur manipulation est interdite. Les bénévoles du groupe herpéto détiennent une autorisation de capture exceptionnelle, délivrée par la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement). Il est impératif de relâcher les individus à proximité de l’endroit où ils sont été capturés (dans notre cas, les crapauds n’ont été déplacés que d’une centaine de mètres).