Sports d’hiver et biodiversité

Les sports d’hivers tels qu’ils sont pratiqués de nos jours provoquent de nombreuses perturbations sur les milieux naturels montagnards et présentent une sérieuse menace pour la nature.

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Sous-bois de sapinière

Travaux lourds d’aménagement, recours à la neige artificielle, végétation fortement endommagée, dérangement de la faune à une période de l’année où celle-ci est particulièrement vulnérable (pendant les dures conditions hivernales et au printemps, moment de la reproduction pour de nombreuses espèces)… sont autant d’atteintes qui passent inaperçues pour le vacancier venu pratiquer « un sport de nature » dans un environnement sauvage et préservé. Ce n’est malheureusement souvent qu’une nature affaiblie et factice, aux cicatrices masquées sous le blanc manteau neigeux. Alors comment faire, si l’on ne veut pas renoncer à un sport ou loisir très apprécié, pour que la montagne ne mette pas des années, voire des dizaines d’années à effacer nos traces ?

Connaître

En France et en Europe, les espaces montagnards d’altitude sont restés relativement peu perturbés jusqu’au milieu du siècle dernier. Les activités agricoles, forestières et pastorales ont façonné les paysages que nous connaissons et admirons aujourd’hui, reproduisant siècle après siècles des pratiques traditionnelles qui ont fortement contribué à la diversité et à la richesse du patrimoine naturel. Les pratiques extensives ont participé au maintien de milieux qui ont gardé leur caractère sauvage nécessaire à la survie d’espèces fragiles.

L’offre touristique s’est ensuite développée graduellement mais les impacts sur la montagne, à l’échelle des moyens utilisés, sont restés limités jusqu’à ce que « l’ère de l’or blanc » vienne transformer une activité économique jusqu’alors artisanale en véritable industrie du ski, souvent peu soucieuse des équilibres à maintenir entre espaces aménagés et espaces naturels. En raison d’un enneigement de plus en plus aléatoire, la situation économique des stations, surtout celles de moyenne montagne, est devenue particulièrement difficile. Alors, face à une concurrence de plus en plus rude, les gestionnaires rivalisent de projets mais toujours avec une unique solution, la seule selon eux à pouvoir les sortir de ce marasme : s’agrandir, avec en tout premier lieu l’extension du domaine skiable et l’assurance de pistes enneigées de Noël à Pâques.

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Usine à neige

La production de neige artificielle, au départ pensée comme une solution d’appoint, est ainsi devenue l’un des principaux postes d’investissement, et des secteurs forestiers qui n’étaient pas exploités faute d’enneigement suffisant sont aujourd’hui équipés et rencontrent beaucoup de succès en raison de la qualité de leur paysage. Les messages promotionnels s’appuient d’ailleurs sur ce capital nature. On lit ainsi sur les plaquettes promotionnelles ou les sites Internet : « Découvrez le ski sauvage et la nature en station conviviale et familiale, au cœur d’un magnifique massif forestier… » ou encore « De grands espaces. Un véritable "Québec ariégeois" dans une ambiance familiale. »

Mais cette « nature » attrayante en hiver n’est qu’un leurre. Les aménagements tels qu’ils sont trop souvent réalisés sont lourds de conséquences pour les fragiles écosystèmes montagnards :

  • Dynamitages pour la création et l’élargissement des pistes ;
  • Pistes totalement terrassées, nivelées et épierrées, pour faciliter leur exploitation ;
  • Création de retenues d’altitude pour alimenter les usines à neige, sources de détérioration de la qualité des habitats naturels en aval ;
  • Végétation des pelouses appauvrie du fait d’un enneigement artificiel prolongé et de revégétalisations pauvres en espèces autochtones. Outre la perte en biodiversité végétale, ces aménagements affectent la présence et l’abondance en insectes, qui peut affecter à son tour toute la chaîne alimentaire…
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Ancienne tourbière dégradée
  • « Labourage » des domaines skiables pour enfouir des kilomètres de canalisations qui alimentent les canons, effaçant par là de nombreuses sources et « chevelus » des cours d’eau et perturbant l’alimentation de zones humides en aval, des tourbières en particulier ;
  • Pollution des ruisseaux et zones humides par les neiges usées, les aires d’entreposage du matériel, les eaux d’écoulement des parkings ;
  • Mortalités engendrées par certains équipements : avifaune entrant en collision avec les câbles des téléskis, arbres en périphérie immédiate des canons à neige…
  • Dérangement de la faune dans des zones jusqu’alors de quiétude, engendrant un comportement de fuite et donc un coût énergétique supplémentaire. Les animaux peuvent être ainsi amenés à se déplacer et ainsi occuper des habitats de moindre qualité qui peuvent affecter non seulement la reproduction de l’espèce mais aussi sa survie. La combinaison de ces effets peut conduire à une réduction de la densité et de la richesse spécifique sur les secteurs soumis aux perturbations ;
  • Fragmentation et détérioration des habitats naturels, parfois vitaux pour une population ; c’est le cas du Grand tétras, grand oiseau rare et menacé, indicateur clé de l’état des écosystèmes forestiers, qui a même disparu de plusieurs secteurs à la suite de la création ou de l’extension de nouvelles stations ;
  • Densité de prédateurs généralistes artificiellement augmentée par la disponibilité en nourriture (restes d’ordures ménagères par exemple) au détriment des prédateurs spécialistes, donc plus rares.

L’augmentation croissante du tourisme en hiver menace donc l’équilibre des écosystèmes montagnards en raison de leur fragilité naturelle. La construction et surtout l’extension des stations de ski modifient profondément les paysages via la destruction, la dégradation et la fragmentation des milieux naturels. En sus de conditions naturelles difficiles, les animaux doivent donc maintenant faire face aux perturbations supplémentaires générées par les activités humaines.

Afin de préserver la nature montagnarde de ces menaces, il est important que chacun prenne conscience de ces impacts et adopte par ses choix de destination et ses pratiques une fois sur place une attitude écocitoyenne.

Agir

En matière d’environnement, toutes les stations de ski ne se valent pas et vous pouvez, par le choix de votre lieu de séjour, encourager les « démarches vertes », en vous référant aux éco-guides, chartes de bonnes pratiques et autres relais d’information pour des vacances plus écolos, qui commencent à voir le jour.

Ce premier pas mené par les gestionnaires de certaines stations en faveur du tri des déchets, des consommations d’énergie ou du traitement des pollutions est certes très positif mais il ne concerne pas encore ou alors de manière anecdotique les impacts sur la nature, la faune et la flore. C’est alors à vous d’agir, par votre propre comportement, et n’hésitez pas à faire connaître autour de vous les bonnes pratiques

Avant d’organiser votre séjour, choisissez une station à taille humaine et sensibilisée à la protection de la nature, où par exemple les zones naturelles et de protection de la faune et la flore sont clairement identifiées. Ces stations sont identifiables par les actions d’information qu’elles mènent le plus souvent en collaboration avec des organismes spécialisés et associations de protection de la nature. Elles sont encore malheureusement très peu nombreuses à avoir cette démarche dans les Pyrénées.

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Traces de passages hors piste

Une fois sur place, évitez absolument le ski et le snowboard hors piste en forêt en raison de l’impact défavorable sur les jeunes arbres mais surtout du dérangement que cela peut causer pour la faune sauvage.

Attention, ski de fond ou balade en raquette peuvent également être sources de perturbations pour la faune si vous pénétrez dans des secteurs vierges. Soyez donc le plus discrets possible ; en forêt restez sur les pistes balisées, hors forêt restez à distance des lisières qui constituent des zones de refuge pour la faune sensible au dérangement, et bien sûr évitez d’amener votre chien.

La flore de montagne est fragile, le tassement des espèces prairiales et les blessures des arbustes en bord de piste est fortement préjudiciable.

Certaines stations proposent des produits d’agriculture et élevage locaux. Cela participe d’une volonté de gestion globale d’une vallée, d’un territoire, et témoigne d’une prise de conscience des liens étroits qui relient un milieu et ses habitants. Encouragez-les en privilégiant ces produits de circuits courts.

Bien sûr n’oubliez pas que les déchets se conservent longtemps à cette altitude… savez vous qu’on peut ramasser jusqu’à 3000 mégots par an et par pylône de télésiège… ?

Au moment du départ, un questionnaire de satisfaction vous est souvent distribué. N’hésitez pas à mentionner vos préoccupations en matière de protection de la faune et de la flore, ainsi que l’importance de leur prise en compte par les gestionnaires de la station dans votre choix de destination.

Alors bonne glisse ! Mais n’oublions pas de faire les bons choix et de changer nos pratiques pour que la montagne reste vivante.

Loin d’être des « anti-stations », nous nous efforçons de maintenir un équilibre entre espaces aménagés et espaces naturels. Pour cela nous nous mobilisons pour limiter l’extension irraisonnée des stations de ski et préserver les espaces libres situés en limite. Nous travaillons aussi à une meilleure prise en compte de l’environnement dans les domaines skiables, notamment en ce qui concerne l’enneigement artificiel.
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