Suivi 2014 de l’Orchis lacté

L’évolution des populations d’Orchis lacté (Neotinea lactea), orchidée rare et très localisée en France, principalement présente dans la région toulousaine, est suivie depuis plusieurs années par des bénévoles locaux. Cette année confirme le développement de la participation bénévole, une coordination rapprochée avec le conservatoire botanique avec une plus grande rigueur dans les documents de suivi et davantage de contacts avec les propriétaires et services techniques communaux.

Article rédigé par Régis Mathon

Suivi de la flore sensible de la Haute Garonne - Orchis lacté - bilan 2014

L’évolution des populations d’Orchis lacté (Neotinea lactea), orchidée rare et très localisée en France, principalement présente dans la région toulousaine, est suivie depuis plusieurs années par des bénévoles locaux. Cette année confirme le développement de la participation bénévole, une coordination rapprochée avec le conservatoire botanique avec une plus grande rigueur dans les documents de suivi et davantage de contacts avec les propriétaires et services techniques communaux.

Orchidée typiquement méditerranéenne, l’Orchis lacté (Neotinea lactea) est rare et très localisée en France. Son aire de répartition s’étend jusqu’en Midi-Pyrénées, où elle est principalement présente dans le département de la Haute-Garonne. Les populations actuellement connues sont principalement regroupées aux abords de Toulouse, dans des secteurs où l’urbanisation est en forte croissance et l’agriculture en mutation. Quelques populations persistent dans des prairies de fauche et en limite de friches, et la plante est plus souvent localisée en bord de route ou dans des espaces devenus pelouses de jardins.

L’espèce bénéficie d’une protection régionale depuis 2004. En début 2012, l’association Isatis et le groupe botanique de Nature Midi Pyrénées ont inclus cette plante dans un suivi systématique de la flore sensible de la Haute-Garonne.

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En pleine concentration, le nez dans les livres et les orchis !

Voici le bilan des actions et observations de l’année.

Deux tiers des stations visitées.

La base de données comprend 76 stations validées, une fois retirées les 23 observations historiques qui n’ont pas été confirmées au cours de ces 4 dernières années.

50 stations ont été vues. Parmi les 26 stations dont effectif est supérieur à 40 pieds, 18 ont été vues soit un peu plus des deux tiers.

6 nouvelles stations ont été découvertes, la plupart sont des pieds isolés. Il reste à préciser la localisation de 5 stations présentes dans le fichier CBP et non connues de Baznat.

Une organisation et une participation croissante.

Réunion préparatoire avec le conservatoire botanique le 25 mars à Toulouse Maison de l’environnement. Mise en cohérence des listes de stations du CBP avec les observations de Baznat Préparation de fiches terrain pour observation et zonage précis des stations

Sorties terrain du groupe sur le secteur Est, le 26 mars à Balma et sur le secteur Ouest, le 2 avril à St Clar de Rivière et le 5 avril à Tournefeuille.

Visites accompagnées CBP et coordinateur les 10 et 11 avril pour le passage de relais auprès de certains propriétaires et services techniques municipaux (Plaisance du T, St lys, Fontenilles)

10 accompagnants terrain et 5 contributeurs Baznat.

Cas particuliers

La station de Tournefeuille terrain de sports : une double illustration

Localisée près d’une passerelle sur le Touch, cette population de 300 pieds (comptage 2013) se maintient sur un espace de loisirs vraisemblablement créé sur une ancienne prairie. Cette situation en zone très urbanisée est une parfaite illustration des menaces pesant sur cette plante, devant sa survie à une pause dans la construction immobilière à cet endroit.

Le deuxième aspect exemplaire de cette station est qu’elle est repartie sur deux zones subissant des modalités de gestion totalement différentes.

Une partie est située sur et autour d’un terrain de foot et a subi des tontes rapprochées pendant la période de floraison, autour du 31 mars et autour du 16 avril cette année. La flore est pauvre, les pieds d’orchis lactés sont rapprochés, les tiges sont courtes, la plante ne subissant pas de concurrence de la part d’autres plantes. Le comptage du 5 avril réalisé par le groupe botanique a dénombré 100 pieds fleuris depuis la tonte faite 5 jours auparavant.

L’autre partie située en extrémité du terrain n’a pas été tondue pendant cette période, vraisemblablement pas tondue depuis le début du printemps. La flore est riche et particulièrement remarquable. Elle comprenant de nombreux pieds de fritillaires pintade (fritillaria meleagris) et une petite station de 4 ou 5 pieds de Jacinthe de Rome (Bellevalia romana), ces deux espèces font aussi partie de la flore sensible de Haute-Garonne. Les pieds d’orchis lactés sont moins denses, les tiges sont plus hautes subissant la concurrence des autres plantes. Le comptage du 5 avril réalisé par le groupe botanique a dénombré une centaine de pieds répartis sur une surface au moins deux fois plus grande que celle du terrain de foot.

Cette station mérite une attention très soutenue, les tontes rapprochées du terrain de foot semblent stimuler l’orchis lacté, plus dense sur ce secteur, en limitant la concurrence d’autres plantes, mais le cycle de fructification ne parait pas être respecté, la plante aurait-elle adapté son cycle ? Espacer les tontes en période de floraison devrait lui être profitable ou tout au moins limiter les tontes rapprochées à la stricte surface du terrain de foot.

Qu’en est-il de la fauche de la zone du bout du terrain ? Les plantes fauchées sont elles ramassées ou laissées sur place ce qui à terme serait néfaste pour l’orchis lacté et vraisemblablement profitable pour la fritillaire ? Comment concilier la gestion de cette zone pour qu’elle soit favorable aux 2 (3) plantes remarquables ?

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Sur le terrain de foot fraîchement tondu ...

Quelques bonnes nouvelles

La station située à Frouzins, comptée à 500 pieds en 2000 par Gérard Joseph située sur une prairie retournée par la suite a retrouvé une bonne dynamique. Comptée à 180 pieds l’an dernier, elle est estimée à 480 pieds cette année sur les 2 parcelles communales de Frouzins et de Plaisance-du-Touch. Un porté à connaissance auprès des maires de ces deux communes est urgent pour le devenir de ces parcelles.

Une autre station située sur une prairie privée de la commune de Saint-Lys a été retournée en 2009-2010. Le propriétaire avait alors montré un certain agacement d’avoir cette plante sur son terrain. Les orchis lactés sont de nouveau présents, Jérôme Garcia a compté plusieurs centaines de pieds.

Une station située sur la commune de Muret valorisée à une centaine de pieds jusqu’à présent se développe fortement, Alexandre Bouvet en en compté cette année 300 pieds.

La station « Iloé » située sur la commune de Balma qui avait fait l’objet de travaux pour la mise en place d’un panneau publicitaire en début de floraison a été estimée à plus 800 pieds par Jean François Rouffet le 4 avril.

La station de Fontenilles Château d’eau :

Toujours la crispation, pas de réponse des services techniques à la demande de RV formaulé par Jérôme Garcia.

La station de Léguevin Pyroutets mise en APPB

Rien de particulier à dire sur les quelques malheureux pieds qui ont fait l’objet d’une transplantation.

La station de Léguevin Embellot

Il n’y a pas eu de travaux supplémentaires à ceux de 2011 : chemin menant au fond de la parcelle et aire de stationnement en bord de route, décapage de la parcelle… Ces travaux avaient été stoppés dans la zone des Neotinea.lactea suite à l’intervention du CBP, mais ils avaient probablement déjà détruit une bonne partie de la station. En 2014, la plus forte population (220 pieds) se développe dans le fossé et sur la berme (donc a priori sur le domaine public géré par le service voirie du CG31). Sur la parcelle privée, seuls une vingtaine de pieds ont été trouvés, situés dans la zone balisée par le CBP en 2011 et donc épargnée par les travaux. Le maintien de ces pieds et la reconquête de la zone décapée sera à surveiller.

Conventions avec propriétaires

Cette année, Nature Midi-Pyrénées a proposé une convention de gestion à 3 propriétaires de parcelles, deux à Léguevin et une sur la commune de Balma.

Une telle convention a pour objectif de mieux connaître sur un plan naturaliste les parcelles concernées par des inventaires initiaux et des suivis réguliers, et de mettre en place de mesures de gestion ponctuelles.

Par cette convention, les propriétaires s’engagent à autoriser les salariés et les bénévoles à circuler sur le site et à réaliser toute action d’inventaire ou de suivi , à solliciter l’avis de l’association pour toute action entreprise sur le site et à informer l’association de tout évènement ou incident constaté sur le site pouvant avoir une influence sur les espèces et les milieux concernés.

A ce jour, seule la convention de Balma a été signée. Cette année, nous avons pu nous organiser pour la rédaction personnalisée des conventions, il reste à nous organiser pour obtenir les accords et en faire un suivi régulier.

Un grand merci à Jérôme Garcia, chargé d’études de conservation au Conservatoire Botanique National des Pyrénées et de Midi-Pyrénées pour sa disponibilité sur le terrain pendant la période de floraison. Son professionnalisme, rigueur dans le suivi des stations, sens du contact auprès des propriétaires et des interlocuteurs des services techniques, est un exemple pour les bénévoles qui l’ont accompagné.

Merci également aux bénévoles du groupe bota : Agnès, Amélie, Claire, Eliane, Elisabeth, Marie-Christine, Michèle, Nadine, Alexandre, Didier, Georges, Jean-François…et à Jean François et Jérôme pour la rédaction de ce bilan.