Un plongeur introuvable… ou presque !

Bilan de la sortie du groupe ornithologique du 27 juillet 2013

Partis au départ pour découvrir le Vautour percnoptère, les bénévoles du groupe ornitho sont partis sur la piste des nombreuses autres espèces qui peuplent la vallée de l’Ariège. Retour sur une journée en pleine nature, riche d’apprentissages et de belles observations…

Un programme bouleversé !

En ce milieu d’été, la saison de reproduction bat encore son plein et le groupe ornithologique de Nature Midi-Pyrénées, contribuant au suivi de plusieurs espèces rares et protégées, s’assure à ces dates du bon déroulement de l’élevage des jeunes sur différents sites. C’est le cas notamment pour le Vautour percnoptère, le plus petit de nos vautours, qui reste largement menacé et très localisé, uniquement nicheur dans les Pyrénées et les contreforts du Massif Central pour notre région. L’objectif premier de la sortie était la prospection de deux sites de nidification, l’un ayant vu son couple « déménager » sans être retrouvé, et l’autre posant des questions quant à la réussite effective de la nidification. La semaine précédant la sortie a largement bouleversé les prévisions et prouvé l’utilité des communications d’observations « en temps réel » aux coordinateurs. En effet, le premier couple venait d’être trouvé sur un nouveau site de nidification, immédiatement contrôlé, confirmant la présence d’un jeune. Le second site, contrôlé également le jeudi, faisait état de la présence du couple et d’un juvénile bien en forme ! Ces bonnes nouvelles venaient alors changer les plans de la prospection prévue : plus d’urgence de contrôler les sites ! Mais dans la nature, il y a toujours de quoi faire…

Sous le soleil !

Le rendez-vous matinal, autour d’un café (aidant au réveil), est l’occasion de faire le point avec les bénévoles présents quant à leurs attentes et envies. Il y a moins d’impératifs de prospection, il est donc possible d’aborder d’autres lieux et/ou espèces. Finalement, après discussions, afin de permettre aux bénévoles présents de découvrir quand même le Vautour percnoptère et de se former à l’identification des rapaces rupestres, nous décidons ensemble de nous rendre sur un des sites pour observer le couple et peut-être le jeune. Installés tranquillement à l’ombre, à une bonne distance du site de nidification (plus d’un kilomètre) afin de ne pas engendrer de dérangement, nous attendons la venue des vautours blancs. Pour nous faire patienter, un beau Faucon pèlerin (mâle adulte) vient se percher sur un promontoire rocheux, dominant tout le paysage. Il y a peu attendre ensuite pour voir surgir dans le ciel une silhouette caractéristique longeant la en crête de la barre rocheuse. Plumage contrasté en noir et blanc, queue cunéiforme et petite tête pointue jaunâtre : c’est bien un Percnoptère adulte qui se détache dans le ciel immaculé. Un second individu sera aussi observé plus tard, avec une proie (ou ce qu’il en reste) au bec. Prudents, les rapaces ne se rendent pas directement à l’aire et tournent longuement, passant successivement sur fond de ciel et de roche, ne facilitant pas leur suivi. Une seconde d’inattention et on perd de vue l’oiseau qui peut en profiter en un clin d’œil pour filer à l’aire. On rate alors une précieuse information. Ce type de suivi nécessite donc une certaine concentration ! Plusieurs paires d’yeux permettent aussi une vigilance accrue ! Une fois l’adulte venu au nid, le juvénile pointe furtivement le bout de son bec. Tout va bien encore aujourd’hui pour cette famille de Vautour percnoptères !

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Vautour percnoptère, Neophron percnopterus
(photo prise lors d’une autre sortie). crédit : J. Mattera

Nous nous attardons un peu sur les lieux, l’occasion d’observer le passage de Buses variables (dont l’une festonne avec insistance), de Bondrées apivores, d’un Circaète Jean-le-Blanc, de Milans noirs (dont un petit groupe de 7 individus déjà en migration) mais aussi d’Hirondelles rustiques et de rocher, les unes au ras des champs, les autres à flanc de roche. L’heure du repas approchant, nous gagnons les bords de la rivière pour profiter de la fraîcheur de l’eau et guetter le Cincle plongeur. Le niveau d’eau est très haut, le courant est important et le lit de la rivière n’offre que peu de cailloux émergés propices pour le petit « merle d’eau ». Décidés à trouver cet étonnant habitant des cours d’eau, habituellement facile à voir sur ces secteurs, nous remontons un peu plus en amont. Guère mieux ici pour les perchoirs ! Aucun oiseau !

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Le Thècle du Kermès, Satyrium esculi
Nouvelle donnée/maille en Ariège ! crédit J. Ramière

L’appel du ventre se fait sentir mais nous restons aux aguets, pique-niquant sur les berges à l’ombre de la ripisylve. Quelques Vautours fauves, très haut, viennent animer un peu un ciel seulement occupé par d’immenses nuages poussés par un vent vif. Faute d’oiseau, les "ornithos" se mettent à l’entomologie ! Au sol, un Petit Mars changeant, attiré par les reliefs d’un barbecue sauvage, se laisse contempler. Nous décidons pour la suite de rester un peu « au frais » et d’éviter la morsure brûlante du soleil sur les parois calcaires. L’après-midi sera donc consacrée à poursuivre la recherche du cincle ! Nous nous rendons sur un petit cours d’eau que nous remontons sur quelques mètres, pieds dans la vase ! Une zone plus profonde et en eau calme, peuplée de petits poissons, ressemble à un terrain de chasse idéal pour la Couleuvre vipérine. Effectivement, un coup d’œil plus attentif nous permet rapidement d’en déceler une petite au bord de l’eau. Quelques secondes plus tard, c’est un individu d’une taille bien supérieure qui se faufile sur la berge vaseuse, permettant à tous d’observer ce magnifique et placide serpent. Sur un caillou plus en amont, nous avons le plaisir de découvrir une épreinte de Loutre d’Europe. L’emplacement, sous un pont, est caractéristique.

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Epreinte de loutre, Lutra lutra
crédit : J. Ramière

Herpétologie ok, mammalogie pas mal non plus, mais l’ornithologie est pour l’instant en berne ! Le cincle reste introuvable ! D’autres explorations plus en amont nous permettent de découvrir plusieurs nids de cincle sous des ponts. A cette saison, les jeunes sont largement envolés, les nids sont donc déserts. Les ruisseaux aussi ! Pas l’ombre d’un petit oiseau rondouillard sur une roche ou filant au ras de la surface. Le sort semble être aujourd’hui défavorable à l’observation au bord de l’eau ! Pour changer, nous allons observer une aire d’Aigle royal afin de contrôler son occupation. Toujours à bonne distance, nous calons les longues vues sur l’impressionnant amas de branches au cœur de la grande paroi rocheuse. Rien. La saison semble assez mauvaise pour les Aigles royaux, plusieurs couples contrôlés ayant abandonné leur aire en début de saison, peut-être du fait d’un printemps particulièrement exécrable rendant difficile voire impossible l’élevage d’une jeune, pour ce grand rapace sédentaire qui s’installe tôt dans la saison.

Heureuse conclusion !

Un dernier détour par un village voisin nous permet d’observer une petite famille de Rouge-queue noirs (son cousin, le Rouge-queue à front blanc, également présent sur le secteur ne se montrera pas) et de trouver un nid de Verdiers d’Europe dont les jeunes, bruyants, crient avec insistance bien dissimulés par un épais feuillage. Finalement après tant d’aventures, un petit rafraîchissement s’impose. En quête d’un bar, nous ne nous résignons pas et tentons une dernière observation depuis un pont au cœur du village. L’obstination paye ! Le voilà, un magnifique Cincle plongeur qui se laisse longuement observer ! Mission accomplie, les ornithos peuvent maintenant se détendre autour d’un verre pour clore cette journée très riche en observations et dans une ambiance excellente ! La leçon de la journée restera que jusqu’à la dernière minute, la nature est toujours prête à vous surprendre et à révéler, à qui prend la peine d’y être attentif, de nombreuses surprises ! Rendez-vous prochainement pour une nouvelle sortie estivale !

Espèces contactées :

Oiseaux :

Bergeronnette grise, Motacilla alba ; Bergeronnette des ruisseaux, Motacilla cinerea ; Bondrée apivore, Pernis apivorus ; Buse variable, Buteo buteo ; Bruant zizi, Emberiza cirlus ; Chardonneret élégant, Carduelis carduelis ; Cincle plongeur, Cinclus cinclus ; Circaète Jean-le-Blanc, Circaetus gallicus ; Corneille noire, Corvus corone corone ; Epervier d’Europe, Accipiter nisus ; Faucon crècerelle, Falco tinnunculus ; Faucon pèlerin, Falco peregrinus ; Fauvette à tête noire, Sylvia atricapilla ; Geai des chênes, Garrulus glandarius ; Grimpereau des jardins, Certhia brachydactyla ; Hirondelle de rochers, Ptyonoprogne rupestris ; Hirondelle rustique, Hirundo rustica ; Martinet à ventre blanc, Apus melba ; Martinet noir, Apus apus ; Merle noir, Turdus merula ; Mésange charbonnière, Parus major ; Moineau domestique, Passer domesticus ; Milan noir, Milvus migrans ; Milan royal, Milvus milvus ; Monticole bleu, Monticola solitarius ; Pic épeiche, Dendrocopos major ; Pinson des arbres, Fringilla coelebs ; Rouge gorge familier, Erithacus rubecula ; Rougequeue noir, Phoenicurus ochruros  ; Serin cini, Serinus serinus ; Sittelle torchepot, Sitta europaea ; Troglodyte mignon, Troglodytes troglodytes ; Vautour percnoptère, Neophron percnopterus ; Vautour fauve, Gyps fulvus ; Verdier d’Europe, Chloris chloris ;

Mammifères :

Loutre d’Europe (épreintes), Lutra lutra  ; Martre des pins (écrasée) , Martres martres  ; Renard roux (crottes), Vulpes vulpes ;

Reptiles :

Couleuvre vipérine, Natrix maura ; Lézard des murailles, Podarcis muralis  ;

Arthropodes :

Demi-deuil, Melanargia galathea  ; Flambé, Iphiclides podalirius ; Petit Mars changeant, Apatura ilia ; Robert le diable, Polygona c-album ; Silène, Brintesia circe ; Tabac d’Espagne, Argynnis paphia ; Thècle du kermès, Satyrium esculi