Vipère aspic

Vipera aspis

Vipère aspic (2)

  • Nom commun : Vipère aspic
  • Nom latin : Vipera aspis Linnaeus, 1758
  • Famille : Viperidae
  • Période d’activité / d’observation : février/mars à octobre/novembre
  • Statut réglementaire : Protégée au niveau national (protection partielle

  1. Identification et risques de confusion
  2. Variabilité géographique
  3. Répartition
  4. Habitat
  5. Proies et prédateurs
  6. Cycle annuel et reproduction
  7. Conseils pour l’observation, orientations de recherche
  8. Venin et conduite à tenir en cas d’envenimation
  9. Galerie
  10. Cartographie


Identification et risques de confusion

En France métropolitaine, les vipères se distinguent aisément des couleuvres à trois caractéristiques :
- Pupille de l’œil verticale, comme celle d’un chat à la lumière (parfaitement ronde chez les couleuvres)
- Un ou deux rangs de petites écailles entre l’œil et les grandes écailles qui bordent la gueule (écailles dites « labiales ») (ces rangs n’existent pas chez nos couleuvres).
- Dessus du crâne recouvert de petites écailles (avec parfois 1 à 3 petites plaques différenciées) (les couleuvres ont le crâne recouvert de grosses plaques disposées symétriquement). La Vipère aspic possède un museau retroussé lui conférant un profil anguleux caractéristique (l’autre vipère de notre région, la V. péliade, a plutôt un profil de pantoufle). C’est un serpent de petite taille qui n’atteint pas le mètre. Les nouveaux-nés mesurent une vingtaine de centimètres et les plus grands adultes flirtent avec les 70 cm voire un peu plus (de tels monstres ne sont pour le moment connus, dans la région, que des causses lotois et aveyronnais). La majorité des animaux qu’on rencontre présente une taille de 40 cm ou 50 cm. La teinte de fond de la robe est extrêmement variable chez toutes les sous-espèces reconnues, au sein de toutes les populations. On rencontre en effet la gamme de colorations suivante : beige, brun chocolat, brun caramel, rouge brique, ocre, jaune moutarde, gris plus ou moins foncé et noir pur. Le motif dorsal varie lui aussi d’un individu à l’autre (également chez toutes les sous-espèces et dans toutes les populations) et d’une sous-espèce à l’autre : il s’agit basiquement d’une ligne vertébrale plus ou moins large sur les bords de laquelle sont accolés des motifs foncés plus ou moins épais : barres, rectangles, triangles, trapèzes, demi-cercles … Les flancs portent fréquemment une série de taches foncées plus ou moins nettes. Dans notre région, l’espèce (sous-espèce V. aspis zinnikeri, voir plus loin) présente généralement une bande vertébrale à la fois large et continue, bordée de motifs plutôt épais. Dans les cas extrêmes (élargissement maximal du motif dorsal et fusion des taches des flancs), les flancs et le dos portent une large bande foncée continue à bords quasi-rectilignes et il ne subsiste donc de la teinte de fond de la robe que deux étroites bandes dorso-latérales claires (type « bilineata » = « à deux lignes ») (Pyrénées uniquement). Chez la sous-espèce V. a. aspis (manifestement anecdotique en MP ou absente de la région, voir plus loin) la bande vertébrale est très étroite (voire virtuelle) et les motifs qui la bordent sont plutôt peu épais ou très étroits (et forment donc des barres transversales lorsqu’ils s’opposent). A noter que chez les deux sous-espèces, le fameux motif en « V » censé signer les vipères au niveau de la tête n’est pas toujours très net et même souvent absent (on observe régulièrement, par contre, un joli motif en cœur, en réserve pâle, chez V. a. zinnikeri).

Variabilité géographique

L’Aspic est une espèce d’Europe occidentale présente en Italie (dont Sicile), en Suisse, dans l’extrême sud-ouest de l’Allemagne, en France et dans le nord de l’Espagne. Quatre sous-espèces sont aujourd’hui reconnues :
- Vipera aspis aspis : majorité du territoire français ainsi qu’une partie de la Suisse.

- Vipera aspis francisciredi : trois-quarts nord de l’Italie.

- Vipera aspis hugyi : extrémité sud de l’Italie et Sicile.

- Vipera aspis zinnikeri : totalité des Pyrénées, avec un large débordement sur le bassin Aquitain et le Massif central.

On ne rencontre pratiquement que la sous-espèce V. a. zinnikeri dans notre région, où seul l’extrême nord de l’Aveyron (Aubrac) semble héberger Vipera aspis aspis (de visu, mais nous manquons d’expertises génétiques). Il existe, à échelle régionale, un dégradé morphologique sud-nord assez net : les animaux des Pyrénées et de l’extrême sud du Massif central (Montagne noire…) sont visuellement très différents de V. aspis aspis, alors que ceux des causses du Lot ou du sud de l’Aveyron le sont déjà bien moins on rencontre des animaux d’aspect intermédiaire. Du point de vue du génotype et de la lignée évolutive, tous ces animaux sont néanmoins affiliés à la sous-espèce V. a. zinnikeri (étude ADN d’Ursenbacher et collaborateurs, parue en 2006).

Répartition

La vipère aspic est présente dans toute la région Midi-Pyrénées, en plaine comme en montagne. Cependant elle est devenue très rare ou s’est même éteinte dans de nombreux secteurs intensivement cultivés : elle a par exemple quasiment disparu du Gers, où elle était très commune jusque dans les années 1950/1960. C’est dans les Pyrénées et le Massif central qu’on l’observe le plus facilement, avec localement des densités importantes.

Habitat

La Vipère aspic fréquente toutes sortes de milieux, des plus humides (tourbières, bords de torrents … ) aux plus secs (causses, soulanes calcaires arides … ), rocheux ou non, pourvu qu’ils soient suffisamment ensoleillés, riches en proies et qu’elle puisse y trouver des broussailles ou des fissures pour s’y réfugier. Elle atteint des altitudes localement très élevées dans les Pyrénées (jusqu’à 2800 m) mais, en général, se raréfie au-dessus de 2200 m environ. Il est fréquent de rencontrer des gens assurant qu’ils ont vu des vipères nager dans un étang ou une rivière. S’est vrai que les vipères peuvent parfaitement vivre sur des berges ou des digues, il est rare qu’elles s’aventurent dans l’eau et, lorsqu’elles le font, c’est plutôt en eau très peu profonde (petits ruisselets de montagne, par forte chaleur). Il existe par contre une petite couleuvre aquatique, très commune dans la région, qui passe le plus clair de son temps sous l’eau. C’est avec ce soi-disant « Aspic d’eau » que la Vipère aspic est régulièrement confondue, cette confusion étant due à une ressemblance superficielle entre les deux serpents. Ressemblance qui a d’ailleurs valu son qualificatif de « vipérine » à la couleuvre dont il s’agit (cf. fiche-espèce de la Couleuvre vipérine Natrix maura).

Proies et prédateurs

La Vipère aspic est un prédateur quasi-exclusif de micro-mammifères à l’âge adulte (campagnols, mulots, souris et musaraignes). Dans son jeune âge, elle consomme plutôt des petits lézards.

Cycle annuel et reproduction

L’espèce interrompt son hivernage en février/mars (plus tard en moyenne et haute montagne), s’accouple généralement en mars/avril et les femelles mettent bas fin août/début septembre (la Vipère aspic est ovovivipare et non pas ovipare, donc elle ne pond pas d’œufs). Elle entre en hivernage fin octobre/début novembre.

Conseils pour l’observation, orientations de recherche

Comme tous les serpents de la région, on l’observe surtout lorsque les conditions météorologiques lui imposent de thermoréguler à découvert (héliothermie ou tigmothermie) : milieu de journée par ciel voilé, premières heures et dernières heures de la journée par beau temps. Par temps trop chaud ou trop froid, elle devient pratiquement invisible (évolue sous le couvert végétal ou ne sort pas).

Menaces et conservation

L’intensification des pratiques agricoles est une menace avérée pour cette espèce qui, autrefois, a par contre beaucoup profité des modifications paysagères induites par l’agriculture traditionnelle : murets de pierres sèches, haies bocagères, pâturage extensif etc. Elle est évidemment volontiers massacrée par l’élite des plus fins connaisseurs de la nature et, de façon générale, par tous les super-héros qui croisent son chemin, mais ce sont évidemment des couleuvres que les experts autoproclamés-et-surqualifiés-dont-l’autorité-ne-saurait-être-contestée-par quiconque écrabouillent la plupart du temps à coups de bâton.

Venin et conduite à tenir en cas d’envenimation

Les espèces du genre Vipera, dotées d’un appareil inoculateur de type solénoglyphe, sont les seuls serpents présentant un danger potentiel pour l’Homme en Europe occidentale. En France, les envenimations sont peu fréquentes et généralement bénignes ou modérées (1 décès par an en moyenne en France, pour 100 ou 200 cas de morsures toutes espèces confondues), mais doivent impérativement faire l’objet d’une observation médicale, quelle que soit leur sévérité. Il est important de garder à l’esprit que les enfants et les personnes en mauvaise santé sont plus vulnérables que les adultes en bonne santé. Contrairement à celui du passé, le sérum anti-venimeux actuel est extrêmement efficace et parfaitement toléré, en plus d’être polyvalent. Ils ne peut cependant être administré qu’en milieu médical (Harry & De Haro 2002). Les chiens, qui présentent parfois un comportement agressif ou excessivement curieux vis-à-vis des vipères, essuient souvent plusieurs morsures défensives et les décès sont bien plus fréquents que chez l’Homme, d’autant que leur poids est généralement faible. Ils doivent être rapidement conduits chez un vétérinaire.

En cas d’envenimation ou de suspicion d’envenimation, la conduite à tenir est la suivante, de l’avis de médecins qualifiés :

« La victime est mise au repos car toute activité motrice peut favoriser la diffusion du venin. Les bagues, bracelets et garrots potentiels doivent être retirés. Une désinfection locale par l’alcool est à réaliser sur place. Toute suspicion de morsure de vipère implique une évaluation médicale dans un service d’urgences, et un transfert médicalisé est indiqué s’il existe des signes généraux. Les corticoïdes et les héparines n’ont aucune indication. Les systèmes d’aspiration tel l’Aspivenin© n’ont pas fait la preuve de leur efficacité. Les garrots sont dangereux. » (Harry & De Haro 2002).

Ce qui signifie que, lors d’une randonnée, il est souhaitable de contacter les secours en montagne (112). Rappelons qu’une morsure de vipère ne se traduit pas nécessairement par la présence de deux points rouges (il peut n’y avoir pénétration que d’un seul crochet), mais qu’elle se traduit par contre typiquement par un œdème extensif, plus ou moins étendu et douloureux en fonction du grade d’envenimation (doigt, main, avant-bras, bras … Dans le cas d’une morsure au doigt par exemple).

La conduite à tenir est exactement la même pour V. berus, la Vipère péliade.

Références bibliographiques

Harry P. & De Haro L. 2002 – Traitement des envenimations par les serpents en France. Réanimation 11 : 548-553. Ursenbacher S., Conelli A., Golay P., Monney J.-C., Zuffi M.A.L., Thiery G., Durand T. & Fumagalli L. 2006 – Phylogeography of the asp viper (Vipera aspis) inferred from mitochondrial DNA sequence data : Evidence for multiple Mediterranean refugial areas. Molecular Phylogenetics and Evolution 38 : 546-552.
Rédaction Gilles Pottier
Dernière mise à jour : 15/01/2016

Individus des Pyrénées

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Femelle présentant un type de motif dorsal particulièrement fréquent dans les Pyrénées gasconnes (Sentein, Ariège, alt. 900 m.). Photo G. Pottier
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Mâle subadulte à motif dorsal intégralement noir, sans bande vertébrale brune distincte. Ce phénomène graphique est particulièrmement répandu chez les mâles (Génos, Hautes Pyrénées, alt. 1280 m.) Photo : G. Pottier
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Individu non pas mélanique mais mélanisant. La teinte de fond, d’un brun très foncé, reste discernable (Seix, Ariège, alt. 540 m.). Photo G. Pottier
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Individu sub-mélanisant (L’Hospitalet près l’Andorre, Ariège, alt. 1550 m). Photo : G. Pottier
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Femelle adulte à motif dorsal relativement étroit mais appartenant néanmoins au clade V. a. zinnikeri (Raissac, Ariège, alt. 600 m) Photo : G. Pottier
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Femelle adulte à motif dorsal large, typique des Pyrénées gasconnes (Génos, Hautes Pyrénées, alt. 1280 m). Photo G. Pottier
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Femelle adulte à motif dorsal peu large, bien que gasconne (Ercé, Ariège, alt. 680 m. Photo G. Pottier
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Mâle des Pyrénées gasconnes à robe remarquablement contrastée (Couflens, Ariège, alt. 1550 m). Photo G. Pottier
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Femelle des Pyrénées gasconnes à motif peu large, statistiquement plus répandu à l’est et au sud de la chaîne (Bagnères de Bigorre, Hautes Pyrénées, alt. 1590 m). Photo G. Pottier
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Femelle non pas mélanisante mais quasi-mélanique : le motif dorsal contraste faiblement sur un gris anthracite et non pas sur un brun (Bagnères de Bigorre, Hautes-Pyrénées, alt. 1250 m). Photo : G Pottier
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Individu à robe fortement contrastée présentant par ailleurs un motif dorsal étroit, à bande vertébrale centrale à peu près virtuelle (L’Hospitalet près l’Andorre, Ariège, alt. 1650 m). Photo : G. Pottier
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Femelle adulte de type "bilineata" : élargissement extrême du motif dorsal et fusion des taches latérales (Ustou, Ariège, alt. 1150 m.). Photo : Gilles Pottier
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Mâle adulte à teinte de fond moutarde (Salles, Hautes Pyrénées, alt 940 m) Photo G. Pottier
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Femelle adulte de teinte rouille (Salles, Hautes Pyrénées, alt. 960 m. Photo G. Pottier
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Femelle adulte à motif dorsal peu large pour un specimen gascon de l’étage montagnard atlantique (Les Bordes sur Lez, Ariège, alt. 1130 m). Photo G. Pottier

Individus du Massif Central

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Mâle adulte du causse de Gramat (Orniac, Lot, alt. 280 m). Photo : G. Pottier
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Juvénile du causse de Gramat (Reilhac, Lot, alt. 340 m). Photo : G. Pottier.
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Jeune femelle du causse de Gramat (Orniac, Lot, alt. 270 m). Photo : G. Pottier
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Enorme femelle (75 cm / 80 cm) du causse de Gramat (Orniac, Lot, alt. 230 m.) Photo : G. Pottier
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Femelle du causse de Lalbenque (Le Montat, Lot, alt. 250 m.). Photo : G. Pottier.
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Femelle du causse de Gramat (Caniac-du-Causse, Lot., alt. 340 m.). Photo G. Pottier.
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Femelle de l’Aubrac (Prades-d’Aubrac, Aveyron, alt 1120 m.) Photo : G. Pottier
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Femelle de l’Aubrac (Aurelle-Verlac, Aveyron, alt 1000 m. Photo : G. Pottier
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Femelle de la bordure du Levézou (St Léons, Aveyron, alt. 810 m). Photo : G. Pottier
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Femelle du Larzac (St Georges de Luzençon, Aveyron, alt. 720 m). Photo : G. Pottier
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Femelle du causse de Lanhac (sous-entité du causse Comtal) (Muret-le-Château, Aveyron, alt. 540 m). Photo : G. Pottier

« Les serpents ont le sang-froid »

Faux - Ils régulent leur température en fonction de la température extérieure (« ectothermie »). Quand il fait froid, leur sang est effectivement froid, mais quand il fait chaud, leur sang est chaud.

« Plus il fait chaud, plus il y a de serpents »

Faux - Comme nous, leur corps ne peut pas dépasser une certaine température. Quand il fait trop chaud, ils vont plutôt rechercher de l’ombre pour éviter la surchauffe et seront donc moins visibles. C’est aussi pendant ces chaudes journées que nous pouvons les croiser au frais à l’ombre de nos terrasses. Quand le temps est plus « frais », ils seront plus visibles, car ils vont chercher la chaleur du soleil et se mettre à découvert.

« J’ai vu un serpent, il était petit, avec un V sur la tête, c’est une vipère »

Faux - Petit serpent deviendra grand… La taille d’un serpent ne permet pas de dire qu’il s’agit d’une vipère. Certes les vipères ne sont pas très garndes (80cm max), mais les jeunes couleuvres peuvent également faire cette taille. Et le V sur la tête n’est pas un critère non plus, des couleuvres pouvant l’avoir aussi, comme la couleuvre vipérine.

« Tous les serpents sont dangereux »

Faux - En Midi-Pyrénées, on compte 8 espèces de serpents, dont 6 espèces de couleuvres, qui sont inoffensives. La plus courante est la couleuvre verte et jaune, qui est impressionnante par sa taille (supérieure à 1 mètre pour les adultes) et qu’on retrouve fréquemment proche des habitations. La vipère péliade se rencontre sur le plateau de l’Aubrac à l’est de l’Aveyron. La vipère aspic, plus fréquente, préfère les milieux préservés et se trouve essentiellement en forêt ou sur les Pyrénées et le piémont. Elle est absente des zones urbaines, et quasiment absente des zones d’agriculture intensive.